‹ La pépinière fruitière, forestière, arbustive, vigneronne et colonialeChapitre 16 sur 180 · PROCÉDÉS DE MULTIPLICATION DES ARBRES, ARBRISSEAUX ET ARBUSTES · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE MULTIPLICATION DES ARBRES, ARBRISSEAUX ET ARBUSTES

Les végétaux ligneux se multiplient d'abord euxmêmes : 1*» par leurs graines qui s'échappent, tombent et germent en procréant de nouveaux sujets; 2® par leurs racines qui s'émancipent, bourgeonnent et lancent des rejets qui deviendront, à leur tour, des arbres ou arbustes indépendants.

Si Vespèce se reproduit généralement de cette façon, la rariéfé est moins privilégiée ; alors l'homme vient en aide à la nature en procédant par des moyens artificiels, marcottage, bouturage, grefTage, à la reproduction de la variété et des sous-variétés.

L espèce, quoique naturalisée ou acclimatée, ne fournil pas toujours les graines nécessaires à sa reproduction, soit par l'âge de la plante mère, soit par l'influence des milieux où elle croît ; alors les procédés « manuels » sont mis en œuvre par riv)rticulteur.

Nous les passerons en revue, en indiquant les plus faciles à exécuter, ceux qui offrent le plus de garanties à la réussite. — Libre au travailleur de modifier, suivant les circonstances, car c'est ici que se place le mot de Pierre Joigneaux :

« Kn arboriculture, les praticiens sont les maîtres. »

Par semis, nous entendons la mise en terre de la graine que nous avons récoltée ou qui nous a été confiée, de manière à lui faire produire un végétal nouveau, conforme au type qui a fourni la semence.

D après certains physiologistes, le semis produit des sajels « de la plus belle venue, de la plus longue durée », et entretient la nature robuste de l'espèce, mieux que tout autre procédé.

Procurons-nous d'abord de bonnes semences.

Choix des graines. — Les graines sont récoltées à leur maturité.

Les unes tombent d'elles-mêmes, adhérentes au fruit : mélonide, drupe, baie, silique, gousse, capsule, saraare, achaine, cône, strobile..., ou isolées, changeant de couleur à leur point d'attache.

Les autres, restant tenaces à la branche, réclament une cueillette à la main ou à coups de gaule, entraînant parfois leur support avec elles. Des toiles sont placées dessous, pour les recevoir.

La chute naturelle de la graine est un indice de sa maturité, ainsi que le dessèchement de son enveloppe OQ le ramollissement de la pulpe qui l'entoure.

Les graineteries ont à leur service des«c ramasseurs » connaissant les bons endroits de production et les bons instants de la récolte.

Avant tout, les porte-graines robustes, sains, vigoureux, sélectionnés, auront plus de chances de procréer des élèves doués des mêmes qualités; l'espèce en sera nettement caractérisée.

La récolte gagne à être faite par un beau temps ainsi que toutes les manipulations.

L'expérience nous apprend certaines particularités à observer.

Ainsi le cône de TAune {fig. 56) est à point quand ses écailles prennent une couleur brune; la cuelUelte ne saurait en être ajournée.

Pareille observation avec le Bouleau {fig. 57), et il n'y a pas d'inconvénient à laisser partir

Fig. 56. — Aune, Ainus {a, cône; b, semence grossie).

Fig. 57. — Bouleau, ffetttla {a, cône; b, graine grossie).

ses premières écailles en plein été, elles sont stériles.

L'Orme laisse emporter par le vent ses samares lôgères (fig. ^8); celles qui s'égarent le plus loin sont les moins bonnes, l'amande fait défaut; tandis que les samares du Charme (fig, 59) réclament une cueillette manuelle. Quant à la petite membrane qui l'accompagne, elle disparaîtra après une mise en tas, avec mouillure et criblure.

Les samares d'Rrable (fig, 60) se détachent d'elles-

DU SEMIS. 12o

mêmes à maturité, leurs ailes les entrainenl sans cependant aller trop loin, et provoquent un abondant semis naturel, si elles restent sur place. ^ j^

Il en est à peu près de t^^

Fîg. 58. — Orme, Clmus (l>ouquet Fig. 59, — Charme, Carpinus {a, sede samares). mence ailée; b, graine désailée).

môme avec le Frêne; toutefois, les graines qui persistent longtemps sur l'arbre perdent leurs qualités germinatives.

Au contraire, les premiers glands de Chêne tombés

Fig. 60. — Érable, Acer {a, samare d'KraMi' >ycomore).

*ont piqués par les vers ou atrophiés; il est pruient d attendre la chute générale et normale. La faîne du Hêtre est dans ces conditions, il ne

faut pas se presser de récolter, à moins que la rapacité des pachydermes ne nous y oblige. Mais la châtaigne, le marron, ne sauraient attendre ;

Fig. 61.

Chêne, Quercus {a, gland du Chènc rouvre; b, gland du Chêne pédoncule; c, gland du Chëne chevelu).

l'ensablement immédiat adoucira leur cuirasse en les tenant à Tabri des rongeurs.

La noix et la noisette seront confiées à la terre, ne

serait-ce qu'à titre provisoire, dans le mois qui ^^^ ^ suit leur asséchage, car

é^|Ui\i elles passent au séchoir K^flHji^ aprèsavoirétédépouillées ^^^^PF du brou et de la cupule.

* ^^r L'amande, récoltée plus

tôt, attendra la fin de Tannée pour être livrée à la stratification.

Assez tard se fera la récolte du Robinier, — souvent à coups de serpe ou de sécateur sur les rameaux épineux auxquels les grappes séchées se cramponnent.

Fig. 62. — Hêtre, Fagus («, fruit; 6, faîne).

Plus agréable à cueillir, le Tilleul, lent à germer, ne restera pas trop longtemps mûr sur l'arbre. Semé avant maturité complète, la levée en sera plus prompte, comme le Prunier de Saint-Julien, les Ërables américains, à floraison hivernale^ et d'autres espèces qui seront indiquées plus loin.

Les osselets d'Aubépine, d'Alisier, de Rosier, également paresseux à laisser percer leur radicule, se trouveront mieux mis en tas, à l'ombre, entrecoupés de lits de terre, aussitôt dépulpés.

Les baies de Mahaleb ou Sainte-Lucie risqueraient d'occuper le terrain pendant dix-huit mois si elles n'étaient ramassées vers le mois d'août et stratifiées aussitôt.

Également dépulpées, lavées à l'eau rendue alcaline et triturées dans le sablon frais, les graines de Houx, de Buisson-ardent, de Laurier, de Sassafras, de Magnolia et autres. Stratifiées, elles se prêteront mieux à la germination prompte, ainsi que les semences de Taxacées renfermées dans les drupes d'Ifs, de Céphalolaxus, de Podocarpes, de Torréyas, de Ginkgos...

Malgré leur semis immédiat, les baies de Genévrier retardent parfois leur germination à la seconde année.

Notre région méditerranéenne choisit au printemps les plus belles oranges, les mieux « nourries », bien mûres, pour en semer de suite les pépins à une exposition chaude, et la levée se manifeste quinze jours après. Bien plus tard lèvent les graines conservées.

Les marcs de pressurage des pommes, des poires, des raisins, revendiqués par les grandes pépinières, seront passés à la claie, après séjour à l'air, nettoyés d'une iaçon sommaire, les pelotes de pépins étant émiettées.

Dans les lonlrées où le soleil est assez vif pour sécher les baies, drupes, les fruits mous, et assécher la semence, des évenlaires portant un lit de fruits {fig. 63) sont exposés aux rayons solaires; les fruits ou les graines retournés une ou deux fois, puis brossés

Fig. G3. — Séctiage au soleil de fruits et de graines.

et rentrés à Tombre et au sec, attendront le moment du semis qui ne saurait tarder.

Sans être nettoyés finement, ïes noyaux de cerises, merises, prunes, pèches, abricots, mûmes..., mis de côté par les distilleries, pâtisseries, confitureries, sècheries, avant le passage au feu ou à l'alcool, auront besoin d'une situation en bloc, rafraîchie et brassée dans une terre légère, afin d' « attendrir » leur carapace en faveur de l'embryon ; procédé préférable à la

cassure de cette coquille osseuse, qui pourrait faire moisir ou rancir Tamande.

Exposés à la sécheresse, les cônes du Sapin, cueillis assez tard, mais avant leur chute naturelle, se débarrasseront de leurs semences. Laissé sur l'arbre, le cône ouvre ses écailles et la graine tombe.

C'est ainsi que naissent les semis naturels de Pins qui, disons-le, mûrissent leurs graines dix-huit mois après la floraison. Le cône reste assez longtemps sur l'arbre, comme celui du Cèdre.

Les strobiles de Thuias, de Cyprès, les cônes de Picéa, de Mélèze, s'ouvrent facilement et ne sauraient rester longtemps sur l'arbre sans laisser échapper leurs graines.

Le testa osseux des semences de Pins pignon, de Sabine, Cembra, en ralentit la germination.

Quant aux cônes de Cèdres, nous dirons, à leur paragraphe, comment le jardinier parvient à vaincre leur résistance à l'ouverture de leurs flancs.

Avec des arbres dioïques, comme le Palmier, la production de graines n'est acquise qu'après l'action fécondante du type staminé sur le plant pistillé, opération faite par la main du cultivateur lui-même.

Aux colonies, les jardins d'essais et des factoreries font récolter les semences rares et les expédient à leurs correspondants, en prenant toutes les précautions d'emballage ou de stratiGcation.

Sur les navires, les matelots entretiennent des noix ( coco dans un bidon plein de sable et les vendent t tes germées sous une latitude moins favorable.

>es semences fines demandent beaucoup de précaut \% dans le choix des porte-graines ; puis la récolte, Baltbt. — La pépinière. 9

i30 DU SEMIS.

le séchage, le nelloyage, le classement, la mise en sacs ou en casiers, minutieusement par origine et espèce, avec étiquetage et inscription sur un registre.

La durée des facultés germinatives est assez difficile à préciser ; elle a, pour ennemi, Thumidité.

L'état de la semence au moment de sa récolte, les soins de sa conservation, la température pendant toute cette période, aussi bien que la nature du sol et Vkge du porte-graines, eniin Tinfluence des milieux font varier sensiblement la moyenne des observations.

Cependant, aux paragraphes du chapitre 111, nous indiquerons les particularités ou exceptions propres à chaque genre et, au besoin, à chaque espèce, tout en recommandant l'emploi des graines de la dernière récolte, ou conservées au sec et au froid.

Stratification des graines. — La stratification des graines est une opération transitoire qui conserve à la semence ses facultés germinatives et stimule les germinations lentes ou paresseuses ; elle est donc nécessaire dans la période comprise entre la récolte et le semis de la graine.

Nous pourrions même dire qu'elle est indispensable aux graines dures, osseuses, à celles qui se dessèchent rapidement, en attendant la préparation du sol, et aux semences farineuses, dont la composition amylacée attire les rongeurs. Les noix, châtaignes, glands, faines, amandes, noisettes, etc., sont dans ce cas, tandis que, germées, cette saveur nutritive a disparu.

La stratification comprend la superposition de lits de graines alternés avec des couches de terre, en nombre modéré ; elle est installée à Tabri de la sécheresse et de la gelée, soit par tas, soit par tpous, et

bu SEMlS.

mieux encore par récipients : cuveau, caissette {fig, 64), terrine, poterie, facilitant la séparation des espèces et le transport à la pépinière. Une cave, un cellier, une remise, un silo, où Teau n'arrive pas, offrent toutes les garanties; au pied d*un mur, c'est encore acceptable.

Les espèces délicates sont portées à l'orangerie, sur une tablette de la serre ou sous châssis froid.

Les espèces rustiques, récoltées par grandes quan-

Fig. 64. — Stratification de graines, en caissette.

tités, peuvent être stratifiées dehors, préservées du soleil, de l'inondation et des orages ; par exemple protégées par des arbres verts. La petite butte, ayant pied en terre, et tête hors terre, recouverte de feuilles sèches, de bruyères sulfatées, de fougères, de mousses ou de grande paille de seigle, etc., sera bassinée légèrement et rarement.

Éloigner, par tous les moyens possibles, les rongeurs et tout ce qui peut nuire au but cherché.

Quel que soit le mode d'installation, le fond doit être drainé par une couche suffisante de gravois, bris de poterie, cailloux cassés, recouverte de terre végétale ameublie, passée au crible, et sur laquelle sera

étendu le premier lit de graines ; ensuite un lit déterre sablonneuse, puis un lit de graines, et ainsi de suite, sans cependant que le nombre de ces lits superposés dépasse cinq ou six ; — et moins avec les grosses graines.

Les semences fines admettent le brassage au lieu d'un rangement par couches intermittentes.

Le sable de rivière doit dominer dans le compost, à moins qu'il y Ogure seul ou additionné de terre de bruyère, lorsqu'il s'agit de plantes délicates, de graines fatiguées. Il est bien entendu que le sable a vu l'air et le soleil pendant plusieurs mois, qu'il a été manipulé, retourné souvent, lui et les autres éléments du compost, de manière qu'ils ne recèlent aucun germe de moisissure ni de pourriture au moment de leur emploi.

Avant le placement de la semence, chaque lit est légèrement battu à la main ; son épaisseur est calculée sur le volume de la graine, de telle sorte que la plantule ne pénètre pas le lit inférieur de semences.

Le semis ne doit pas être tellement dru que les germes s'y entremêlent, ni tellement clair qu'il reste place à la cryptogamie ou k d'autres ennemis.

La bonne époque est aussitôt après la récolte et le séchage de la graine, généralement fin été et automne.

A la pépinière, la majeure partie de ce travail — sauf cas urgent — se fait lors de la chute des feuilles; les écussonnages de plein air sont finis, les greffages et bouturages sous verre se terminent ; alors, les graines restées dans leur enveloppe naturelle seront préparées et mises en état, pendant les veillées, ou pour occuper le personnel les jours de pluie.

De plus en plus, nous recommandons de l'ordre dans le classement et le numérotage.

Le travail de stratification commencera au plein air, attendu que la germination y est plus lente. Cette phase du premier mouvement de la vie végétale se manifeste généralement vers le printemps, quand la terre se réveille.

Si la pleine terre est encore froide ou endormie, le semis s'accomplira sous verre, la germination y étant plus prompte.

Les stratifications de plein air, établies de façon que Feau n*y séjourne pas, hiverneront sous un abri de pailles, roseaux, débris de paillassons, et ne resteront jamais ni trop sèches, ni trop humides.

Un certain nombre d'espèces ne lèvent que Tannée suivante. Cependant, il serait convenable de les stratifier aussitôt la récolte, de les tenir au frais et d'opérer le semis à l'apparition des radicules ; ici, semer dru, — à moins qu'il soit possible de semer d'abord les graines germées et de remettre les autres immédiatement en stratification, sans les exposer k l'air et au soleil.

Préparation de la terre à semis. — Labourer et bêcher la terre destinée au semis des graines. Opérer aussitôt que le terrain est libre, afin que la terre remuée profite de l'action des agents atmosphériques : soleil, vent, pluie, rosée, gel et dégel, et puisse emmagasiner des éléments de végétation active.

Cultiver souvent, à, la charrue, à la herse, à la bêche, à la fourche, purger le sol des pierrailles et cailloux, extirper et brûler les herbes et les racines inutiles et nuisibles.

Un semis sur bruyère, lande, ajonc, genêt, carex, alfa, brousse, etc., réclame un écobuage préalable et

un labour profond ; puis remuer encore le sol au grapin(/î^. 65), au crochet-pioche (fig. 66); enfin semer, rouler, damer, pailler, le sol prendra de la consistance et de la fraîcheur.

Lorsque les circonstances le permettent, surtout avec un terrain abandonné ou à peu près, il est bon de procéder par une culture potagère, de fumer, d'amender le sol, ou d'enfouir une emblavure en vert, mais tout cela pendan t l'année qui précède le semis.

Cette situation se présente plutôt en sylviculture ; le forestier n'ayant pas toujours à sa disposition, comme le pépiniériste de profession, un emplacement en bon état de culture, à l'abri des invasions d'oiseaux et autres hôtes des bois.

Dans ces conditions, un grillage en fil de fer galvanisé est la clôture préférable.

Que la pépinière soit forestière, fruitière ou arbustive, la terre n'en est pas moins susceptible d'amélioration, et d'autant mieux que les jeunes plants n*y séjourneront pas longtemps.

Les allées et sentiers sont nécessaires, plus élevés ffue le sol en terrain sec, plus bas en terrain frais,

Fig. 65. — Grapin. Fig. 66. — Crochet-pioche.

I déterminant les carrés et aboutissant aux prises d'eau. I Les amendements — au cas de besoin, légers, ! sablonneux, non fermentescibles — doivent être de nature poreuse, absorbant rayons solaires, hàles et ondées; tels le sable de rivière, les poussières de routes, certains engrais minéraux pulvérisés...

Pas de fumier frais ni pailleux précédant le semis de trop près.

Le sable de la Loire joue un rôle important dans les pépinières de la région, à la période des semis [fig. 67). Versé èc la botte, régalé, puis mêlé à la terre, il donnera du cbevelu à la semence.

Entre deux labours, les engrais liquides largement dilués devanceront la semaille de quelques mois seulement. Aux plants résineux, pas de fumier.

Les boues de rue ont l'inconvénient d'être trop metteuses et les curures d'étang trop herbeuses.

D'ailleurs, la nature du sol et les besoins de la plante guideront le cultivateur.

Si le défoncement est moins nécessaire au semis, toute l'attention se portera à la surface qui, après labour, bêchage et fourcbetage, sera hersée, grapinée, ratissée, épierrée, et pourra recevoir en même temps les aliments favorables aux semis : terre et gazons brûlés, cendres, sables et, quand les circonstances le permettent, poussières de tourbe, terre de bruyère, terreau, fibres de noix de coco et de polypode.

Les poussières de charbon de bois et la suie projetées en nuages légers avec la graine, au moment du semis, ont un rôle hygiénique.

Battre ou plomber le sol, passer le rouleau, la place est prête.

Époque du semis. — La bonne saison du semis est généralement au printemps, en pleine terre et à Tair libre ; mais toutes les fois qu'une graine stratifiée est

Fig. 67. — Dépôt et réffalage de sable dit « falaise » avant le semis. Aubas, carré dt marcottage de I^oisetiers. (Pépinière! Desfosséot Cie» à Orléans.)

en germination, il faut la semer. Si la saison n'est pas propice, l'abri du verre sera utilisé.

Par la même raison, toute graine en état de maturité est disponible au semis. Tôt vaut mieux que tard, caria semence pourrait se dessécher, rancir ou moisir; toutefois, si elle peut attendre, nue ou dans son enve-

DU SBMIS. 137

loppe, la fin de Tannée, elle sera à ce moment mise en terrine dans la serre ou en stratification à la cave.

Le semis des Conifères presse moins que les autres; il peut attendre, surtout si la température est au froid, au hâle ou à la sécheresse.

Les pays chauds sèment quand la période des plaies se termine.

Semer promptement les grosses graines et celles qui ont séjourné dans un appareil réfrigérant.

Nous aurons donc des semis de printemps, d'été, d'automne. Ces derniers rentrent dans la catégorie des semis d'hiver, par la stratification.

Le chapitre III indiquera l'époque des semis de chaque espèce.

Les graines qui seraient restées indifférentes à la stratiOcation n'en seront pas moins confiées à la terre, mais dru, avec les autres ou à part, si elles paraissent encore de bonne qualité. Peut-être lèveront-elles Tannée suivante.

D'ailleurs, il est facile de les essayer en plaçant un échantillon entre deux morceaux de laine tenus à l'eau tiède; la germination des bonnes semences ne saurait tarder. Une autre épreuve consiste à jeter les gi*aines dans un vase rempli d'eau froide ; les bonnes graines restent au fond alors que les autres surnagent...?

Modes de semis. — En plein air, les semis se font à la volée, en ligne ou par rayon et à pôquet.

Semer à la volée , c'est répandre la graine « au vent » à la main ou au semoir, sur le terrain tout préparé, puis l'enterrer par un coup de herse, de grapin, de râteau, après avoir projeté un amendement poussiéreux, si besoin est. Ce procédé convient aux graines fines.

Semer en ligne comprend l'ouverture d'un rayon ou petit sillon avec une houe, une binette, un bâton, un semoir ou une charrue spéciale {fig, 68) ; la graine y étant déposée régulièrement avec léger amendement

Fïf I 68. — Semoir qui ouvre le sillon, sème la graine, la recouvre de terre et roule le ternis lout à la fois.

%'ï\ y a lieu, sera recouverte par la terre du sillon voisin ou par sa propre terre ameublie, restée sur les bords.

Semer sur billon ou sur ados, en terrain frais, et PO travers sur les terres fortement déclives.

Semer à trou ou en poquet consiste à ouvrir des trous, çà et là, avec la pioche, la bêche, le plantoir ou la main, à y jeter la semence recouverte aussitôt

DU SBMIS. n9

par la terre qui en provient ou des trous voisins; sinon, combler avec de la terre préparée et amenée à la brouette ou au panier.

Partout, la densité du semis est basée sur l'avenir du plant, son développement, la durée de son séjour. Un semis trop dru fournit des élèves maigres, étiolés ; trop clair, le plant reste court ou se ramifie, ce qui, parfois, devient une qualité. Quant à la profondeur du semis, la logique conseille d'enterrer plus profondément les grosses graines et moins les fines et légères. Un sol humide, un climat froid, un semis tardif sont encore des motifs de semis peu profonds.

Une graine extrêmement fine pourrait être répandue à même sur le terrain, mélangée avec un amendement poussiéreux, sable, cendre, suie, terreau, et dispersée, répartie par un simple coup de griffe, puis roulée.

A titre de paillis, la pépinière forestière se contente de mousse hachée ou d'aiguilles de Pin.

En général, les grosses graines sont enterrées, en lignes ou à trous, de 0",02 à 0'",04 de profondeur; moins grosses, il suffira de 0>>a,005 à O*", 02.

Semer plus dru les graines de qualité douteuse^ malgré leur trempage préalable à l'eau alcaline.

Placer la pointe en bas, glands, faînes, amandes, noix et noisettes, marrons et châtaignes, fèves de cacao, araucaria, nucules de cornouille, pistache, olive, éléane...

Le semeur tient sa provision dans son tablier ou dans un panier qu'il porte. Les grosses graines sont placées à la main ; tandis que les autres, criblées à travers les doigts se trouveront réparties aussi régulièrement que possible.

D(J SBMIS.

Projeter les semences légères à la main, tenue près du sol, et Talmosphère étant calme. En même temps, saupoudrer de substances fines et douces : sable de grès, terreau tamisé, cendres, terre brûlée.

Après le semis, rouler, damer ou plomber le sol, et arroser par un bassinage léger si le temps est doux, copieux s'il est sec.

Abriter les semis de plantes délicates par des claies en roseaux ou des rameaux feuillus, des bruyères, des ramilles...

Dans les pays tropicaux, le planteur sème, avant ou pendant l'opération, des végétaux qui donnent rapidement de Tombre et font obstacle aux bourrasques.

Premiers soins à donner aux semis. — Pendant la période de germination et à la première jeunesse du plant, les arrosages et les sarclages deviennent obligatoires.

Le sarclage ou ésherbage consiste à enlever toutes les plantes étrangères au semis ; ce travail est exécuté à la main et demande un peu d'attention, il est rendu plus facile après une pluie ou un bassinage, et par un temps couvert. Si le sarclage occasionne quelque levée de terre, il faut rechausser aussitôt, puis donner une bonne mouillure, à la pomme d'arrosoir.

Recommencer cette double opération autant de fois que les circonstances l'exigeront.

Un ouvrier habile sait projeter la mouillure en ondée, d'une façon uniforme, évitant de laisser baver l'arrosoir et de marcher sur son ouvrage.

A la suite d'un arrosage, quelques heures après, les pulvérisations aux bouillies bourguignonne ou bordelaise produiront leur effet.

Gralter les superficies durcies qui se fendillent ou prennent une surface lisse.

Les eaux de pluie et de rivière réunissent les qualités requises pour un bon arrosage.

Faute de cours d'eau, des puisarts, citernes ou bassins, approvisionnés d'une façon naturelle ou par un appareil élévatoire, alimenteront l'arrosage à la lance ou au vieux système à la main.

Âh ! quel bon temps, celui où, jambes nues, nous faisions sauter une paire d'arrosoirs pleins d'eau, sans renverser et sans nous mouiller les pieds!...

Au cas de forte sécheresse, ombrer le semis au moyen de claies, toiles, feuillages, ramilles, paillassons, bruyères, à enlever le soir. Bassiner à ce moment, et recommencer le lendemain matin.

Chasse aux ennemis du semis. — D'abord la germination des grosses graines par l'effet de la stratification en éloigne les corbeaux, pies, ramiers et les rongeurs tels que rats, mulots, campagnols. Contre ces ennemis, tendre pièges et appâts empoisonnés.

Tenir à distance les petits oiseaux au moyen d'épouvantails mobiles, papiers, miroirs, plumes au vent, qui s'agitent constamment. La graine mouillée, puis roulée dans le minium en poudre, avant le semis, échappe aux coups de becs de la gent ailée.

Le trempage de la semence dans une eau contenant de l'huile minérale, dans la proportion d'un quart, est encore un bon préservatif.

Garantir le champ contre le parcours des volailles.

Les escargots et limaces, friands des jeunes pousses, sont attirés vers des tas d'herbages, des fagols, de vieilles planches, puis écrasés. Un cordon de cristaux

ly

concassés de sulfate de cuivre, semés autour d'une emblave, empoisonne au passage ces envahisseurs.

En suivant avec le doigt la galerie de la courtilière, nous arrivons à son repaire et Ten faisons sortir, expirante, par quelques gouttes d*huile et un litre d'eau versés avec un entonnoir au point où la galerie |î/ s'enfonce. Un entourage de planches sulfatées, enfon-

I '; cées sur champ, arrêtera la marche de Tennemi qui.

j^ - d'ailleurs, viendra se noyer ou se laisser prendre dans

^;v une série de récipients béants, enfoncés en terre

au-dessous du niveau du sol, et autour de cet encadrement {fig. 69).

Le ver blanc, larve du hanneton, d'abord combattu par un hannetonnage général, ensuite par un fourchetage minutieux du sol, avant la semaille, sera attiré par le repiquage de plants de Laitue ou de Fraisier dispersés autour et au centre de Temblave. Dès que le plant fane, la larve est à la racine. L'extirper et Técraser soutTafTaire d'un instant.

Prendre les lapins et les lièvres au collet ou... au fusiL.. sans toucher les plants!

Les taupes se laisseront prendre aux pièges tendus dans leurs galeries souterraines.

Verser de l'eau bouillante dans les fourmilières, sinon y enfouir un poisson, un crustacé, un pied d'animal de boucherie : les fourmis s'y agglomèrent; il sufflt alors de jeter l'appât — garni — dans l'eau chaude ou vitriolée.

Contre les pucerons verts ou bruns, des seringages de nicotine ou de savon noir étendus d'eau.

Extraire et brûler les plants attaqués par le puceron lanigère.

Echeniller les plantations voisines. Une clôture de grillage métallique n'attire pas les chenilles.

Dans la serre, des fragments de tubercule recueillent les forficules et les cloportes ; la poussière

Fig. 69. — Semis de Conifères préscr\'é du pnssage des courlilif^re». Aa fond, semis couverts de paillassons (Établissement Desfossé-Thuillier fils et Cie, à Orléans).

de charbon combat la toile (Botrytis cinerea). Les lavages à l'eau salée des murs et tablettes de

a serre, dessus et dessous, arrêtent le développement

les Cryptogames.

Ëclaircissage du plant. — Dès que les jeunes

plantes ont leurs premières feuilles, les semis drus ou les levées compactes réclament quelques éclaircies qui dégagent ou aèrent ces parties diffuses et utilisent, si besoin est, les plants supprimés.

Après une pluie et par un temps couvert, ce petit travail se fait à la main. Un terrain neuf étant préparé, le dépiquage commence et le repiquage suit avec un petit plantoir-cheville (Voir fîg. 10). Éviter de laisser faner ; pailler, bassiner aussitôt; mouiller en même temps le semis éclairci, après rechaussage des plants déchaussés.

Recommencer, plus tard, la même opération ; nous préférons l'éviter par un premier éclaircissage plus rigoureux.

Repiquage des jeunes plants. — Le repiquage est la plantation provisoire des jeunes sujets nés de semis, de marcottage ou de bouturage, et qui ont besoin de passer une année ou deux en nourrice avant d'être livrés à la pépinière, au boisement, à la haie vive, h tout autre emploi définitif.

C'est la seconde étape de l'éducation d'un plant qui doit être déplanté et replanté.

Un plant repiqué gagne en force, en racine chevelue, en collet trapu garni de ramifications. Sa réussite est assurée à la plantation prochaine ; son prix de vente est donc majoré du travail qu'il a occasionné et de son séjour complémentaire à la pépinière.

Déjà un repiquage en vert a été pratiqué au sortir des cotylédons, à mi-ombre et au frais, en caissette ou terrine {fig. 70) ou dans les ombrelles.

Le plant qui résulte d'un semis clair pourrait être assez bien constitué et éviter le repiquage, à moins

que ses racines soient pivotantes, ce qut rendrait la déplantation difficile Tannée suivante.

Les espèces à racines pivotantes, placées dans un sol riche et profond, réclameront peut-être un nouveau repiquage deux ans après et entreraient alors

Fig. 70. — Repiquage en terrine.

Fig. 71 . — Plantation ou repiquage au plantoir.

dans nos provisions de baliveaux, de petites touffes, ou de grands plants pour taillis, sous-bois, haie vive...

Les carrés destinés au repiquage sont à plat, de bonne terre, à demi-ombre, faciles à arroser. Préférer les endroits aérés, éloignés de la racine des gros arbres. Le travail fait au plantoir [fig, 71) vaut mieux ; en rigole, à la houe, le collet du plant est entratné à couder, ce qui est souvent un inconvénient.

Les seconds repiquages exigent parfois l'emploi de la pioche ou de la bêche.

La saison du repiquage est celle des plantations; mais le jeune plant n'ayant pas toujours la force de résister aux fluctuations du gel et du dégel, qui font gonfler puis tomber la terre, il importe qu'à ce moment il soit lié au sol, par suite d'une plantation en août- Baltbt. — LapépiDÎère. 40

septembre ou après l'hiver, en mars-avril. L'opération réclame une température basse.

Suivant les ressources locales, les pépinières occupent à ce travail, femmes et hommes. Ceux-ci

Vlg. 72. — Repiquage de jeunes plants ; rayonna^fedes lignes|el marquage des trous liPépinières Desfossé-Thuillier fils et Cie, h Orléans).

tracent les lignes au rayonneur et marquent la place attribuée au plant ; celles-là — ou d'autres hommes — y repiquent le plant {fig. 72).

Nous établissons deux sections : feuilles caduques, feuillage persistant.

Repiquage des végétaux à feuilles caduques. — Le mieux est de tout déplanter, de trier et de former plusieurs catégories de sujets à repiquer, selon leur

force, afin d'obtenir un ensemble de végétation assez uoiforme.

Les plants laissés en place vont pousser davantage; mais au moment de leur déplantation future, ils n'auront pas la qualité des premiers, malgré leur plus

! belle apparence.

La mise en jauge suit l'arrachage et l'habillage, c'est-à-dire Técimage des longues racines et des jeunes tiges et ramifications. Quelques espèces, comme le Noyer, le Tulipier, le Marronnier, voire le Chêne, le Châtaignier, le Sorbier, conserveront leur tige entière.

Le repiquage est pratiqué avec cordeau et plantoir, on à la bêche si le plant est volumineux.

Une distance moyenne de 0">,30 séparera les lignes, et les plants seront à 0"»,10 entre eux. La binette doit passer facilement entre les rangs ; le labour à la charrue exigerait une distance plus grande, à moins de doubles rangs rapprochés, mais à intervalle suffisant avec le double rang voisin (Voir fig. 8).

Sceller la terre au collet du plant, avec le pied ou avec le plantoir. Arroser de temps en temps si la sécheresse persiste; biner, ésherber, sulfater.

Après une année de végétation, le plant est utilisable, ou ajourné; au cas d'arrachage général, les plants faibles seront repiqués à nouveau.

Repiquage des végétaux toujours verts. — Les végétaux toujours verts comprennent la majeure partie des Conifères, les arbres, arbrisseaux et arbustes k feuillage persistant.

Leur traitement diffère peu : de l'ombre, de l'eau, une terre légère, des replantations répétées en pépinière; pas de fumier, plutôt du sable de rivière,

de la tourbe pulvérisée, de la terre de bruyère.

Les semis ont été faits à Tair libre ou sous verre ; à ceux-ci le repiquage en godet, à ceux-là la pleine terre, sauf cependant les espèces à racines pivotantes, plus difficiles à la reprise, si le plant est livré aux pépinières et aux boisements ; le pivot des Conifères \ surtout doit être respecté par le planteur. ■

Environ un mois après la levée de la graine, il a { été possible d'éclaircir les jeunes plants, et de repiquer les nouveaux venus, en godet ou en pleine terre bien préparée, à mi-ombre. Opérer par un temps j couvert ou pluvieux et mouiller abondamment les j agglomérations dégagées et les repiquages.

Le repiquage par petits groupes en potée, en nattes

Fig. 73. — Repiquage en motte, du premier âge.

fr formant poche {fig, 73, a, b, c), en noix de coco,

r( nœud de bambou, en facilitent le transport en motte»

Çr procédé précieux dans les pays chauds et avec les

r, espèces à racine pivotante.

.La houlette jardinière {fig, 73 bis) est d'un bon usage, dans ces circonstances.

Les godets portant chacun un plant, placés sous verre, réclament un lit de cendres de houille ou de vieille tannée.

Si la provision de godets fait défaut, utiliser les terrines et caissettes à cet effet est assez prudent. Les repiquages en pleine terre, fait» au mois d août,

faciliteront l'hivernage du plant; si cette époque était passée, l'opération serait ajournée au printemps. Couvrir de claies en hiver et vérifier l'état des collets après la fonte des neiges.

Le repiquage de ces végétaux est renouvelé à mesure de leur élongation, indice de l'allongement des racines, ce qu'il faut éviter dans l'intérêt de leur état trapu et de la garantie de la reprise.

Laissés trop longtemps dans la même poterie, la racine traverse le fond et se brise à la déplantation.

A chaque opération, le récipient sera un peu plus grand et la terre plus substantielle. Les po-

Fig. 73 bis. — Houlette jardinière.

teries qui les détiennent seront mises en terre, à touche touche, par planches, et si la plante est sensible à la température, les abris-ombrelles lui fourniront un séjour mieux approprié. Cesser l'arrosage quelques jours avant le rempotage.

Ici, la taille des branches ou des racines n'aurait pas sa raison d'être, à quelques exceptions près.

Les résineux. Sapins, Picéas, Pins, Mélèzes, etc., cultivés par quantités considérables, sont repiqués en pleine terre à faible distance, par planches de cinq rangs espacés de O'»,!^ à 0«',lo, tracés à la houe ou à la charrue. Repiqués en août, ils sont livrables au boisement, quinze mois plus tard.

Un troisième repiquage doublera les dislances. Bon arrosage au canon.

Les arbustes verts d'espèce assez résistante, aprè^ ce8 deux repiquages et un séjour de deux années sous Verre d'abord, au milieu des ombrelles ensuite, passeront à la pleine terre et à Tair libre, si leur constitution le permet.

Rspacés par distances calculées sur leur végétation probable, ils pourront y rester pendant deux ou trois antiées et se trouver disponibles à la vente de plantes vertes, en motte ; dans le cas contraire, une nouvelle re plantation continuera à entretenir leur branchage et leurs racines en bon état de ramification.

Les Conifères accepteront le même traitement. '

Repiquage du semis; procédé Tourasse. — Un amateur éclairé, Pierre Tourasse, ayant reconnu rinfluence du repiquage des végétaux sur leur accroissement, leur floraison et par suite leur mise à fruits, a pratiqué de nombreux semis d'arbres et arbustes fruitiers ou d'ornement et prouvé la valeur de sa méthode.

Le repiquage fréquemment renouvelé comporte à L-haque fois la taille du pivot avec un apport de terres et terreaux mélangés et bien ameublis.

Le premier repiquage se fait à la quatrième feuille ilii plant; extrait de la couche, il subit la coupe du tiers du pivot et la mise en pot de 0°»,16. Les potées sutU enterrées à l'abri du soleil et du vent.

Au second repiquage, le plant est mis en pleine terre tiu en panier de 0"»,25, après la taille de la racine et des chevelus. Un abri et un peu d'ombre en favoriseront la reprise.

Lufin, l'année suivante, une dernière taille des

DU MARCOTTAGE. 151

racines et un compost substantiel donneront à Tarbuste vigueur et fécondité.

Nous l'avons constaté sur des milliers de sujets : Poiriers, Pommiers, Pruniers, Pêchers, Vignes, Chalefs, Tilleuls, Érables, Marronniers, Lauriers-amandes et Fusains verts élevés à sa villa de Pau.

Semis et repiquage sous verre. — Aussitôt en maturité, les graines d'espèces rares ou délicates récoltées, épluchées, séchées, seront semées en terrines, caissettes ou poteries étiquetées et portées sous ch&ssis tiède, si elles sont de climat tempéré, et sur bâche de la serre avec chaleur de fond pour les exotiques tropicales ; ici + 26* ; là de + 12 à + *5*.

Répandre suie ou poussière de charbon de bois légèrement à la surface ; mouiller et couvrir d'une feuille de verre. Le récipient, bien drainé, peut reposer sur un lit de cendres de houille.

Le repiquage intermittent ou à forfait se fera en godet, avec terre de bruyère tamisée, sable et terreau, ou des déchets de fibre de noix de coco.

Une fois les plantes remises, elles iront les unes sous châssis froid, les autres dans la serre chauffée suivant leur tempérament ; et plus tard, après rempotage, les rustiques feront séjour dans les abris et ombrelles pour suivre la filière dite d'acclimatement, tandis que les frileuses resteront en serre chaude ou prendront la direction des régions équatoriales où elles vivront en pleine liberté.

DU MARCOTTAGE

L'opération du marcottage a pour but de procréer de nouveaux individus en les empruntant à un arbre,

i52 DU MARCOTTAGE.

arbrisseau ou arbuste par ses branches ou ses racines, en l'obligeant à les nourrir jusqu'au moment où, après sevrage, ils deviendront libres et indépendants.

Le marcottage permet de reproduire fidèlement :

i** Les variétés stériles ou retournant à leur type par le semis, ce qui se présente avec les variétés du Noisetier ;

!2* Les espèces qui sont rebelles au bouturage, par exemple le Peuplier-Tremble;

3° Les genres récalcitrants à la greffe, comme le Framboisier.

Quoique différents en apparence, il est de tradition de ranger sous la bannière du marcottage :

Le couchage simple ou compliqué, en terre ;

Le marcottage aérien ;

Le buttage en cépée ;

Le drageonnage ou marcottage souterrain.

Il y aurait bien encore la division par éclats ou séparage, dit « œilletonnage » au jardin potager ou au parterre, lorsqu'il s'agit de diviser des Artichauts, des Fraisiers de Gaillon, ou des Phlox et des Asters, mais nous aurons rarement l'occasion d'en parler; sauf à l'occasion des Spirées, de la Gorète, etc.

Plusieurs modes de marcottage rendent indispensable l'emploi de mères ou souches mères qui vont fournir au travailleur les branches et les racines nécessaires.

Ces pourvoyeuses, installées dans les meilleures conditions, seront entretenues de manière à produire des éléments sérieux, robustes, et à rester exclusivement dans ce rôle.

DU MARCOTTAGE. 153

Marcottage par couchage. — Ce genre de multiplication se fait à peu près toute l'année, plutôt au printemps, souvent en été, parfois à Tautomne.

Les souches mères, isolées, plantées en ligne ou par carrés spéciaux, bien soignées dans leur existence, sont maintenues en touffes buissonnantes, aussi bas ([ue possible dans Tintérét du couchage; les rameaux non employés, étant coursonnés, fourniront de nouveaux brins pour les opérations futures; les ramilles inutiles seront supprimées, mais aucune braacbe non marcottée ne restera ; sa liberté d'allure accaparerait la sève à son profit.

Pendant la végétation, éclaircir les branchages compacts, diffus, écimer les rameaux qui s'emportent, pailler, arroser et tuteurer les couchages, ésherber, détruire les insectes et les colimaçons qui viennent s'y réfugier; enfin pulvériser feuilles et bourgeons contre les parasites.

Eviter de laisser fatiguer les mères par un service permanent; le repos intermittent, d'une saison, leur est salutaire.

Plusieurs modes de couchage sont mis en œuvre.

Couchage simple (fig. 74). — Ouvrir une rigole au pied de la souche mère (A) ou dans le périmètre du branchage; incliner les rameaux (B), les coucher dans le sillon et en redresser la sommité (D) taillée à deux ou trois yeux.

Le crochet (C) les maintient dans la tranchée. Une incision (F) pratiquée sur les bois durs, ou sur les espèces lentes à prendre racine, en facilitera rémission. Une baguette-tuteur (E) maintient le brin dressé,

f54 DU MARCOTTAGE.

position préférable au laisser-aller, et servira au palissage des pousses nouvelles.

Certaines espèces prennent racine seulement avec le rameau semi-ligneux de l'année courante; d'autres avec le rameau âgé d'un an; quelques-unes réclament des tissus plus âgés ; alors une incision longitudinale ou circulaire, ou la strangulation par un fil de plomb.

Fig. 74. — Couch&ge simple.

sur la partie couchée en terre, viendrait aider à sa radi fi cation.

Dans ces conditions, une touffe entière pourrait être acculée dans une tranchée ouverte à ses pieds, et chaque brin, branche ou rameau, serait couché, dresse, incisé et garni de bonne terre. A l'automne, le sen-fif/e viendra isoler l'élève de sa nourrice et lui permettra de vivre librement; la section, faite (en ff) prRs du sol, est toujours en deçà de la courbure ; maïs Topération en serait ajournée si les chevelus éLaient insuffisants.

Cmirhage en vase. — Au lieu d'arquer le rameau (X, ii(i, 75) en pleine terre (V), nous le couchons dans un vase quelconque ébréché en Z ; l'incision (Y) n'apas

DU MARCOTTAGE. 155

été oubliée, ni un apport de bonne terre fraîche. Si, à Tautomne, la nouvelle racine est sufGsamment développée, le sevrage (en S) permettra de transporter le jeune plant sous châssis.

Ce procédé est applicable aux raretés, aux plantes

Fig. 73. — Couchage en vase.

vertes et à celles qui ont une tendance à laisser s^égarer leurs racines.

La Vigne est propagée ainsi, en pot ou dans un petit panier tressé grosso modo, servant au transport du plant et à sa mise en terre. Au lieu de tresse en Osier ou en Viorne, la maille en fil de fer galvanisé mérite d'être essayée.

Pailler, arroser modérément.

Couchage à long bois. — Les espèces qui fournissent de longs rameaux bien aoûtés, Tœil ou bour- . geon vif, bien constitué et de radicellation facile, acceptent les deux procédés suivants, quelque peu fantaisistes.

Le sarment (A, fig. 76) de cette nature sera couché (B) au printemps, de sa longueur, dans une rigole, maintenu par de petits crochets et à peine couvert de terre.

DU MARCOTTAGE.

Les yeux s'éveillent; un apport de sable et terreau les encourageraà bourgeonner, surtoutceux delà base, plus paresseux. Combler de suite le sillon, si la gelée

Fig. 76. — Marcotlageà long bois.

menace, ou plus tard dès que les jeunes pousses ont atteint 0"*,2o environ ; écimer ou déchirer sur feuilles celles qui s'allongent trop vite (/*, g).

A l'automne, la branche (AC) sera soulevée avec tout son appareil, et chaque brin nouveau, fractionné au mérithalie de souche, deviendra un plant complet.

DU MARCOTTAGE. ^57

La taille courte des autres sarments a dû fournir du nouveau bois sur le cep, pour continuer l'opération au printemps suivant.

II est bien entendu que les rameaux ainsi couchés ont été mieux lignifiés par les soins d'éclairage, de pincement long, etc., et même allongés en terre, dès l'automne, s'ils sont de nature gélive.

Même observation quand il s'agit du couchage en

Fig. 77. — Couchage en serpenteau.

serpenteau (A, fig. 77). Le rameau parfaitement aoûté, flexible, est couché dans une rigole (B), par ondulations formant une série d'arceaux (D) retenus en terre par un crochet à chaque mouvement; il sera secondé dans son rôle pourvoyeur par une incision pratiquée à la face inférieure de l'arc souterrain; cette incision est un petit cran donné en long, à partir du coussinet d'un œil, en remontant de 0",02.

Le sevrage (e), à l'automne, procurera autant de plants que d*arceaux enracinés.

Appliquer ce procédé aux Chèvrefeuilles, Périploques, Célastres, Lierres, Glycines {fig, 78).

Marcottage aérien. — Lorsque la situation ne permet pas le couchage, il suffira de prendre un récipient ({aelconque, mais susceptible de recevoir une tige ou

IW M AH COTTAGE.

branche crarlMistequi reste adln rente h la niiTe. Ceréci- |Herif, hois^ terre cuite, enniel de [ilomii !, /if/. 7!* s etc., est établi (le faruii que le brin y ju-nètre complète-

l'ti;. T"», - .M.ii*»' »il.ij?i' *iu ,in'vli\^ — t»J\.iMf i I! tshttitét

nient, l'ne h^rn- «11* hruvriv fiEiicin-, !iu taïupon de innnssr ennslarnnirîit limiiide ru irarinssenl Hirtèr ietir. Au |MMiil i\i' 1 nnlarl o!i <l l'ntri'f, ht tu^arudie reçoit nue iîUMsinii annulaire nu une strani^'iitahini t[ui vaprt>- VfH[ner iinnu-diatemeiit aii-ilessus un dri>rit de caiii- Innin qni, -^oiis rtnfhn fu'i^ dr 1 lurtiiiditi' etde l'obscu-

DU MARCOTTAGE.

rite, donnera naissance aux mamelons radicellaires

d*où partira le chevelu.

Fixer le récipient par un support et des liens qui le

retiennent (m) ; ombrer

si possible; couvrir de

mousse; arroser souvent,

etc.

Pratiquer le sevrage

immédiatement au-dessous du récipient, par

des entailles, des crans

ou incisions, avant la

séparation définitive (/c). ^

Ensuite, rempotage dans

laserre, avecune étouffée

de deux à trois semaines.

Ce procédé est en faveur auprès des espèces

qui s*enracinent prom-

ptement et quand il s'agit

d'utiliser les têtes de Carolinea ou Pachira {fig. 8Û),

Nerium, Cordyline, Aralia, Elœodendron, Ficus... Le Japonais Fouji-i nous en fournit l'exemple

[fig. 81). Le sujet (A) aura son sommet (B) enfermé

dans un étui de Bambou (C), fendu en deux parties (D)

et rempli de terre fraîche ou de mousse humide. La branche (E), abaissée par la force, ne saurait

détourner la sève ni l'accaparer.

Marcottage par cépée (fig. 82). — La cépée est une

liante touffue qui, par un apport de terre formant

mtte à ses pieds et couvrant ses rameaux, donne

acine à ceux-ci et les transforme en sujets complets.

Fig. 79. — .UarcotUge aérien en cornut.

DU MARCOTTAGE.

Fig. 80. — Marcottage aérien appliqué au Carolinea, Paehira.

Tous les végétaux ne s'y soumettent pas ; mais les

DU MARCOTTAGE.

espèces drageonnantes et buissonnantes, comme le Noisetier, le Cognassier, les Pommiers paradis et doucin, l'Olivier, le Figuier, certains Pruniers, quelques Érables, Ormes, Tilleuls, etc., l'acceptent et

Fig. 81. — MarcolIiOge aérien en lube de Bambou.

approvisionnent la pépinière de nombreux plants. Les souches mères occupent des carrés réservés ou des lignes de bordure en sol riche en sève, bien aéré, bien éclairé. D'après l'espèce qui fournit son plant dès la première année ou à deux ans, la mère, robuste et Baltet. — La pépinière. 11

DU MARCOTTAGE.

vigoureuse, sera recepée chaque année ou tous les deux ans. L'opération se fait à la feuille tombée, avant les gelées ; la petite butte de terre, plutôt fraîche, à peu près en cône ou mamelon aussi large que haut, préservera du froid le collet de la souche et les bourgeons latents [fig. 82).

A la pousse, un paillis et des arrosages faciliteront la double évolution foliacée ou radiculaire. En même temps, pincer les extrémités des brins envahissants.

Le sevrage sera pratiqué à l'automne ; un coup de pioche permet de s'assurer de l'état des racines, alors le plant est extrait — par éclatage ou au couteau —, ou ajourné, après écimage des rejets. Cet ajournement avec écimage s'impose à l'égard des espèces qui exigent deux années de cépée avant d'être sevrées.

Un repos intermittent donne force à la mère. Dès qu'elle semble fatiguée par cette reproduction sans solution de continuité, une année de chômage et un bon amendement la remettront. Plusieurs cultivateurs admettent une année de repos sur deux ; d'autres poussent la production à Texlréme, mais se précautionnent de nouvelles souches mères avant l'épuisement complet des précédentes.

Fig. 82. — Marcoltage par cépée.

DU MARCOTTAGE. 163

Marcottage par drageon {fig, 83). — Le drageon est le rejet qui pousse spontanément sur les racines de certains végétaux, par suite de leurs dispositions naturelles ou par Teffel de blessures et incisions pratiquées sur la racine, dans ce but ou par inadvertance.

Le drageon extirpé de la racine mère pourrait être planté en place aussitôt ou mis en nourrice, d'après la constitution de ses organes aériens et souterrains.

Il est des genres qui souffrent du drageonnage naturel poussé à Textrême ; d'autres y trouvent pour ainsi

Fig. 83. — Marcottage par drageon.

dire un soulagement et alimentent les ressources de Thorticulteur. Tels sont le Rosier églantier, le Framboisier, le Sumac, le Noisetier, TAilante, leBonduc, le Pavier àépis, quelques Cerisiers, Pruniers, Caraganas, Peupliers» Spirées, Jujubier, Plérocarya, Sassafras...

Non seulement la Ronce indigène drageonne, mais ses grands bras prennent racine à leur sommet touchant terre.

Le Cerisier franc se plaît tellement au milieu de sa progéniture qu'il dépérit greffé sur Merisier ou sur Mahaleb, privé de ses rejetons qui l'aident à vivre. Cependant^ il est hospitalier, car il reçoit sans broncher le greffage de ses congénères.

164 DU BOUTURAGE.

Un terrain frais ou peu profond est un milieu favorable au drageonnage; il est rare que le lardage des racines y soit obligatoire. D'ailleurs, il ne faut pas abuser; les rejets chétifs sont de mauvais éléments de la pépinière. C'est à ce point que des physiologistes ont émis cette théorie que le drageonnage continu se succédant à chaque génération peut atrophier la virilité des organes...

N'est-il pas reconnu que les drageons chétifs — par leur abondance et leur étiolement — conviennent moins au recepage et au greffage, le refoulement de sève les excitant encore à procréer des rejetons sans vigueur?

DU BOUTURAGE

L'art du bouturage a pour but de transformer en végétal complet une de ses parties, tige, branche, rameau, œil, racine, rhizome, et même feuille avec quelques végétaux charnus ou herbacés.

L'influence des milieux joue un rôle considérable dans les résultats ; l'opérateur doit en étudier la cause et les effets, et agir en conséquence.

En général, nous pouvons dire:

Une terre ameublie, poreuse, douce, facilite l'émission des racines ;

Veau distribuée avec sagesse est un véhicule de l'alimentation ; trop épargnée, la plante meurt, en quelque sorte, d'inanition ; trop abondante, au contraire, elle pourrit;

La chaleur atmosphérique ou de fond, réglée à quelques degrés au-dessus de la température normale de l'habitat naturel de la plante, en stimulera les organes ;

DU BOUTURAGE. 165

La lumière^ tempérée par des écrans plus ou moins opaques ou diaphanes, empêchera les excès de Tévaporalion qu'elle est appelée à favoriser ;

Vair libre dans les opérations à ciel ouvert, — opérations rationnelles par la saison propice et par la docilité de l'espèce au bouturage — ; l'air doit être concealré, * à l'étouffée ?» , quand le travail est pratiqué hors saison ou avec des végétaux délicats ou de réussite difficile ; mais une fois la reprise constatée, cette situation se modifie progressivement par une aération graduelle.

Examinons les modes principaux de bouturage qui peuvent nous intéresser.

Bouturage par tige. — La bouture de tige ou de braoche dite « bouture plançon », rarement admise à la pépinière, est en usage à la campagne, à l'occasion de plantations de Peupliers et de Saules sur le bord des eaux ou dans un sol argileux et compact. Le Sureau, rOrme s'y prêtent également.

Des souches mères tenues en têtard en fournissent les éléments, à peu près tous les trois ans, par des tiges élancées, mesurant de 0°»,12 à 0°,20 de tour sur 3 mètres environ de hauteur.

Le plançon aiguisé à la base est mis aussitôt en place ou après un court séjour le pied dans l'eau, puis enfoncé dans le sol à force de bras, secondé par un arrosoir d'eau, à moins que le trou n'ait été préparé à l'aide d'un pieu faisant office de plantoir.

Le branchage en a été préalablement coursonné et la flèche respectée.

Sceller la terre avec le pied, tuteurer en arc-boutant contre les vents et badigeonner l'écorce, au cas de sécheresse prolongée.

466 DU BOUTURAGE.

Plusieurs espèces exotiques sont ainsi traitées par les planteurs indigènes, dans leur climat seulement; ne nous y arrêtons pas.

Bouturage par rameau ligneux. — Celui-ci est le principal, le plus employé dans les pépinières. La majeure partie des végétaux ligneux s*y soumettent; notre chapitre IIl les signalera à leur paragraphe.

Examinons les divers procédés par rameau simple, à talon, à crossette, ou par simple bourgeon muni de son support ligneux.

Bouturage par rameau simple. — Préparer les boutures pendant le repos de la sève. Aussitôt la chute des feuilles et avant les grands froids, il convient de couper les rameaux sur les souches mères et sur les j eunes arbres destinés à la vente — sans les compromettre. La taille, Télagage, le recepage, Tététage des plants greffés, parmi les espèces et variétés bouturables, fournissent également des rameaux-boutures.

Réunis sans mélange, par bottes bien étiquetées et numérotées, ils seront mis en jauge, penchés le pied en terre, à Tombre et non privés des pluies et rosées. Au moment des gelées, jeter de vieux paillassons sur la jaugée.

La préparation définitive peut en être faite immétement ; cependant les pépiniéristes Tajournent aux moments d'hiver où les travaux du dehors sont arrêtés, afin d'occuper leur personnel.

Les établissements pourvus d'un sous-sol y réunissent les éléments de la multiplication d'hiver, plaçant en jauge, plants, greffons, rameaux et boutures; de légères mouillures empêcheront leur dessèchement.

Couchés en jauge dans leur entier [fig, 54],

DU BOUTURAGE.

les rameaux conserveront une fraîcheur suffisante. La préparation finale consiste à sectionner les rameaux par fragments de 0™,iO à 0",25 [fig. 84), rejetant les sommités faibles, mal aoûtées, et les parties fatiguées ; couper au sécateur et rafraîchir à la serpette sous rœil de base et, si l'espèce est difficile à

Rg. M. — Bouture simple.

Fig. 8.5. — Bouture & talon.

Fig. 86. — Bouture à talon racinée.

l'émission des racines, pratiquer une petite fente en croix à cette mên^e coupe de la base.

Réunir chaque variété par bottillon étiqueté, numéroté, puis placé en jauge, la tête en bas, complètement recouvert de terre ou de sable, de telle sorte que, le moment de la plantation arrivé, la base devenue sommet sera dotée d'une petite couronne radicante ou de mamelons radicellaires qui laisseront promptement percer le nouveau chevelu.

lus DU BOUTURAGE.

Celte jauge, sorte de silo rempli de terre, est installée dehors, k demi ombre, rafraîchie par les pluies, la fraîcheur étant ici plus utile que la sécheresse.

Bouture à talon [fig. 85). — Le talon est le bourrelet, l'embase du rameau qui le lie à la branche où il a pris naissance. L'agglomération de cellules, de vaisseaux et de fibres qui s'y trouvent est favorable à rémission des jeunes racines (fig. 86). 11 importe donc de détacher de la mère le rameau-bouture avec cet empâtement; l'éclatage à la main secondé par la lame d'un couteau habilement conduit y parvient; toutefois, la plaie fatigue la branche productrice, à moins que celle-ci ne soit elle-même isolée de la mère ; alors l'opération serait pratiquée à l'abri, sur table ou « sur les genoux ».

La Vigne, le Cognassier, l'Olivier, le Négondo, le Prunier mirobolan^ le Peuplier blanc^ l'Orme, Tlf, le Buisson-ardent, exigent souvent ce talon accumulateur.

Kn poussant plus loin le sectionnement, c'est-à-dire que, non seulement le talon serait conservé, mais encore quelques centimètres de la branche elle-même qui le porte, la bouture prend le nom de crossette et s'adapte aux espèces à, moelle prononcée. Vigne {/îg. 87), Figuier et autres.

Dans ces deux cas, talon et crossette, les mères doivent être très branchues et ramifiées. En conservant au printemps des rameaux entiers ou taillés à long bois, il en résultera pour l'automne suivant une provision de rameaux-boutures munis de leur talon ou de la crosselte.

Les vignerons confectionnent des crossettes de

DU BOUTURAGE.

Vignes et les plantent obliquement dans la fosse : le chevelu se formera toujours sur le jeune sarment.

Procédés accessoires. — Quelques petits moyens sont parfois employés pour entraîner le radicellement d'espèces réputées rebelles ou difficiles à ce but du boulurage. Tels sont :

Le trempage pendant quatre ou cinq jours, en eau dormante, de brins cuirassés par un épiderme faisant obstacle à la formation de petits mamelons précurseurs de la réussite.

Planter aussitôt, une fois le trempage terminé.

Des rameaux de Nerium, d'Aucuba,de Ficus, de Cordyline, etc., dont la base baigne dans une fiole d'eau exposée au soleil, ne tardent pas à émettre de petits filets blancs radicellaires. Prompte mise en godet et installation sous verre.

La torsion brisant Tépiderme par Teflet d'un mouvement giratoire de la main tordant le rameau à la façon d'un osier, tout en ménageant l'aubier... si

Fig. 87. — Bouture crosselte racinée.

i70 DV BOUTURAGE.

possible, adoucît encore la résistance de Tépiderme. La strangulation du rameau par un fil métallique qui l'entoure dès juillet-août, ou par un fil graissé (comme aux tropiques), immédiatement au-dessous d'un gemme ou bourgeon destiné à devenir l'œil de base, — lors de la confection du rameau-bouture, — forcera son enracinement. Couper à l'étranglement et planter après la mise en jauge.

Vincision annulaire ou enlèvement d'une petite bague d'écorce sous ce même œil — futur œil de base — provoquant le renflement de la lèvre supérieure de l'annellation par un engorgement de cambium qui devra, comme dans la strangulation, exciter la sortie de chevelus nouveaux lors de la mise en terre.

Bouturage par œil. — La bouture par œil, gemme ou bourgeon, est la bouture par rameau réduite à sa plus simple expression {fig. 88).

Un seul œil est conservé sur un petit canapé ligneux long de 0'",01 au-dessus et 0",02 audessous du gemme.

Le petit support est parfois avivé à la face opposée au bourgeon ; cela importe peu, les chevelus naissent autour de l'œil, particulièrement au coussinet.

Aussitôt confectionnés, les fragments ^. „„ „ minuscules sont placés à plat sur

Fig. 88. — Bouture ^ ^

par œil. uuc tcrnuc gamic de sable et terre

de bruyère tamisée, recouverte d'un

verre et portée à la serre ou sous châssis froid.

Ce procédé, applicable à la Vigne, au Figuier, au

Saule, à la plupart des végétaux dociles au bouturage,

DU BOUTURAGE. 171

est précieux à la multiplication des espèces rares.

A la Pivoine arborée, nous détachons un œil comme un écusson avec une plaque d'aubier large, épaisse, et le déposons dans un godet bien garni, Tœil à fleur de terre ; de là à Tétouffée. Liberté lui sera rendue dès que les jeunes racines apparaîtront.

Pépinière de boutures. — La mise en pépinière de boutures ligneuses se pratique au plantoir ou par tran-

Fig. 89. — Plantation de rameaux-boutures en pépinière.

chées [fig. 89). Les rameaux y sont placés à 0",10 d'intervalle (A), recouverts de terre (B) et buttés complètement (C) par un petit mamelon de terre douce.

Une pépinière de boutures d'arbustes (fig, 90) est RéDéralement établie par planches de cinq rangs à 0",25 et séparées par un sentier de 0°,50 pour faciliter les travaux d'entretien. La culture en est faite par la binette, à la main.

Bouturage d'été ou herbacé. — Ce procédé est en œuvre de juin en août; les bois durs les premiers, les bois tendres ensuite. Le champ d'opération réclame un demi-ombrage produit par des branchages qui laissent tamiser la lumière, sinon par des écrans,

DU BOUTURAGE.

toiles, claies, paillassons, élevés à 0»,60 à l'aide d'une armature, pendant les chaleurs vives.

Ouvrir une tranchée profonde de 0",25, la largeur

Fig. 90, — Champ de Iwutures du Roiier Afanetti (Pépiniùres Desfossé).

et la longueur étant calculées d'après le nombre de cloches à installer. Entourer cette tranchée avec une planche sulfatée qui soutiendra la terre et fera

DU BOUTURAGE.

U'ennemi; garnir le fond par un lit de fin s'opposant au passage des vers lombrics; enfin recouvrir d'une couche de sable de rivière fin ou par un compost de terre de bruyère, sable et terreau, ce dernier en moindre quantité, cette couche étant passée au crible, nivelée, damée.

Marquer l'emplacement de chaque cloche et commencer le bouturage, en évitant de laisser faner ou sécher les petits rameaux-boutures. Ceux-ci [fig. 92), longs de 0°,08 à 0°,i5, un peu fermes, sont

Tig. 91 . — Fig. 92. — Boulurage d'été ou herbacé

Couteau (*, «, bouture simple; t, t, bouture k talon).

à boutures.

détachés de la mère avec un outil fin, bien affilé (fig. 91), et tranchés net sous un œil («, s) ou au talon (/, t); couper les feuilles basilaires sur pédoncule, les autres sur limbe ou épointées; tremper dans Teau le rameau-bouture, laisser égoutter et planter sous la cloche. Piquer au plantoir à quelques centimètres l'intervalle, k 0",03 ou 0",04 de profondeur, la terre scellée au doigt ou au plantoir. Bassiner fortement, îtouffer avec la cloche.

La même opération faite en godet nécessite l'apport

174 DU BOUTURAGE.

d'un lit de cendres de houille autour et au-dessous de la poterie ; autrement, creuser un trou assez profond avec le plantoir et enfoncer le godet à Tonûce, le vide laissé au fond arrêtera les vers de terre. Éviter de grouper sous la même cloche des espèces différentes ou ne prenant pas racine en même temps. Bassiner de temps à autre et faire la toilette des jeunes plantes et de la couverture vitrée. ^': Découvrir au cas de pluie douce, si la température

^ est suffisamment chaude et la bouture déjà prise.

5 J Ombrer contre l'ardeur du soleil, toute la journée ;

f. aérer graduellement aussitôt la réussite bien certaine ;

^' repiquer, en septembre, sous châssis froid, en godet

les boutures faites à racine nue, en petit pot celles ; qui ont été élevées en godet.

il ' Au printemps, ces jeunes plants conviendront à la

h ' plantation de la pépinière ; et pendant l'hiver, ils ont

i^i. été suffisamment constitués pour le commerce des

^ plants d'arbustes. Ici encore, l'étiquetage a été de

; toute nécessité.

Bouturage de racines. — Les végétaux qui se soumettent à ce mode de multiplication sont d'abord ceux qui émettent facilement des drageons et des rejets de souche ; ensuite ceux qui ont prouvé leurs dispositions par les expériences des Jardins d'études et des Pépinières. Notre chapitre III les mentionnera.

Si les rameaux-boutures peuvent être détachés de la mère pendant l'hiver, les racines-boutures seraient difficiles à extraire de la souche quand la terre est gelée. La bonne période est donc de septembre en novembre, suivant l'arrêt de la végétation. La préparation a plusieurs points de départ :

DU BOUTURAGE.

!• Dégager la terre autour des mères pour y recueillir des racines de moyenne dimension ; combler le trou avec un bon compost, privé de pierrailles et d'herbes.

2« Déplanter quelques sujets dans la pépinière et leur couper le plus de racines possible; ceux-là seront sacriQés ou replantés après la taille des rameaux et un amendement au pied.

3* Profiter de l'arrachage des arbres, arbrisseaux et arbustes de la pépinière en faisant une provision de racines ramassées derrière eux ou détachées du sujet, sans nuire à sa réussite.

Préparer les boutures en fractionnant, au sécateur, les racines par tronçons [fig. 93) de 0",06 à Oni,10, et les mettre en jauge, dans une terre légère, sableuse, à la cave.

Cependant, les espèces délicates préfèrent être mises en caissettes, à plat, peu enterrées et portées à la serre, sous une tablette où elles « germeront ».

La plantation en pleine terre se fait par rayons, sous châssis, les boutures placées à plat et peu couvertes. Pailler et mouiller assez souvent.

Le repiquage se présente au premier bourgeonnement ou dès que la jeune pousse a de 0°»,05 à 0»,10.

A cette occasion, fractionner les racines portant pluieurs bourgeons et repiquer en petit pot.

Quelques espèces, comme le Paulownia, auront la

Fig. 93. — Bouture de racine.

176 DU BOUTURAGE.

racine-bouture coupée en deux parties dans sa longueur, doublant ainsi les chances du bouturage.

Les rhizomes^ ou tiges souterraines, sont traités de même, à la condition que chaque fragment porte au moins un nœud ou cloison du méri thalle.

Bouturage d'arbres et arbustes toujours verts. — Les Conifères et les arbustes à feuilles persistantes réclament quelques soins particuliers, surtout hors de leur climat et de leurs milieux naturels d'existence.

Nos régions ouest et sud les élèvent en pleine terre ou à l'air libre — sauf les espèces sensibles au froid — et les pépinières établies sur une terre de bruyère, en plein champ, profitent de nombreux avantages lorsqu'il s'agit de végétaux dits de terre de bruyère.

L'élevage sous verre se pratique plus souvent en août qu'en avril, dans un endroit abrité du jardin.

Le rameau-bouture est une ramule de Conifère — du premier âge, avec une espèce polymorphe — ou un petit rameau d'arbuste vert coupé sur bifurcation, ce qui constitue pour ainsi dire un talon.

Aux résineux, la fraction bouturée reste intacte, tandis que l'arbuste Troëne, Buisson-ardent, Mahonia, Lierre, aura la feuille basilaire coupée, et celles de tête réduites de moitié, à l'exception des brins à petites feuilles : Buis, Cotonéaster, Fusain, quelques Berberis, qui restent intacts (Voy. fig, 9âj.

Ici encore^ la coupe est confiée à un instrument fin, bien tenu, serpette ou greffoir, et les clochées devront reposer sur un lit de mousse ou de cendre de houille, inaccessible aux vers de terre. Une cloche abritera de iOO à 150 boutures, tandis que Télevage en godet réduirait ce nombre de moitié.

DU GREFFAGE. 177

Éviter de laisser faner le rameau en sève.

L'hivernage s'accomplit sur place, avec capitonnage et couverture de paillassons pendant les grands froids. Donner de la lumière quand il ne gèle pas, et de temps à autre, par un beau soleil, passer l'inspection sous cloche et faire la toilette aux plantes.

Au printemps, mise en godet des boutures réussies, et en petit pot de celles qui ont été faites en godet, puis installation sous châssis froid.

Certaines espèces lentes à s'enraciner seront ajournées et continueront leur séjour sous cloche, même pendant deux années, s'il le faut.

La culture libre ou abritée de chaque sorte suivra son cours, tel que nous l'indiquons plus loin. Le rempotage viendra, au printemps ou fin été, raviver la végétation de l'arbuste ; s'il languit, la mise en pleine terre le tiendra en motte, avec contreplantation tous les deux ans, dans Je compost qui lui plait.

DU GREFFAGE

Considérations générales. — Le greffage est une opération qui consiste à souder un végétal ou une portion de végétal à un autre qui deviendra son support et lui fournira une partie de l'aliment nécessaire à sa croissance.

Le plant ou le fragment de végétal qui forme la base de l'opération et puise la nourriture dans le sol est le sujet ; l'autre partie est dite greffon et par corruption « greffe », mot qui représente l'ensemble du travail.

Le greffage se pratique : 1° en plein champ, sur des sujets élevés en pépinière ou plantés à demeure ; 2° à Baltet. — La pépinière. 12

478 DU GREKFAGE.

Tabri, les sujets étant racines ou de simples rameauxboutures et même des racines-boutures ; ici, l'agglutination des deux parties réclame une atmosphère concentrée sous un verre protecteur ; c'est Vétouffée.

En général, l'alliance — ou l'alliage — des deux éléments juxtaposés est plus certaine sous l'influence d'une sève modérée à son départ, ou à. son déclin, et même pendant le cours du fluide séveux. Son absence nuirait à cette union.

Une affinité obligatoire au succès de l'opération — chez les végétaux ligneux — consiste particulièrement dans la parenté des deux conjoints. Les deux espèces différentes à juxtaposer doivent appartenir à la même famille botanique, ce qui ne constitue pas un droit de rapprochement entre plantes de la même famille. Une analogie dans l'état de sève du sujet et du greffon et dans leur vigueur aide encore au succès ; également le calme de la température et un outillage soigné, tenu par une main expérimentée.

A contre-saison, et quand il s'agit de végétaux délicats, nous opérons sous verre.

Les périodes de chaleur extrême et de pluies incessantes dans les contrées tropicales ou équatoriàles entraînent à prendre des précautions dans le choix de l'époque du greffage et dans la rapidité du travail. Là, malgré la température élevée, les opérations sous verre ne sont pas un hors-d'œuvre.

Nous pouvons dire que, dans tous les pays du monde, sans le greffage, une foule de végétaux ne pourraient être reproduits, par exemple ceux qui ne fournissent pas de graines ou qui, par le semis, retournent à leur type, et les espèces et variétés

DU GREFFAGE

réfractaires au bouturage ou au marcottage, et pour lesquelles le pépiniériste est réduit à leur emprunter des rameaux pour les greffer sur leurs propres racines. Le môme sujet est donc à la fois mère et étalon.

Fig. 94. — Greffoirs.

Fig. 95. — Serpctle fine. Fig. 96. — Couteau & greffer.

Accessoires du greffage. — Il faut, avant tout : 1* De bons outils, bien repassés et constamment affilés: greffoir [fig, 94), serpette [fig. 95), couteau à greffer [fig. 96), sécateur [fig. 97), scie.

2» Des ligatures souples qui facilitent la cicatrisaion des plaies, ne pouvant s'allonger ni se retirer sous es influences hygrométriques, mais douées d'une ilasticité qui leur permette de se prêter à l'accroissenent en diamètre du sujet.

DU GREFFAGE

La laine filée^ le coton filé conviennent aux grefTes délicates. Les feuilles séchées, puis trempées, de la Spargaine rameuse et de la Massette des marais (Typhacées) sont employées dans la plupart des cas.

Aux gros sujets, la ficelle simple ou dédoublée, Vosierfendu, la tille opposent une résistance suffisante. Le raphia, la balle de Maïs, Vécorce de Saule ou de Mûrier réclament une surveillance au grossissement des sujets.

Les ligatures tirées directement des végétaux, par exemple les écorces, les feuilles de Typhacées d*abord séchées à l'ombre, et accrochées dans un endroit sain, seront mouillées, puis tordues et égouttées au moment de leur emploi.

3** Un engluement onctueux, malléable, non corrosif, qui couvre les plaies, coupes et autres parties mises à nu, qui les préserve de la sécheresse et de l'humidité et en hâte la cicatrisation.

Le commerce fournit des mastics froids dont la composition est basée sur le mélange intime de l'alcool et de la résine, avec addition de colophane ou d'axonge. Mis en boite ou en flacon, ils se gardent assez bien et sont d'un transport facile ; mais ils conviennent moins aux greffes d'automne, la gelée ayant une action fâcheuse sur un Uniment insuffisamment durci. Par raison d'économie, les grands établissements de greffage fabriquent eux-mêmes un mastic chaud ei l'emploient tiède. C'est le résultat d'une fusion de

¥ig. 97. — Sécateur.

DU GREFFAGE. 181

poix blanche, poix noire, résine, suif, cire, et même ocre ou blanc d'Espagne. Notre Art de greffer (1) indique la composition et le mode de fabrication des mastics employés dans les pays de pépinières en France et à Tétranger.

Voici une formule acceptée dans les grandes pépinières du centre de la France :

i* D'abord faire fondre ensemble : résine, â50 grammes; poix blanche, 750 grammes.

2« En môme temps, faire fondre à part: suif, 250 grammes.

3* Verser le suif fondu bien liquide sur le premier mélange, en ayant soin d'agiter fortement.

4« Ajouter ensuite 500 grammes d'ocre rouge, en le laissant tomber par petites portions et en remuant longtemps le mélange.

Entretenu tiède par un fourneau portatif, il sera appliqué à l'aide d'un pinceau ou d'une spatule. Eviter de plaquer à la main sans avoir mouillé ses doigts.

Procédés de Greffage.

Quoique nombreux, les procédés de greffage sont groupés en trois grandes divisions :

Les greffages en approche ;

Les greffages par rameau détaché ;

Les greffages par œil ou bourgeon détaché.

Chaque groupe se divise en sections et sous-sections. Voici les principales.

(I) VAvt de Greffer les arbres, arbrisseaux et arbustes fruitiers, forestiers ou d'ornement, i vol. de 528 pages, 210 figures, 7« édition. Chez Masson etC*«, boulevard Saint-Germain, 120. Paris.

1^2 DU GREFFAGE

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