Omnis agens agit simile sibi » (C. Gentes, I
2. AÙTÔ fxsv §v3 a.^OfOV é àr,p §eà to suO^utttov " ot«v §v7 xtakuQi^ Qpvnze(T$on, /) ToÙTou xtvY,aiç ipo^oç' ; 6 §'èv roïç wtîv syii'xroy/.o^ôar,rc/.t npoç xh àxtvïjToç ebai, otvmç àxjOtêwç «to-ôâvyjTat Tràfraç ràç Biafopûcç tv5ç ^ivhtTSOiÇ (népt -j/ux^ç, 2, 8) .
3. « Animal non audit in quâlibet parte corporis, neque aer sonans générât sonum sive pénétrât quamcumque partem corporis animati, quia animatum non habet in qualibel sui parte aerem ut quœlibet pars ejus possit esse movenda a sono » [Comment, de an. 2, 17).
4. « Sonus in actu est medii et auditus, non autem subjecti sonabilis » {Comment, de an. 2. 16). Le P. Pesch a lu « subjecti sensibilis », ce qui modifie complètement le sens. Cette lecture nous parail erronée, car elle offre une affirmation contradictoire. L'oreille est en effet partie du sujet sensible. (V. Pesch. Log . maj., t. II, p. 319).
donné place dans ce traité au problème de la nature du son, mais s'en est occupé de préférence en parlant de la nature de l'âme, parce que, dit-il, la même cause qui engendre le son produit aussi l'immutation de la faculté sensitive '.
Nous sommes loin, on le voit, des affirmations tranchées d'un bon nombre de scolastiques modernes.
L'oreille est un organe admirablement disposé pour la réception des mouvements qui produisent le son. On sait que si un corps vibre, par exemple une corde de harpe ou de violon, toute corde placée dans le voisinage et capable des mêmes vibrations entre aussitôt en mouvement par le seul fait de l'ébranlement de l'air, et vibre à l'unisson. La Providence a utilisé cette propriété pour la construction de l'oreille. Au fond d'un étroit conduit, interrompu par la membrane du tympan et celle de la fenêtre ovale, se trouve une' chambre contournée, très semblable à la coquille du colimaçon. Là sont tendus des arcs membraneux au nombre de plus de trois mille, où paraissent se perdre les dernières extrémités du nerf auditif ; on les nomme « organes de Corti ». Ces arcs sont rattachés à ce que l'on a appelé la zone striée de la membrane basilaire, formée de fibres droites, rigides, élastiques. Il y a deux fibres pai' arc, environ six mille. Chaque fibi-e recueille dans les liquides qui baignent la chambre intérieure le mode de vibration qui convient à sa construction. On peut donc apprécier près de six mille nuances de son ; de fait, les musiciens les plus exercés arrivent à peine à distinguer 5376 intervalles musicaux. Les vibrations trop lentes ou trop rapides pour correspondre à l'une des fibres de la membrane basilaire ne sont point appréciées et n'existent pas comme son, au moins pour l'oreille humaine.
Cet appareil est d'une merveilleuse délicatesse. En voyant monter l'une sur l'autre les vagues d'une mer orageuse, sauriez-vous retrouver toutes les impulsions qui ont agi sur
1. « Excusât se deinceps a delenninatione soni et vocis, quia de his jani determinatnm est in libro de anima ol quod eadeni est ratio goneratioiiis ipsorum et immutationis qua: socundum quod immutat pertinet ad considerationem libri de anima ». {Comment, de sensu et semato, 8).
les flots et dont la forme de chaque vague est la dernière résultante ? Yoilà cependant ce que fait l'oreille. Des milliers de mouvements sonores ou non se croisent dans l'air ; ce fluide si mobile est agité en tous sens et chaque vibration totale n'est que la résultante d'une multitude de vibrations arrivant de toutes parts : eh bien ! l'oreifle peut distinguer chacune de ces vibrations élémentaires ; dans le mouvement total, chaque fibre recueille le mouvement pour lequel elle est disposée. Rarement aussi n'entendons-nous qu'un son simple. Tout son entendu est composé d'un grand nombre d'éléments, et l'ensemble de ces sons élémentaires donne ce qu'on a appelé le timbre. Si ces sons sont discordants, nous n'avons que des bruits ; s'ils sont harmoniques, nous avons des notes musicales. Le timbre arrive quelquefois à changer la quahté du son d'une manière très imprévue. Quoi de plus différent à notre oreille qu'une simple note de musique et le son de la voyelle A ? Ce son alphabétique n'est cependant pas autre chose que la résultante de plusieurs sons musicaux de hauteurs différentes. Helmholtz, au moyen d'un appareil très ingénieux appelé résonnateur, est parvenu à le décomposer. Ce simple fait, découvert il y a peu d'années par l'illuBtre physiologiste allemand, montre bien tout ce qu'ajoute l'oreille à ce qui lui est venu du dehors, et combien la nature de la sensation qu'elle se forme diffère des données sur lesquelles cette sensation repose.
Comme moyen direct de connaissance, le son a peut-être moins d'importance encore que les sensations précédemment étudiées. Il ne fait connaître en rien la nature du corps, avec laquelle il n'a qu'un rapport très vague. Son utilité première est de prévenir l'animal des mouvements qui se produisent autour de lui. Il permet ainsi d'éviter les chocs dangereux. Mais le son acquiert une importance supérieure quand on le considère comme moyen de relation entre les êtres vivants. Chaque impression de l'animal, plaisir ou peine, désir ou crainte, a son cri ; l'animal de même espèce qui entend ce cri le comprend par le sentiment de ce qui se passe en lui-même. Si, en effet, la terreur d'un être vivant est liée au mouvement organique qui amène le cri, l'être con-
génère ne peut entendre ce cri sans ressentir au dedans de lui-même un mouvement organique analogue, et, par suite, le sentiment de terreur qui y est attache. Il sent donc en quelque mesure ce qui se passe dans un autre être, et peut se porter,, suivant le cas, soit à le secourir, soit à fuir le danger qui les menace tous deux.
Dans l'homme, ce n'est plus seulement le sentiment qui est communiqué par la voix^ c'est la pensée. Le cri a un sens naturel, la parole articulée n'a qu'une signification arbitraire. Le mot, comme une gaze transparente, enveloppe l'idée pure ; il la rend transportable ; il rend sensible ce qui de soi est en dehors de la portée des sens.
Nous verrons ailleurs que l'àme humaine ne peut rien sans un signe sensible, et que la pensée ne va jamais sans une sensation ; mais il la faut très légère. Les sensations fortes et grossières préoccupent l'àme et l'enchaînent ; les sensations faibles ne sont qu^un point d'appui d'où l'esprit s'élève vers l'idéal.
La parole est pour l'homme d'une importance extrême ; c'est un moyen de connaissance dont l'étendue est sans bornes. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet, car nous ne pourrions bien expliquer ce qu'est la parole avant d'avoir déterminé avec exactitude ce qu'est l'idée qu'elle exprime.
Non-seulement les êtres vivants communiquent entre eux par le son ; mais ils peuvent se procurer l'un à l'autre un grand charme. La voix harmonieuse est un puissant attrait; elle est chez beaucoup d'animaux le langage naturel de l'amour. Le rossignol, chantant sous le feuillage, ravit sa compagne, qui rêve, en l'écoutant, au plaisir du repos côte à côte sur le chaud et moelleux duvet du nid. Pour l'homme, ce charme est devenu tout un art. L'homme, sous ce plaisir presque immatériel tant il est pur, a découvert des éléments de variété et d'harmonie qui sont l'essence même de la beauté. La musique a un rapport étroit avec toutes nos aiïections ; elle berce toutes les douleurs, elle llatte toutes les passions, elle éveille tous les sentim<Mits, (»tdans chaque auditeur elle éveille \c sentiment qui lui est le plus
naturel. Elle amollit les âmes vulgaires, mais elle excite les âmes courageuses, et pour les âmes élevées au-dessus des choses de la terre elle est comme une vision de l'idéal. Nous ne pouvons mieux nous représenter les joies du ciel que comme un concert éternel.
Mais nous voici bien loin du sujet de cette étude. Retournons à notre oranger.