Scherer, Mélanges de critique religieuse, p
étaitrompu; » que « de longues profanations avaient détruit l'empire divin des préjugés nationaux* ». Et sa conclusion pratique, exprimée dès 1793 à Vignet des Etoles, condamnait le projet de rétablir les choses précisément sur le même pied où elles étaient avant la Révolution ; « mettre le lac de Genève en bouteilles » lui eût paru moins fou. « C'est fait de la monarchie absolue, reprenait-il en 1794, et je penche à croire que le monarque qui voudra sauver sa puissance fera bien d'en sacrifier une portion, ou, pour mieux dire, d'en restreindre légalement les abus ». En 1804, enfin : « Toute grande révolution agit toujours plus ou moins sur ceux-là mêmes qui lui résistent, et ne permet pas le rétablissement total des anciennes idées ' » .
Il savait, d'un pressentiment qui pour lui avait la valeur d'une certitude, que certaines idées méconnues par la Révolution trouveraient leur revanche. En cela, se trompait-il? Qui pourrait nier que la pensée religieuse, aux xix' et xx^ siècles, ait repris un éclat que le xviii' se flattait d'avoir à jamais éteint ? Et pourrait-on méconnaître que toute l'évolution sociale du dernier demi-siècle fut un démenti constant à l'es-