‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 53 sur 109 · Daudet, op. cil., p · texte numérisé non relu

Daudet, op. cil., p

COMMENT PIE VIT RÉVOLTA MAISTRE ET COMMENT LES JÉSUITES l'apaisèrent

Il y eut une heure, pourtant, où Maistre se sentit comme interloqué par Dieu : c'était en 1804, la secousse fut atroce. On annonçait que Pie VII allait sacrer Napoléon, on concluait que la cause de la religion et celle de la légitimité divorçaient ; l'Église, protectrice des souverainetés, allait couronner celui qui les bousculait toutes. Une lettre latine, ostensible au Saint-Père, partit de Pétersbourg avec l'approbation du Tsar : elle représentait au Pape que sa résistance aux avances de Bonaparte serait avantageuse, en Russie, à l'Église catholique : elle était signée, nous dit Maistre, de « l'homme du monde catholique qui était le plus dévoué au Pape par son serment », — apparem-

ment le Père Gruber, général des Jésuites. L'auteur de cette épître n'en reçut aucunes nouvelles et ne sut que plus tard qu'elle n'était point parvenue à destination^ Cependant les échos de Rome, ceux de Paris, soulevaient dans l'âme de Maistre des colères que certainement il croyait saintes. <( Je souhaite au Pape de tout mon cœur la mort, de la même manière et par la même raison que je la souhaiterais aujourd'hui à mon père, s'il devait se déshonorer demain. » Les « forfaits d'un Alexandre VI » paraissaient à Maistre « moins révoltants que cette hideuse apostasie de son faible successeur. » Il parlait de 1' « ivresse » du Pape ; et « de tout son cœur » il eût voulu — c'est au roi de Sardaigne qu'il l'écrivait — « que le malheureux pontife s'en allât à Saint-Domingue pour sacrer Dessalines. »

« Quand une fois un homme de son rang et de son caractère oublie à ce point l'un et l'autre, ce qu'on doit souhaiter ensuite, c'est qu'il achève de se dégrader jusqu'à n'être plus qu'un polichinelle sans conséquence ^. »

Mais dans une lettre de 1806, les sévérités de Maistre s'atténuaient; et lorsque en 1808 réson-

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