R. P. Schiffini, Pyschologia, t. I, p
2. « Necessaria et contingentia cognoscit secundum eamdem rationem objecti, scilicet secundum rationem entis et veri » (Siun. theol.l,\9,^).
3. « Intellectus est vis passiva respecta totius universalis entis » {Ibid.)
4. « Est autem aliud genus potentiarum animœ quod respicit aliud universalius objectum, scilicet non solum corpus sensibile, sed etiam universaliter omne ens ». (Sum. theol. I, 78, 1).
PERCEPTION INTELLECTUELLE DE l'ÊTRE 141
n'en pouvait être autrement au XIU" siècle, où la question dominante était, comme nous l'avons relevé, la question des universanx.
Nous pensons qu'im tel point de vue ne suffit plus aujourd'hui. Les temps ont marché, l'esprit d'inquisition s'est développé sous toutes les formes. De nos jours, la question capitale est celle de l'origine de la connaissance. On pose des problèmes que nos pères avaient à peine soupçonnés. Est-ce un bien? est-ce un mal? Quoi qu'il en soit, il faut satisfaire ces tendances nouvelles, si l'on vent gagner à la cause de la philosophie traditionnelle les penseurs de notre époque.
On nous demande de tous côtés quelles sont ces essences que l'intelligence perçoit. On analyse tous nos concepts soidisant essentiels, et on n'en trouve aucun à indiquer où l'intelligence mette quelque chose qui lui soit propre.
On demande comment l'intelligence peut n'être qu'une faculté d'abstraction et avoir cependant une valeur originale ; pourquoi la faculté qui perçoit les choses n^auraitpas aussi le don d'en distinguer les éléments constitutifs et de les considérer isolément.
On demande enfin comment l'esprit conçoit l'universel et le nécessaire, n'ayant sous les yeux que le particulier et le contingent.
Toutes ces questions peuvent paraître fort simples à ceux qui ont contracté l'habitude d'envisager les choses sous un certain aspect, mais leur solution n'est nullement évidente pour les esprits qui ont été formés en dehors de l'École.
Pour répondre à ces questions, il nous a paru qu'il fallait creuser la doctrine, découvrir la racine même de l'intelligence, proposer non autre chose que ce que la philosophie traditionnelle propose, mais la raison profonde de ce qu'elle propose.
Cette raison, nous croyons l'avoir montré, est la capacité qna l'intellect de percevoir les choses comme existantes, de les considérer comme des êtres. Nous avons cherché i\ établir que cette capacité forme à l'intelligence un domaine spécial parce que les sens, qui lui présentent cependant
l/i2 LA PERCEPTION ET LA PSYCHOLOGIE THOMISTE
l'objet, ne Penvisagent pas eux-mêmes de ce côté. Cet être perçu par l'intelligence est le fond même de l'essence, et nous donne occasion de concevoir l'essence en groupant pour la caractériser les phénomènes sensibles ; il rend possible et naturelle la considération des concepts pris à part avec leurs caractères typiques de nécessité et d'universalité. L'idée d'être est enfin l'origine de plusieurs des notions les plus importantes de l'intelligence. C'est un nouvel aspect de cette notion fondamentale qui mérite de nous arrêter quelques instants.