‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 29 sur 109 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

LE DERACINEMENT

A la date du 22 septembre 1702, on lit au Journal de Maistre :

Samedi, invasion des Français ; pluie horrible, fuite infâme de la troupe, trahison ou bêtise des généraux, déroute incroyable et même un peu mystérieuse, suivant quelques personnes. C'est la honte éternelle du gouvernement et peut-être l'anéantissement de l'état militaire.

Maistre émigré, puis rentre quelques semaines en Savoie. Son Journal porte, le 1;) février 1793 : « Naissance du schisme, défense aux prêtres de confesser » ; et puis, le lendemain : « Serment civique de dix-sept prêtres ». Suspect et menacé, il garde assez de liberté d'esprit pour écrire, le 21 : « J'achève la lecture de l'Homme nouveau par

M. de Saint-Martin ». Il constate — ainsi qu'il l'écrira plus tard — que « les fibres de son cœur » ne sont « pas assez robustes » pour supporter les profanations auxquelles il assiste, le portrait royal poignardé, la Marseillaise entonnée au moment de l'élévation de l'hostie ^ Et le 22 février le Journal porte : « Je pars de Chambéry avec MM. les chanoines Bain et Chevalier. »

Dans la vie de Maistre, c'est une nouvelle période qui s'ouvre; elle s'ouvre sur des ruines. Détruit, l'établissement religieux qu'encadrait correctement l'État sarde, et qui défendait tant bien que mal contre les assauts du philosophisme son existence correcte et discrète. Détruites ou dispersées, ces sociétés d'illuminés qui se flattaient de prolonger les avenues ouvertes vers l'au-delà par les premières révélations du Credo chrétien, et de faire pressentir aux amateurs de mystères je ne sais quelles nouvelles avances de la générosité divine. Maistre s'en allait avec deux chanoines, comme lui déracinés : ce cortège était un symbole ; un autre genre d'atmosphère religieuse allait imprégner sa vie.

Sur ces mêmes routes où il commençait de vagabonder, et dont Aoste, Genève, Lausanne,

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