G. — GREFFAGE PAR ŒIL OU BOURGEON
Ici, nous considérons comme parfaitement synonymes les mots œil et bourgeon appliqués à la désignation du bouton ou gemme, chez les végétaux ligneux.
L'œil ou bourgeon accompagné d'une certaine portion d'écorce, détaché. d'un rameau, est le greffon de cette troisième division du greffage.
Le lambeau d'écorce qui supporte l'œil doit comprendre toute l'épaisseur de la couche corticale, jusqu'à l'aubier exclusivement. Si le greffeur ne pouvait y arriver d'une façon rigoureuse, il vaudrait mieux entamer un peu de bois que d'oublier le moindre feuillet du liber. Le fragment cortical représente un écusson d'armoirie ou prend une forme tubulaire. De là deux groupes : le greffage par écusson, le greffage en flûte.
Le sujet est un arbre en végétation; son écorce doit s'isoler facilement de l'aubier pour y permettre l'introduction du greffon. Les rameaux qui auraient pu gôner le travail de l'application du greffon ont été retranchés assez de temps à l'avance. Le fluide séveux se trouve en pleine activité et non en décroissance.
Greffage en écusson.
En général, les greffons sont pris sur des rameaux de l'année courante s'il s'agit d'un greffage d'été, de
DU GREPFAGR. 213
l'année précédente s'il est fait au printemps. Un ramean-greffou de grosseur moyenne est préférable au rameau trop fort ou trop faible ; les yeux doivent être bien formés.
Il importe que les deux parties soient à un degré analogue de végétation ; s'il y avait inégalité, il vaudrait mieux que le sujet fût plus accentué en sève que le greffon.*
Un rameau- greffon avancé en maturité vaut mieux que s'il était en tendreté^ mais il est préférable de ravoir tel que nous l'indiquons.
Nous avons cependant réussi Técussonnage d'yeux de Pommier levés sur un rameau encore herbacé, mais effeuillé sur pétiole et laissé sur la terre, au soleil, pendant quelques heures.
Disons d'abord que les yeux situés au milieu du rameau sont généralement convenables au greffage en écusson ; ceux de la base et du sommet ont souvent le défaut d'être incomplets, mous, herbacés, éteints ou trop disposés « à fleur ». Ici, un greffon de choix serait un œil bien constitué, ni latent, ni fructifère, ni avarié en aucune façon ; les rameaux anticipés et les rameaux trop florifères seraient au contraire de mauvais porte-greffons.
Les bourgeons saillants^ éperonnés, ne sont pas à dédaigner, ni ceux qui se trouvent accompagnés de plusieurs feuilles ; l'œil bruni par l'insolation est mieux aoûté que l'œil verdàtre privé de soleil.
Dans les pays froids, brumeux, où l'état séveux se prolonge au détriment de l'aoûtement des tissus, il convient de préparer cette phase de lignification par le pincement préalable du rameau-greffon et l'aéra-
DU GREFFAGE
tion donnée au sujet, à l'endroit projeté de la greffe. Dans les pays chauds et secs, où l'Oranger accepte Técusson en pleine terre, la période de Técussonnage est relativement plus courte, le cambium se lignifie promptement.
Les rameaux-greffons, une fois préparés, devront être placés sans retard à l'ombre et au frais, leur J* extrémité inférieure plongée dans un vase d'eau ou
i^/ plutôt dans la mousse humide. Dans l'eau, le rameau
l^r ne pourrait rester au delà de cinq ou six heures, à
|:^ moins qu'il ne soit ridé, desséché; alors il suffirait
y, * de le laisser pendant une journée le pied dans l'eau, à
r l'ombre, et une nuit dans la mousse ou dans une terre
fraîche, pour lui rendre l'humidité naturelle qu'il aurait •' perdue. Le pépiniériste qui prépare, dès la veille, les
» ' greffons pour le lendemain, leur fait passer la nuit
ç^ entourés d'herbe fraîche ou de linge mouillé.
Les greffons d'arbres à feuillage persistant ne seront ' pas effeuillés, mais la feuille tronquée à la moitié du
limbe. Nous verrons plus loin quelques variétés toujours vertes, comme le Photinia, dont l'écusson est effeuillé.
Chez certains arbres, tels que le Bouleau, l'Érable, le Hêtre, le Marronnier, le Févier, l'Oranger, l'écussonnage peut utiliser des yeux saillants, assez courts, choisis sur des rameaux de l'année précédente.
Ëcussonnage ordinaire.— Cette opération, des plus importantes, nous entraine à des détails plus circonstanciés.
Levée de Vécusson {fig, 131). — Nous prenons le rameau d'une main et le greffoir de l'autre; nous marquons les bords supérieur et inférieur de l'écusson
DU greffage:.
par un coup de greffoir, à Om,010 ou 0»»,0i3 au-dessus de l'œil, qui tranche les couches de Técorce, et par un trait semblable à p»,0i5 à 0°,020 au-dessous de l'œil (en /*, /•), sur le fragment de rameau E. Maintenant, en suivant les indications de la 6gure 13 L
Fig. 131. — Levée du bourgeon-écusson.
pour la position des mains, nous plaçons la lame de l'outil au-dessus du trait supérieur et, l'inclinant, nous la faisons pénétrer jusqu'à l'aubier; puis, en la faisant glisser sous l'écorce, nous arrivons au trait inférieur, après avoir suivi la ligne ponctuée [gg) et observé l'inflexion coudée du rameau sous l'œil (en g*).
Par le fait des deux incisions primitives (/"V')' l'écusson se trouve obtenu comme il est figuré en H, tranché net à ses deux extrémités.
DU GREFFAGE
Au revers, il reste un peu de bois sous le bourgeon ; ce fragment ligneux est son germe, pour ainsi dire ; sans lui, pas de végétation possible. S'il était accompagné d'une esquille d'aubier, en haut et en bas,
Fig. 132. — Inoculation du bourgeon-écusfion.
nous pourrions Tenlever en la détachant vivement par la sommité ; car, en la soulevant par la base, il y aurait à craindre d'arracher ce germe, et l'œil ainsi vidé serait impropre à la végétation. Toutefois, quand le sujet est en grande sève, il n'y aurait aucun inconvénient à laisser une mince parcelle de bois sous l'écorce de l'écusson; elle rendrait la jonction tout aussi intime.
DU GREFFAGE. 217
Inoculation deTécusson. — I/écusson étant détaché du rameau, nous ouvrons Técorce du sujet avec le ^effoir, en pratiquant sur toute son épaisseur deux incisions en T (0, fig. 133) ; avec la spatule en ivoire de Toutil, nous soulevons les bords du trait longitudinal (K), à son point de jonction sur le trait (». En même temps, la main qui tient Técusson par le pétiole (/?<7. 13-2) le glisse dans Tincision, assez vivement pour que les parties internes ne souffrent point de l'action de Tair. Le greffon est ainsi inoculé, comme on le voit ici (L, fig^ 133).
Ligature de Vécusson. — Les meilleures
ligatures pour récussonnage sont la laine, le raphia, la feuille de Massette ou de Spargaine. Celle-ci, ayant séché à l'ombre, sera trempée et égouttée au moment de son emploi. Nous faisons tourner le lien par spires rapprochées autour du sujet (M, fig, 133). En commençant par le haut, il n'y a pas à craindre de faire remonter l'écusson jusqu'à le chasser de sa loge, ce qui pourrait arriver avec des greffons gros et larges. Les points a brider ferme sont le sommet et la base de l'incision, la gorge de l'œil et son coussinet.
Écossonnage en pépinière. — Dans les pépinières d'une certaine importance, le travail de l'écussonnage
Fig. i;j3.
sonné
— 0, sujet incisé; L, sujet érus- M, sujet trussonné et ligaturé.
DU GREFFAGE
est l'objet d'une attention soutenue. Il faut savoir choisir l'instant propice au greffage de chaque espèce, de chaque carré, et surveiller les greffons des variétés rares pour les utiliser à temps. Les grandes
Kig. 13i. — Koussonnage en pt^pinière de sujets à tige.
chaleurs activent ou arrêtent la sève, les pluies gênent les travailleurs; il faut profiter des beaux jours et opérer rapidement.
Habituellement, l'écussonnage se fait par deux hommes, un greffeur et un lieur {fig, 134). En outre, un ouvrier marche en avant pour essuyer, s'il le faut, le sujet rez terre; le chef prépare les greffons, en opère
DU GREFFAGE
le classement, le numérotage, la distribution, et inscrit le travail sur un registre de pépinière.
Un grefTeur habile peut occuper deux lieurs; mais il vaudrait mieux qu'il appliquât lui-même les liga-
Fig. 135. — Ecussionnage en pépimêre de sujets ù basse tijfc.
tures, car deux lieurs sont plutôt exposés à oublier de lier quelques écussons, qui alors se trouveraient perdus. Aussi est-il toujours de bonne précaution de ne pas quitter un rang d'arbres nouvellement écussonnés sans jeter un coup d'œil pour s'assurer que tous les sujets sont greffés et bien liés.
DU GREFFAGE
Les sujets à tige sont greffes avec moins de rapidité que ceux à basse tige, bien qu'avec ces derniers le greffeur et le lieur se tiennent les reins en l'air, la tête en bas (/?^. 135).
En général, placer Técusson à la face nord ou est du sujet, ou face aux vents si les bourrasques y sont fréquentes, ou dans le sens des rangs si la culture est faite à la charrue.
Avec les premiers greifeurs de notre établissement — à vingt ansi — nous avons atteint le chiffre de 250 écussons dans une heure (et même 300 avec le plant de Pommier doucin planté à 0",30 de distance); mais cette rapidité est dangereuse pour la greffe.
Cent écussons à l'heure, greffes en main, avec un bon lieur, c'est un minimum réalisable.
Écussonnage combiné. — Les yeux trop gros du Marronnier, du Pavia, du Sorbier, seront inoculés dans une incision cruciale au lieu de T ; la ligature commencera vers le milieu pour finir aux deux extrémités.
Quand le fluide séveux est trop abondant, si le greffeur ne peut attendre, il réussit parfois en pratiquant sur le sujet une incision renversée, soit un 1 au lieu d'un J. L'Érable dans les pays froids, l'Oranger dans les pays chauds, évitent alors de noyer l'écusson-
V écussonnage double est admis dans les pépinières, c'est-à-dire l'insertion de deux yeux opposés, afin de hâter la formation de la plante en rideau, éventail, pal mette, buisson, etc.
L'écussonnage mixte (fig. 136), dit « bouturage ou greffage de rameaux écussonnés », convient à certaines variétés qui prennent bien à l'écusson et mal au bouturage ou à la greffe par rameau.
t>V GkEFKÀGE.
CN
Ainsi le Pêcher, l'Abricotier sont capricieux au greffage par rameau, tandis que le Prunier lui est soumis ; alors écussonner en été des rameaux de Prunier avec du Pêcher ou de l'Abricotier (C), et, au printemps suivant, greffer sur d'autres Pruniers ces rameaux, sectionnés en B. Il en résultera une agglutination de sève de Prunier, et une végétation de Pécher ou d'Abricotier.
La même opération est pratiquée dans la région niçoise au moyen d*écussons de Rosiers Thé délicats, placés sur des rameaux de R. Indica, type résistant à la sécheresse et docile au bouturage.
Enfin, Vécusson par placage et Vécusson boisé, applicables aux greffons semi-herbacés, sont aujourd'hui fantaisies d'amateur.
Époque de récussonnage. — Toutes les fois qu'un sujet est en sève, son écussonnage est possible ; mais deux époques distinctes sont affectées au greffage en écusson: 4° le printemps, à la montée de la sève, et lorsque la greffe doit entrer immédiatement en végétation : c'est récussonnage à œil poussant ; 2° dans le cours de l'été, et lorsque la greffe ne doit végéter qu'au printemps suivant : c'est Técussonna^^e à œil dormant.
Notre paragraphe des Travaux complémentaires du
Fig. 136. — Préparation de la greffe par rameau écussonné.
222 DU GREFFAGE
greffage résumera les opérations qui suivent chaque mode d'écussonnage.
Écussonnage à œil poussant. — L'écussonnage à œil poussant prend sa saison au commencement de la végétation, afin que la greffe puisse se développer suffisamment et devenir ligneuse avant l'hiver.
Éviter Tabus de Técussonnage à œil poussant, attendu que la végétation forcée qui en résultera pourrait être en désaccord avec Taction vitale des racines de la plante.
Le Rosier se prête à ce greffage : 1* en avril, avec des bourgeons de Tannée précédente; 2** en juin, avec des bourgeons de Tannée courante, le rameau étant préparé le jour de Topération.
Greffer tard à œil poussant serait une faute.
Dans les pays froids, aux hivers longs et rudes, TAbricotier, le Pécher, le Cerisier sont greffés à œil poussant, en juin, avec des rameaux conservés dans la glacière.
Par une raison inverse, les grandes chaleurs des contrées tropicales obligent à pratiquer Técussonnage à œil poussant.
Écussonnage à œil dormant. — L'écussonnage à œil dormant reste au repos et ne doit pas végéter avant le printemps qui succède à son inoculation. Les mois de juin, de juillet, d'août, de septembre, constituent la période de Técussonnage à œil dormant.
Le moment exact d'écussonner dépend de Tétat de sève des sujets. Les plus âgés et ceux dont la végétation s'arrête de bonne heure seront opérés les premiers ; ensuite viendront les jeunes et les vigoureux. En général, il vaudrait mieux s'y prendre plus tôt et fagoter le sujet en le greffant [fig. 137).
Au moment d'écussonner, il suffira de réunir les
DU GREFFAGE
branches du sauvageon en les liant et, aussitôt le greffage, de couper Texlrémité de ces branches aux trois quarts de leur longueur ; le mouvement de la sève éprouvera un temps d'arrêt etTagglutination de la greffe en sera la conséquence.
Les plants à végétation luxuriante seront soumis à ce régime. Ici, le sujet de Prunier (A) est écussonnéen B ; les rameaux sont écimés (E) et liés avec Tun d'eux (F). Au printemps suivant, élaguer le rameau C et éléterle sujet en D pour forcer la végétation de la greffe.
Deux ou trois semaines après le greffage, il est prudent de passer en revue les écussons, de soulager les greffes étranglées par la ligature et aussi de recommencer les « manquées » ou restées avec une écorce noire, séchée, ridée. Mais la circulation de la sève est déjà ralentie ; il faut, pour ainsi dire, en chercher les derniers courants à la gorge d'un rameau jeune, vif, ou sous l'empâtement d'une branche vigoureuse.
Kig. 137. — Bottelage d'un plant écussonné.
DU GREFFAGE
L'arrosage et les binages donnés avant et aussitôt après l'écussonnage sont favorables à l'agglutination.
Greffage en flûte.
Le greffon est un tube d'écorce portant au moins un œil, détaché du rameau porte*greffe au réveil de la sève, à la façon du chalumeau rustique. Une incision longitudinale au dos permettra de porter le grefTon sur le sujet en place d'un tube cortical de pareille dimension détaché au même instant.
Ce mode de greffage est adopté à la reproduction du Noyer, du iMûrier, du Figuier, du Saule, du Cerisier, de l'Amandier...
Un sujet jeune et vivace, à écorce lisse, se prête mieux à l'opération.
Greffe en flûte ordinaire [fig. 138). — Le greffon (A), détaché, est rapporté sur un sujet non élôté (B), aux lieu et place (C) d'un tuyau d'écorce enlevé de même. Nous le plaçons de façon que Fig. 138. - Greffe |»QgQ se trouvc au-dessous d'un bour-
en flûte ordinaire, geon du sujet; ce bourgeon attirera la
sève vers la greffe et en activera la reprise. Ligaturer et, s'il reste quelques jointures à découvert, appliquer un liniment froid.
Si le greffon avait un diamètre supérieur & celui du sujet, il serait facile de remédiera cet état en retran* chant au greffon une bande d'écorce d'une largeur égale à la différence.
DU GREFFAGE
Greffe en flûte avec laméres {fig. 139). — Le greffon étant préparé comme nous l'avons dit, couper Técorce du sujet par bandes longitudinales (F), adhérentes encore à leur base ; les abaisser dès que le greffon se trouY» préparé, placer aussitôt le greffon en E et relever sur lui les lanières corticales (F), maintenues dans cette position avec une ligature (G).
Couvrir avec les lanières les places nues laissées par un greffon trop étroit.
Travaux complémentaires du greffage.
Nous résumons ici les soins spéciaux au greffage, laissant ^,^ ^3^ ^^^^^^ ^^^ les autres aux soins généraux avec unières.
de culture et d'entretien de la pépinière, par exemple la lutte contre les ennemis de la végétation (p. 25), etc.
Surveillance des ligatures. — Au moins huit jours après le greffage, nous veillerons à ce que la ligature n'étrangle pas la plante et donnerons un coup de greffoir en travers de la ligature, à l'opposé du bourgeon inoculé, quand elle pénètre dans Técorce par l'effet de la croissance du sujet.
Il vaut mieux enlever le lien à Tautomne, avant Thiver : les épidermes et les points de jonction s'acclimateront graduellement. Laisser jusqu'au printemps la ligature des greffes sensibles au froid, sauf dans Baltet. — La pépinière. Ki
226 DU GREFFAGE
les situations exposées au verglas. La tille, la laine, le raphia enlevés assez tôt permettront à, Técorce de supporter la température, et aux replis de disparaître.
Si les ligatures trop légèrement serrées viennent à se relâcher dans les premiers jours qui suivent le greffage, il faudra les renouveler, et en même temps rafraîchir le mastic des engluements gercés ou tombés.
Profiter de cette première visite pour recommencer les greffes non réussies, et enlever les cornets de papier^ feuilles et autres écrans placés sur le greffon comme préservatifs de l'action du hàle et de la sécheresse.
Ëtôtage ou sevrage du sujet. — En ce qui concerne les greffages en approche, nous avons donné les détails de Topération (Voy. fig, 105).
Quant aux greffages de côté, soit par écusson, soit par rameau, — en placage, sous écorce, dans l'aubier, en flûte, — les sujets seront écimés tout de suite ou après l'hiver, selon que le greffage est à œil poussant ou à œil dormant.
1^ Si le greffage est à œil poussant, c'est-à-dire pratiqué assez tôt pour permettre au greffon de végéter avant l'hiver, l'écimage du sujet (A, fig. 140) sera commencé quelques jours après le greffage, les sommités [b) des branches et de la flèche étant réduites, et huit jours après, plus court encore (B), ainsi de suite à mesure que le greffon se développera, jusqu'à 0«n,10 au-dessus de la greffe (C). Ménager des rameaux sur l'onglet pour aider le greffon à attirer la sève ; enfin supprimer l'onglet au ras de la greffe [d) vers la fin de la végétation. L'arbre (D) est désormais complet.
DU GREFFAGE
2** Si le greffage, au contraire, est à œil dormant, c'est-à-dire si le greffon ne doit pas pousser avant le printemps suivant, il convient d'attendre que Thiver soit passé pour étôter le sujet à 0", 10 au-dessus de la greffe.
Lorsqu'il y aura des greffes sur plusieurs branches,
Fîg. 140.— Opérations complémentaires de Técussonnage à œil poussant (Lilas).
chaque branche sera tronçonnée comme les tiges greffées.
Le moignon conservé au-dessus de la greffe prend le nom d'onglet, de chicot ; il est tenu plus court si le greffon est douteux ou muni d'yeux peu saillants ; un onglet ramifié sera élagué ; il suffira de deux ou trois bourgeons pour attirer la sève. Lorsque les yeux du greffon sont incertains ou éteints, l'application d'une nouvelle greffe par rameau, auprès de l'ancienne, serait une bonne précaution.
â28 DU GRErPAGE.
Ébourgeonnement du sujet. — Quand la végétation commence, un ébourgeonnage sévère a sa raison d'être ; ensuite, il faudra plus de réserve. Nous abattons avec la serpette ou avec la main les bourgeons du sujet situés entre le sol et la greffe, nous bornant à pincer ces jeunes pousses sur les tiges chétives, où elles attireront le fluide nourricier.
Les bourgeons qui se développent sur l'onglet, autour de la greffe, seront littéralement supprimés ; toutefois, au-dessus de ce point, et afin de ne pas diminuer l'aspiration de la sève indispensable à la soudure, il est bon de ménager un ou deux bourgeons, à titre d 'appelle-sève, et de les pincer, surtout aux espèces dont l'onglet se dessèche vite, comme l'Érable, le Négondo, le Cytise, le Févier, le Hêtre, le Robinier, le Sophora; leur élagage commencera lorsque le jeune scion pourra se passer d'auxiliaire.
L'ébourgeonnage est renouvelé à l'apparition de jets étrangers à la greffe. Modérer à chaque fois l'opération sur les arbustes fluets, souffrants, et cesser quand le greffon-écusson persiste à rester engourdi.
Des sujets greffés en tête, sur tige ou sur branches préalablement tronquées, seront ébourgeonnés jusqu'au sol, sur la tige et sur les branches greffées. Çà et là, ménager provisoirement quelques petites ramifications ou bourgeons, dans le but d'appeler le fluide séveux vers la greffe ou vers les parties faibles.
En tout temps, extirper soigneusement, jusqu'à leur point d'attache, les drageons et les rejets souterrains qui affameraient la greffe.
Palissage de la greffe. — Sur les arbres écimés avec onglet, dès que les rameaux de la greffe atteignent
DU GREFFAGE
Qo'fiO, nous commençons à les palisser en les accolant contre Tonglet.
La Ggure 141 montre le palissage du jet de Técusson à Tonglet (D) du sujet. Pour les espèces d'arbres où l'onglet ne suffirait pas, ajouter un tuteur qui
Fig. 141.— Dressage du rameau de l'écusson contre l'onglet, et section de Tooglet.
Fig. Ui. — Palissage de greffes à haute tige.
serait d'abord lié au collet du sujet, puis à la greffe. Les arbres susceptibles de se décoller à la greffe, ceux qui donnent des tiges fortes ou tourmentées, ont besoin d'un tuteur, dès leur début (Voy. fig. 17).
Avec un jeune arbre greffé en tête, sans onglet, une baguette flexible, réunie par les deux bouts sur la tige, servira au palissage des rameaux de la greffe.
Si la tige porte plusieurs greffons (/?^. 142), il faudra un support à chacun d'eux, soit une latte ou un petit bà-
230 DU GREFFAGE
ton plus OU moins ramifié, attaché au tronc par deux liens.
Les jeunes scions de la greffe sont palissés avec du jonc. Les baguettes et les tuteurs attachés au sujet réclament deux osiers, au moins; un seul osier ou plusieurs liens en jonc ou en paille ne seraient pas assez solides. Quand le rameau de la greffe devient ligneux, il vaut mieux employer du gros jonc, de rosier, ou de la tille, du raphia, de la spargaine, de la paille mouillée, des fibres d^aloès et même des lanières d'écorce ou de jeunes tiges de lin, de riz ou de chanvre résultant d'un semis dru.
Palisser avec soin en évitant de trop comprimer le rameau, d'en froisser Tépiderme ou d'en tourmenter les feuilles.
Les tuteurs sont en bois arrondi plutôt qu'en brin fendu ; le sulfatage en augmente la durée.
Placer l'échalas de préférence à la face nord du sujet ; de cette façon, il ne généra point l'action des rayons solaires sur les tissus de l'arbre.
Un tuteur fiché contre un arbre à haute tige doit toujours être assez élevé pour dépasser le point greffé. Trop court et attaché à la tige sans soutenir la greffe, il exposerait davantage cette dernière à être brisée par le vent.
Suppression de l'onglet. — Pendant ou après une saison de végétation, retrancher l'onglet de la greffe ; laissé plus longtemps, il meurt et la carie attaque le sujet, tandis que, s'il est coupé avant le déclin de la sève, la plaie se cicatrise et le coude formé au point de jonction ne tarde pas à disparaître.
Dans les pépinières, l'ablation de l'onglet se fait
DU GREFFAGE
en août et en septembre, quand le travail de Técus-
sonnage se termine ; mais le Pécher et TAbricotier
peuvent être désonglettés dès le mois de juillet.
Commencer par les greffes dont la
liaison pourrait être moins intime ; par
exemple, lorsque deux genres différents
sont greffés l'un sur l'autre : le Poirier
sur le Cognassier, le Cerisier sur le
Mahaleb, TAbricotier ou le Pécher sur
le Prunier ou sur l'Amandier, le Néflier
sur TAubépine ou sur le Cognassier, le
Lilas sur le Troène, les arbustes verts
sur divers.
Retrancher l'onglet en biais, suivant
la ligne B de la figure 141, la section
étant dirigée sur un plan oblique dont
la base commence en face du talon de
la greffe pour finir à la gorge même
de cette greffe. Si l'onglet était gros
et sec, ou placé entre deux scions, il
faudrait employer la scie et parer
ensuite avec une lame fine. Dans les cas
ordinaires, la serpette à désongletter
[fig. 143) est la plus convenable pour
les arbres à basse tige. — L'opérateur arc-boute son pied au collet de l'arbre ; mais le coup de serpette doit être donné avec une certaine habileté, respectant la jeune pousse et ne fatiguant pas le sujet. Un petit chicot est facilement enlevé au sécateur; planer ensuite la coupe à l'aide de la serpette, en retenant la lame avec la main, afin de ne point attaquer la greffe.
Fig. , 143.- — Serpette h désongletter.
S32 DU GREFFAGE
L*application de boue, d^onguent sur la plaie est favorable k la cicatrisation, ainsi que la suppression des greffes complémentaires, désormais inutiles autour du scion conservé.
Greffttge sous verre.
Le sujet est un jeune plant, soit à racine nue et planté sur bâche, aussitôt greffé, ou mis en godet après son greffage, soit encore élevé en pot où. il a végété pendant une saison ; mais il arrive assez sou* vent que le sujet comprend tout simplement un rameau-bouture ou un fragment de racine, ceux-ci ayant été mis en pot ou en terrine et légèrement chauffés; la sève ainsi excitée aidera à l'agglutination de la greffe.
Les principaux modes de greffage sont le placage» la demi-fente, la greffe anglaise ou par incrustation.
Le placage, ménageant des bourgeons appelle-sève, convientaux sujets à racine nue; ces bourgeons sont moins utiles aux plants élevés en pot.
Le gt*effon est un petit rameau ligneux, muni de deux ou trois yeux, cueilli dehors ; ou demi-herbacé, cueilli sous verre. Les feuilles de base sont coupées sur pédoncule, et les autres écimées. L*œil terminal du greffon reste, surtout aux Conifères.
Deux bonnes saisons conviennent au greffage sous verre : de janvier à mars; de juillet à septembre. Les espèces à feuille caduque, greffées en juillet, peuvent se souder avant lautomne et hiverner sans danger.
La ligature, fil, laine, raphia, suffit, sans engluement.
WrT
DU GREFFAGE. 233
La multiplication se fait à froid ; Tabri du verre produira Vétouffée.
Pendant les grandes chaleurs, couvrir le vitrage avec du papier gris, une toile, des nattes, claies, ramilles, feuillages, paillassons légers, ou badigeonner comme il est dit à la serre à multiplication.
1" Sous cloche, les sujets greffés séjourneront pendant six semaines environ. Essuyer la buée tous les quatre ou cinq jours, s'il y a lieu, et border la cloche avec du sable en la replaçant sur les greffes.
Aérer dès que la soudure est constatée, en procédant lentement et graduellement.
Les greffes d'automne sont condamnées à passer l'hiver sous cloche, celle-ci étant entourée d'une litière augmentée d'un paillasson quand le froid est vif, sans que l'éclairement en soit obstrué.
Ici, la neige n'est pas nuisible, à la condition d'être enlevée au cas de verglas ou d'un dégel pluvieux.
2° En bâche et sous châssis, nous pouvons planter les sujets aussitôt greffés, soit en mars, à racine nue, soit en juillet, greffage en godet.
Calfeutrerles jointures du bac ou de la bâche pendant cinq ou six semaines. L'aération sera également prudente et lentement graduée.
3*^ Dans la serre^ les greffages sont placés sous cloches alignées sur une tablette déjà couverte d'un lit de charbon pulvérisé, suie ou tannée.
La couche serait sable et terreau avec charbon fin, si les plants greffés étaient à racine nue.
Les sujets plus volumineux, greffés en petit pot, sont installés couchés obliquement sur la tablette à
DU GREFFAGE
fond de charbon, et recouverts par une vitre reliée à sa voisine au moyen d'une traînée de sable.
Après un court séjour sur les tablettes de la serre, les greffages de printemps sortant de l'étouffée, et déjà rempotés, nettoyés, mis en état, passeront une saison
Fig. 143 bis. — Spàrgàine rameuse.
dehors, d'abord sur bâche froide couverte, puis sous châssis lentement dépanneauté au soleil, et gagneront enfin les abris et ombrelles avant d'obtenir leur liberté complète.
Les greffages d'automne resteront l'hiver dans la serre, et l'aération commencera au printemps pour aboutir à la mise sous bâche en été, puis une station dans les abris et ombrelles, ainsi que nous l'avons expliqué précédemment, comme nous le répéterons aux paragraphes qui vont suivre.