Van Weddingen, Les bases, etc., p
PERCEPTION INTELLECTUELLE DE l'ÊTRE 129
intéressante, qui nous fait pénétrer jusqu'au fond mc^mc de la faculté de connaissance et nous en découvre le fonctionnement intime. L'Ecole avait sur ce sujet des -vues dont les modernes ne soupçonnent guère la profondeur.
Toute connaissance, d'après Aristote et S. Thomas, procède par ressemblance S non par une ressemblance morte et matérielle ^ telle que la ressemblance de l'homme et de son portrait, mais par une ressemblance vivante et spirituelle que le sujet connaissant produit pour se mettre en rapport avec l'objet connue Celui qui connaît se fait en quelque manière semblable à ce qu'il connaît ; il répète en soi l'objet du dehors. L'àme humaine, dont la capacité de connaître est, pour ainsi dire, sans bornes, peut reproduire ainsi le monde entier. C'est ce qu'exprimait Aristote, suivant la remarque de S. Thomas, en disant que l'àme est en quelque sorte toutes choses ^ Leibniz, reprenant cette idée, qu'il a eu le tort d'étendre en dehors de la sphère de la connaissance, disait que chaque monade est un miroir de l'univers.
La faculté cognitive n'atteint pas l'objet, au sens physique ; elle ne le touche pas, sinon par métaphore : s'il s'agit de connaissance intellectuelle, il faut ajouter qu'elle n'est pas non plus touchée directement ou indirectement par l'objet. Il y a cependant un rapport entre la faculté et l'objet connu par elle ; mais ce rapport n'est pas physique, il est spirituel, et, comme le dit quelquefois S. Thomas, intentionnel ^. La faculté vise l'objet, c'est là son essence ; elle n'existe que pour le viser ; mais elle le vise précisément par la ressemblance qu'elle se forme de lui ^.
1. « Omnis cognitio est per formam » {Sum. theol., I, 12, 1).
2. « Similitudo naturœ non est ratio sufficiens ad cognitionem » {Sum. theol., 1,88, 1).
3. « Ad cognitionem non rcquiritur similitudo conformilatis in naturà, sed similitudo reprœsentationis tantum » {De veril.,% 5).
4. « Dicit Philosophus quodammodo animam esse omnia, in quantum est in potentiaad omnia » [Sut}i. theol., I, Si, 2).