‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 31 sur 109 · LE SÉJOUR DE LAUSANNE : UNE ILLUMINATION · texte numérisé non relu

LE SÉJOUR DE LAUSANNE : UNE ILLUMINATION

POUR l'avocat de la providence

Lausanne fut une école, non seulement pour le futur avocat de la Papauté, mais pour l'apologiste de la Providence.

Maistre, de Lausanne, provoqua en duel la Révolution. « Je me fais un devoir de déclarer, dira-t-il plus tard, que nul homme peut-être n'a plus haï la Révolution française et n'en a plus donné de preuves ». Par cette haine, il voulait venger Dieu. La France, comme toutes les nations, avait pour assises « des dogmes religieux et politiques, mêlés et confondus » : le « Redlam constituant », l'assemblée « pour qui l'épithète de constituante » devait être « une épigramme éternelle », les avait déracinés, et, sur le vide, avait voulu

reconstruire une société ; Maistre regardait, une « pitié colérique » l'animait ^ Ce qu'il abhorrait, ce n'était point la forme républicaine elle-même, à laquelle avait abouti la Révolution ; c'était une république fabriquée de main d'homme, par écrit, en un tour d'horloge, à l'écart de l'indication divine. « Toutes les institutions imaginables, lirat-on dans les Considérations sur la France, reposent sur une idée religieuse ou ne font que passer. Elles sont fortes et durables à mesure qu'elles sont divinisées, s'il est permis de s'exprimer ainsi* ». Oubliant qu'ils ne pouvaient concourir aux créations politiques qu'à titre d' « instruments » de Dieu', les constituants, au regard de Maistre, avaient commis ce crime et cette folie de vouloir donner à la nation, par eux reconstituée, une origine humaine, dérivée de la raison, de la philosophie. « Ce feu divin qui allume les nations, demandait- il, est-ce toi qui peux l'allumer, homme imperceptible*! Le mot d'Origène : « Sans Dieu rien de mieux », hantait toujours sa pensée, et lui paraissait justifier 1' « aversion machinale de tous les bons esprits pour les innovations ^ »

\. Œuvres, I, p. 373, 361, 13.

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