‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 68 sur 109 · Journal, 28 octobre-8 novembre · texte numérisé non relu

Journal, 28 octobre-8 novembre

Sur la nature et les effets du schisme et sur l'unité catholique : l'épistolier s'appelait Maistre. Et ces deux écrits, joints à deux lettres du Jésuite Rozaven, formeront plus tard un petit bréviaire manuscrit, dont certaines converties se serviront pour amener de nouvelles recrues à leur nouveau bercail*. Aux portes de ce bercail, une brebis fut longtemps hésitante : c'était M""* Swetchine. Maistre eût souhaité qu'elle dépouillât moins d'infolios, qu'elle cessât de « s'écraser de fatigue » en <( jetant dans les bassins de sa balance » les arguments des apologistes et les objections des critiques ; il lui rappelait le mot de Bossuet : « La conversion est une illumination soudaine ». Madame Swetchine, le 8 novembre 1815, devait erilin cogner aux portes de l'Eglise : « ce fut par d'autres voies que celles du dogmatisme absolu de Maistre qu'elle se convertit », observera son biographe Falloux ; son adhésion à Rome fut le résultat d'une longue étude, d'un patient travail intellectuel*. Mais elle aimera se souvenir que dans CG travail même, tout en le jugeant trop prolongé, Maistre l'avait aidée ; et lorsque en 1844, à Chambéry, le futur Père Martinow passera de

1. Rozaven, l'Eglise russe et l'Eglise catholique, éd. Gagarin, p. 2-3 (Paris, Pion, 1876).

2. Œuvres, XIII, p. 119-122. — Falloux, Madame Swetchine, I, p. 52. — Latreille, op. cit., p. 31-33.

l'Église russe à l'Église romaine, M""* Swetchine écrira :

(( A l'admirable solennité de Chambéry, j'ai pensé au comte de Maistre : on devrait renouveler sa mémoire, à l'accomplissement de tout acte semblable, car il a été un grand semeur ' . »

Semeur aux gestes discrets, qui conseillait à ses correspondantes de ne rien brusquer, et qui leur disait sa crainte des « publicités inutiles ou dangereuses" )). Tout ce qu'il souhaitait de la dame protestante, c'était qu'elle se fît catholique en secret ; et l'idée qu' « on doit quelque chose à l'autorité politique » amenait Maistre à ne pas trop presser la dame russe. Il lui rappelait l'histoire de Naaman, général du roi de Syrie, disant à Elisée qui venait de le convertir : « Jamais je ne sacrifierai à un autre Dieu que le vôtre, mais lorsque le Roi mon Seigneur entre dans le Temple de Remmon pour adorer en s'appuyant sur mon bras, si je m'incline lorsqu'il s'inclinera lui-même, que le Seigneur me pardonne !» — « Allez en paix », avait répondu Elisée. Maistre pensait que ce prophète avait été très sage, et qu'en « se donnant en spectacle » les dames russes converties à

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