‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 73 sur 109 · Œuvres, XIII, p · texte numérisé non relu

Œuvres, XIII, p

2. Œuvres, XIII, pp. 293-294 et 444. Frappaz, Vie de l'abbé Nicolle, p. 124 et 139 et suiv. (Paris, Lecofîre, 1857), raconte que l'abbé Nicoîle, qui avait fondé le lycée d'Odessa et qui devait être plus tard recteur de l'Académie de Paris, était prévenu par le duc de Richelieu, en 1817, qu'on voulait à Samt- PétersDourg travailler contre lui, en l'accusant de prosélytisme. Il n'avait pas voulu faire partie de la Société biblique : c'était son crime.

quelques mois plus tard, Alexandre en personne, invitant son ambassadeur à Turin à réclamer de la Cour sarde le rappel de Maistre, s'élevait « en plaintes amères contre le zèle de prosélytisme du comte, contre son langage au sujet des Jésuites, contre sa partialité et son acharnement à l'endroit des idées libérales du siècle i>. Un « orateur de salon », voilà tout ce qu'était Maistre, en cette heure de crise, pour le Tsar Alexandre; et la plume impériale ajoutait : « Sa réputation de talent est usurpée en grande partie, et il la doit plus à sa mémoire et à sa loyauté qu'à la profondeur de ses vues K »

Cependant, sur les ruines de la Société de Jésus, Maistre voyait la Société biblique triompher. Il notait, à la fin de 1816, que le métropolitain catholique en personne, Siestrzencewicz, avait osé, presque nonagénaire, se traîner à l'une de ses séances, bravant les condamnations portées par le Pape; il le voyait supporter allègrement l'accusation très grave d'avoir falsifié les lettres pontificales, falsifié les décrets du Concile

1. Dépêche de Gabriac, charge d'affaires de France, citée dans Mandoul, op. cit., pp. 96-98. D'ailleurs le même Gabriac nota plus tard, au moment du départ de Maistre, les « expressions d'estime particulière » pour Maistre qui se rencontraient dans une lettre du Tsar au roi de Sardaigne et qui « sortaient même du langage accoutumé dans ces sortes de lettre*. »

de Trente. « C'est un félon envers son Église, c'est un protestant masqué, disait Maistre ; s'il fallait absolument toucher la main à cet homme, je mettrais un gant de buffle ». Il écrivait au nonce de Vienne, Severoli : « Les plus terribles ennemis delà religion sont à la tête des choses ^ » Mais il semble que le propos jadis tenu par Pierre Tolstoï : « Le Tsar peut tout ce qu'il veut », retentissait toujours aux oreilles de Maistre, et derechef, au début de 1817, dans une lettre au comte de Vallaise, il s'abandonnait à l'espérance :

« Votre Excellence croira peut-être que je rêve; mais je suis persuadé qu'il ne tiendrait qu'à l'Empereur de Russie de réunir les deux Églises ; il peut tout ce qu'il veut... La suprématie du souverain l'ayant débarrassé de l'ignorante pédanterie des patriarches orientaux, c'est déjà un grand obstacle de moins. Ce ne serait pas sans doute l'affaire d'un jour ; mais l'Empereur n'a que trente-neuf ans, il a beau jeu ; il suffirait de traiter la chose dans le centre... Si, après avoir gagné la bataille de Leipsig et signé la Paix des Nations à Paris, l'Empereur venait encore à signer celle des Églises, quel nom dans l'histoire serait comparable au sien 2? »

Maistre apprenait, bientôt, qu'Alexandre en-

1. Œuvres, XIII, pp. 466-467; XIV, p. 5; Correspondance diplomatique, II, p. 305.

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