‹ La Perception et la psychologie thomisteChapitre 36 sur 64 · De vcrilulc · texte numérisé non relu

De vcrilulc

théorie thomiste, ainsi comprise, est la représentation très exacte de ce qui se passe dans l'âme humaine, quand, éveillée par les données sensibles qui lui viennent du dehors, elle réunit ces données dans un seul tout et en fait les caractères d'un être.

L'étude du fait de perception nous mène donc en définitive à quelque chose qui n'est plus la simple sensation. Le fait de perception, tel qu'il se produit dans l'homme, n'est pas expliqué suffisamment par la seule vertu sensitive. Nous devions nous y attendre, puisque nous avions commencé par poser ce fait expérimental, que toute perception se traduit pour nous par un jugement, par l'affirmation d'un être. Or l'affirmation est quelque chose de supérieur aux sens.

Certaines personnes se plaignent qu'on ne trouve point entre l'homme et l'animal de différence expérimentale ; nous ne sommes pas encore montés bien haut, cependant nous en avons déjà trouvé une. L'homme sait et affirme, l'animal ne sait pas et n'affirme pas.

Je ne parle pas ici des affirmations de la science transcendante ; je parle de la plus simple affirmation particulière, de la déclaration du fait que nous déclarons être, et être tel. Jamais on n'a trouvé dans une espèce animale quelconque un acte ressemblant, même de loin, à cet acte que nous produisons à chaque instant : l'affirmation désintéressée d'un fait, la déclaration de ce fait produite uniquement pour en constater l'existence. D'où vient cela? Est-ce que l'animal;, s'il concevait comme nous cette simple idée : il y a telle plante, il y a tel animal, ne trouverait pas le moyen ou l'occasion de la manifester ? Il faudrait parler, dira-t-on. Ce n'est pas nécessaire : le muet n'a pas la parole, et cependant il sait très bien manifester certaines affirmations en dehors de ses besoins journaliers. Il est sans exemple qu'une faculté naturelle reste privée d'une manière constante et générale des moyens de s'exprimer. L'animal a des sentiments, des craintes, des joîes ; il sait parfaitement en témoigner. Mais jamais on ne le voit exprimer une affirmation pure et simple ; jamais on ne le voit désigner

un objet pour cet objet. Il ne le peut, parce qu'il ne conçoit pas l'affirmation et n'éprouve aucun besoin de la concevoir.

Assurément, cette différence entre l'homme et l'animal n'est pas matériellement saisissable, comme celles qui existent, par exemple, entre un quadrupède et un poisson. Elle ne tombe pas sous le regard du vivisecteur ; elle n'est pas anatomique : elle est fonctionnelle. Elle n'en est que plus importante. Après tout, c'est pour la fonction que l'être est engendré ; l'organe n'est qu'un moyen de remplir cette fonction. C'est la fonction qui établit la différence entre les règnes. Il est dans le fond des mers des êtres ressemblant à des fleurs : à les voir, on peut s'y méprendre, et croire que Ton a sous les yeux un parterre de tulipes et de pâquerettes. Touchez-les, vous les reconnaîtrez bien vite pour des animaux. Ils ont une fonction que n'ont pas les plantes : ils sont sensibles.

De môme, l'homme peut ressembler physiquement à quelques autres animaux : il a les mêmes membres et les mêmes organes. Mais il affirme, il parle, car la parole n'est qu'une suite de sons exprimant des affirmations : vous le reconnaissez immédiatement pour un homme. Il a une fonction à laquelle l'animal est complètement étranger.

Nous avons examiné toutes les données comprises dans la proposition que nous avions entreprise d'analyser: ceci est un oranger. Nous avons vu l'origine de chacune, et quel sens la fournit. Restait cette dernière donnée de l'être ou de l'existence, que nous traduisons en affirmant que la chose est. Nous avons fait voir qu'elle ne ressortait pas directement à la sensibilité, qu'elle supposait l'intervention d'une faculté supérieure. Il nous reste maintenant à examiner cette notion en elle-même, la faculté qui la produit, et les conséquences qui en découlent. Disons-le de suite, ces conséquences sont im'menses, et pour ainsi dire infinies. La notion d'être est le centre de la vie intellectuelle : elle est le fondement de la grandeur de l'homme ; elle est la raison d'être de toutes ses supéi*iorités ; elle est la lumière qui l'e-

clairo, qui transforme en Ini la connaissance pratique de 1 animal en une connaissance certaine et scientifique ; elle est la source première de sa puissance et de sa domination sur le monde. C'est ce que nous espérons démontrer dans les chapitres qui suivront.

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