‹ La Perception et la psychologie thomisteChapitre 21 sur 64 · Évolutionisme des idées- forces. Paris · texte numérisé non relu

Évolutionisme des idées- forces. Paris

nous ignorons profondément, de notre science spontanée et naturelle, que pour satisfaire ce désir il fallait qu'un influx nerveux partît de tel ou tel point.

Ce que nous appelons vulgairement le sentiment de l'effort est tout autre chose. Ce sentiment n'est pas localisé par nous dans le cerveau, où tout ce qui doit surgir au dehors est préparé pour ainsi dire dans les ténèbres ; il est rattaché à la tension exceptionnelle des muscles. Faites un mouvement énergique du bras, vous sentez tout le membre se raidir jusqu'à l'épaule. C'est là ce qu'on appelle proprement faire effort. Nous en jugeons par le même sentiment qui nous fait apprécier les changements de l'organe moteur.

Quel est donc ce dernier sentiment, et doit-on l'appeler, comme on le fait communément aujourd'hui, sensation musculaire ? Ce terme est-il exact? Le siège de ce sentiment est-il bien dans les muscles ? Tel n'est pas l'avis d'expérimentateurs très compétents. A les en croire, ce sentiment résiderait plus tôt dans la peau distendue par les mouvements des muscles ^ Il disparaît en effet souvent quand la peau est paralysée ou altérée. On a vu des malades dont la peau avait été profondément désorganisée par des brûlures, ne plus pouvoir se rendre compte des mouvements de leurs membres. Même à l'état normal, essayez de remuer les doigts en analysant vos impressions : que distinguez-vous les yeux fermés ? Rien autre chose que des tensions et des compressions de la peau : c'est par là que vous jugez des mouvements accomplis. Remarquez que, si vous sentiez directement l'effort du muscle, c'est dans l'avant-bras que vous sentiriez, par exemple, l'extension de la main, car ce mouvement est opéré par un muscle de l'avant-bras. Or quiconque n'est pas anatomiste ignore cette particularité. A peine en pourrait-il avoir un soupçon, s'il pensait à regarder son bras en accomplissant le mouvement, ou si le mouvement était violent. Dans ce dernier cas, en effet, le muscle en jeu, se gonflant avec exagération, finirait par distendre la peau.

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