‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 62 sur 109 · Œuvres, II, p · texte numérisé non relu

Œuvres, II, p

l'ignorance de ces prêtres, sur leur ébriété, sur les sacrements bâclés ou profanés, sur les railleries, parfois accompagnées de corrections, qu'infligeaient à ce clergé les fidèles des hautes classes, Maistre collectionnait les anecdotes. En façade, l'Etat se targuait d'être chrétien ; en fait, Maistre constatait un étrange désintéressement à l'égard de la religion des soldats, qui le jour de Pâques, par exemple, étaient, au nombre de trente mille, écartés de la messe par des parades militaires, et que l'on traînait ivres, quelque autre jour, vers la table eucharistique ^ Faute de courage ou de foi, les métropolitains toléraient ce laisseraller : celui de Pétersbourg, Ambroise, faisait l'effet à Maistre d'être homme à « donner les quatre Evangiles pour un dîner chez l'Empereur - » . A mesure qu'il observait la Russie religieuse, (( la plus mystérieuse des nations^ », Maistre se pénétrait de cette idée que le principe chrétien y était « trop faible, trop défiguré, pour avoir pu pénétrer la pâte asiatique, » et que le <( caractère européen, résultant du mélange de la chevalerie avec le christianisme, n'avait jamais traversé la

1. Religion et mœurs des Russes : anecdotes, p. 21-22, 25-27, et Œuvres, XI, p. 237.

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