Bev. se, 1889. 2"»" sem. iv
rayons une nature commune, origine de leurs effets communs, et cette nature semble ne pouvoir être qu'un mouvement.
La théorie des ondulations a donc été admise dans la science comme jouissant d'un haut degré de probabilité. Les écoles de philosophie contemporaine l'ont acceptée à la suite des savants, et elle est devenue une des bases de leurs spéculations psychologiques.
Mais la philosophie traditionnelle a aussi une théorie, et cette théorie semble tout d'abord absolument contraire aux idées régnantes dans la science.
Cette théorie admet que les qualités sensibles existent dans les corps sous la forme spécifique que nous leur connaissons K Ces qualités agissent sur le milieu et le transforment ; celui-ci à son tour transforment l'organe et le met en état d'agir 2. Ainsi, la couleur des corps produit sa ressemblance dans le milieu d'abord, et ensuite, par le milieu, dans l'organe ^. Cette ressemblance dans l'organe a reçu le nom d'espèce impresse^ comme qui dirait imprimée par l'action de l'objet sensible. Quand la puissance sensitive ainsi informée agit, on appelle espèce expresse la même ressemblance considérée comme caractère distinctif et valeur représentative de Pacte de sensation*.
Telle on expose communément la théorie scolastique. On peut signaler trois différences principales entre cette théorie et la théorie moderne, et ces différences semblent à pre-
1. « Qualitates sensibiles esse in rébus secundum eum objectivum modum quo a nobis apprehe/duntur ». (Pesch, Instit. phil. natur., p. 420).
2. « Subito immutatur a lumine vel colore ». {Comment, de an. 2. 15).
3. « Non est similis sensus sensibili, sed secundum quod jam est passum est assimilatum sensibili » [Ibid. 13).
4. Ainsi que nous l'expliquerons plus complètement ailleurs, les scolastiques distinguaient dans toute réalité deux éléments : un élément qui détermine le caractère propre de cette réalité, et un élément qui la fait actuelle. Dans la substance, ce dernier élément est l'être; l'essence est ce qui détermine telle ou telle nature de substance. De même, dans la faculté sensitive ou dans l'intelligence, l'élément qui réalise est l'énergie spéciale que développe cette faculté; l'élément déterminant, appelé espèce, est l'image ou la notion qu'exprime tel acte particulier de la faculté : « Sicut esse consequitur formam, ita intelligere consequitur speciem intelligibilem ». (i'wm. tlieol, 1, 14, 4).
Tïiière vue irréductibles. La théorie moderne admet que la couleur ne suppose dans les corps que des vibrations et des atomes diversement figurés ; la théorie ancienne admet dans ces corps la présence de la couleur elle-même. La théorie moderne admet que la propagation de la lumière se fait par des vibrations ; la théorie ancienne soutient que la quahté sensible s'assimile le milieu. La théorie moderne regarde rimage sensible comme née de l'activité propre de l'organe ; la théorie ancienne y voit une ressemblance imprimée du du dehors.
L'opposition est-elle donc absolue? Examinons.
Nous préférons remettre à plus tard l'étude de la première différence. Le P. Pesch a tenté de l'atténuer en prêtant aux physiciens une réserve qu'ils n'observent guère *. Les physiciens n'entendent pas se borner à considérer le côté mécanique des phénomènes sensibles ; ils pensent bien, pour la plupart, que dans la cause objective de ces phénomènes il n'y a que le coté mécanique. Cette opinion est-elle appuyée sur des faits? est-elle directement contraire au rôle que S. Thomas assigne à la sensation ? offre-t-elle, comme le croient bien des gens, un danger sérieux de scepticisme ? Nous étudierons ce problème quand nous aurons réuni tous les éléments nécessaires pour résoudre la grande question de l'objectivité de la perception.
La seconde différence ne semble pas moins caractérisée. Le P. Pesch a également voulu l'affaiblir. Il a prétendu que l'école d'Aristote attribue un rôle important aux causes mécaniques dans la propagation de la lumière \ Cette assertion dénote une singulière préoccupation d'esprit. Aristote ne repousse-t-il pas énergicpiement l'opinion d'Enq)('docle, que la lumière se propage par un mouvement'?