‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 8 sur 109 · Œuvres, I, p · texte numérisé non relu

Œuvres, I, p

phie politique le mettront aux prises avec Jean- Jacques, « l'homme du monde, peut-être, qui s'est le plus trompé », cet homme qu'il faut « veiller sans relâche et surprendre lorsqu'il laisse échapper la vérité par distraction^ » Mais en 1777, les sénateurs qui écoutaient le Discours sur la Vertu durent discerner, dans le jeune orateur, un écolier de Jean-Jacques.

(( Représentez-vous, leur disait-il, la naissance de la société : voyez ces hommes, las du pouvoir de tout faire, réunis en foule autour des autels sacrés de la patrie qui vient de naître : tous abdiquent volontairement une partie de leur liberté; tous consentent à faire courber les volontés particulières sous le sceptre de la volonté générale, la hiérarchie so'ciale va se former ^. »

Nous avons là, réédité pour des auditeurs savoisiens, le roman du philosophe de Genève sur les origines du corps social, ce roman contre lequel, un jour, Maistre mobilisera ses sarcasmes; et Maistre souhaitait que « nos citoyens rassemblés fussent maîtres de nous demander compte de notre conduite. »

Sept ans après avoir célébré la vertu, il définis-

1. Œuvres, I, p. 56 et 81; cf. Pierre-Maurice Masson, Rousseau et la restauration religieuse, p. 276 (Paris, Hachette, 1916).

2. Discours inédit sur la vertu, dans Descostes, Joseph de Maistre orateur, p. 14 et 19 (Chambéry, Perrin, 1896).

sait, dans une autre harangue, le caractère extérieur du magistrat. Autour de lui, les sénateurs; devant lui, la « nation ». Et tout son discours, portrait du magistrat idéal, invitait la nation à regarder la réalité, c'est-à-dire les membres du Sénat, et à confronter. Tant pis pour eux, s'ils répondaient mal aux définitions du substitut. « Le public, leur signifiait-il, vous compare à ce tableau et juge les justices *. »

Eût-il aimé, plus tard, ces idées et ces expressions? J'en doute fort, et je doute aussi que le Maistre des Considérations se fût volontiers reconnu dans certain mémoire de l'année 1788, où s'appuyant sur « l'étincelant Mirabeau », il dénonçait la « tendance malheureuse » de la puissance souveraine <( à vouloir tout voir et tout faire », le « crime » que l'on fait aux peuples de « croire qu'ils ont des droits », leur « prodigieux abrutissement dans la plupart des monarchies ^ ». Maistre en 1813 écrira : « Il faut absolument tuer l'esprit

1, Œuvres, VII, p. 11. En janvier n85,lisant l'écrit de Necker sur \' Administration des finances, Maistre était tout heureux d'y trouver certaines idées qu'il avait lui-même émises dans son Discours sur le caractère extérieur du magistrat. (Descostes, Joseph de Maistre pendant la Révolution, p. 397 (Tours, Marne, 1895).

2. Mémoire sur la vénalité des charges, publié par Clément de Paillette, Livres d'hier et d'autrefois, p. 269-271 (Paris, Poussielgue, 1896).

du xviii* siècle* )),mais, pour l'instant, la langue du siècle le grisait, l'esprit du siècle le frôlait; et M°" Swetchine, sa confidente de Saint-Pétersbourg, diagnostiquera plus tard qu' « il n'avait pu se soustraire entièrement au prestige de l'éloquence de Rousseau-. »

La postérité connaîtra, sur l'Inquisition espagnole, tout un livre signé Maistre : ce sera un plaidoyer, presque une apologie. Mais en 1775, au cours de son Eloge de Victor-Amédée, M. le substitut, tout d'un coup, prenait des réquisitions, et c'était contre les inquisiteurs, coupables de « certains sacrifices mille fois plus horribles que ceux que nos ancêtres offraient à l'affreux Teutatès^ ». (( Voltaire, écrira-t-il en 1818, n'a jamais été dans ma bibliothèque * » : il parlait pourtant de l'Inquisition comme l'auteur du Traité sur la Tolérance. C'était l'usage, dans cette petite Savoie, de « faire venir ses opinions de France comme ses étoffes" » : les discours de Maistre s'en ressentaient un peu; et même il confessera plus tard que, dans ses « belles années », sa « jeune foi

i. Œuvres, XIII, p. 189.

2. Falloux, M"' Swetchine, sa vie et ses œuvres, I, p. 399 (Paris, Porrin, 1908).

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