‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 32 sur 109 · Œuvres, I, p · texte numérisé non relu

Œuvres, I, p

La Révolution, gigantesque improvisatrice, prétendait, « dans une soirée' », abolir et puis créer : Maistre ne connaissait rien de plus criminel que cette prétention-là. Pourquoi, dans un gros livre, s'acharnera-t-il contre Bacon? Parce que Bacon voulait « refaire l'entendement humain », présentait un Novum organum, promettait un nouvel Yiomm.e'^ . Les Américains, au moins, bâtissaient avec des éléments, — avec l'élément démocratique qui existait dans la constitution de la métropole, avec l'esprit républicain des premiers colons'. Mais dans leur « tripot du Manège », les (( législateurs bébés* » faisaient l'effet à Maistre d'avoir voulu singer Dieu : ils avaient fait une table rase, c'est-à-dire un néant, un chaos, pareil à celui dont Dieu tira le monde ; et puis, du jour au lendemain, ils s'étaient flattés d'en faire surgir une société nouvelle, en se targuant, comme Dieu, que leur œuvre était bonne. Singes de Dieu, ils travaillaient à l'encontre de Dieu, puisqu'ils abolissaient des institutions séculaires dont la lointaine origine avait quelque chose de divin. Et, méconnaissant la diversité des nations, autre vouloir de

1. Maistre à Costa, lettre inédite de 1789 (dans Descosics, Joseph de Maistre avant la Révolution, II, p. 332-334).

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