Sensation et mouvement, Paris, 1887, p
ment agréable : on nous permettra de penser que l'esprit de mortification du saint religieux ne lui avait jamais permis de fixer ses regards sur d'autres objets que les murs ternes de sa cellule. D'après le sentiment général des hommes, la lumière est une des jouissances de cette vie, et pour beaucoup de personnes Tobscurité est unî5 véritable souffrance. Qu'est la couleur en soi? quelle est la nature intime de la propriété qui nous donne l'impression de couleur ? Cette question revient à chaque sensation. Pour Inouïe, nous avons déjà touché à ce problème ; il convient de l'approfondir ici complètement. Aussi bien est-ce au sujet de la couleur que la théorie moderne et la théorie scolastique paraissent le plus opposées.
Examinons d'abord la théorie moderne.
Cette théorie admet que tous les corps sont plongés dans un milieu très mobile, très subtil et parfaitement élastique. Selon les uns, ce milieu est d'une nature spéciale, on l'appelle éther ; c'est un corps impondérable, peut-être cause du poids des autres corps. Selon d'autres, le milieu est constitué simplement par les dernières divisions de la matière universelle.
Certains corps, à raison de leur état de mouvement rapide, ont la propriété de faire vibrer ce milieu. Il s'y produit alors des vibrations transversales qui se propagent à l'infini. Ces vibrations constituent la lumière ; les corps capables de les exciter sont dits lumineux par eux-mêmes. D'autres corps n'ont pas le don d'émettre des vibrations ; mais, en raison d'un état particulier, qui paraît dépendre de leur constitution moléculaire, ils réfléchissent certaines de ces vibrations, comme un rocher au bord de la mer réfléchit les ondes qui arrivent du large. Ces corps sont dits colorés, et la vibration réfléchie, arrivant à notre œil, y cause la sensation de couleur.
Ces vibrations sont extrêmement rapides ; elles sont en nombre fixe pour chaque nuance. Par des calculs qu'il est "hors de propos de reproduire ici, on a déterminé le nombre de ces vibrations. On en compte 481 billions par seconde
pour le rougo, 76/i billions pour le violet. Toutes les autres couleurs viennent se ranger entre ces termes extrêmes. Les vibrations en nombre inférieur ou supérieur ne sont plus appréciées par l'œil. On a constaté toutefois que certaines personnes distinguent des rayons ultra- violets'.
Comment ces vibrations déterminent-elles la sensation de couleur? Il faut recourir pour cela à Tactivité propre de la faculté sensitive. Pendant que l'organe est impressionné, la puissance qui lui est unie est excitée à réagir, et elle réagit suivant des lois qui résultent de sa nature même\ Elle interprète chaque nombre de vibrations par la sensation d'une nuance particulière. Toutes ces nuances se groupent en sept couleurs fondamentales : rouge, orangé, jaune^ vert, bleu, indigo, violet. Un ensemble de rayons comprenant toutes les natures de vibrations en proportion sensiblement égale donne la sensation de blanc. L'absence presque absolue de vibrations convenables à l'œil donne la sensation du noir, qui n'est pas l'inaction complète du nerf optique, mais une véritable sensation\
Telle est la théorie moderne. Elle est fondée sur une assimilation hypothétique de la lumière et du son. Pour le son, l'existence des vibrations est, nous l'avons vu, expérimentalement constatée. Bernouilli, au dernier siècle, en avait fait la théorie, et il avait trouvé que toutes les particularités du son peuvent se prévoir facilement à l'aide de formules tirées des lois de la mécanique. Fresnel, au commencement de ce siècle, porta son attention sur un phénomène lumineux des plus étranges, le phénomène des interférences. Il remarqua que deux rayons lumineux, en se joignant dans certaines conditions, s'annulent l'un l'autre^ Ce phénomène était absolument inconciliable avec les anciennes idées. Comment deux qualités semblables en se joignant s'annuleraient-elles? L'hypothèse de rémission, créée par Newton,