DU ROLE DKS SENS DANS LA PENSÉE RÉFLÉCHIE
delà faculté inférieure sont la condition nécessaire de l'exercice de la faculté supérieure. C'est en ce sens que les puissances de l'àme dérivent Tune de Pautre'. On a quelquefois exagéré la valeur de ce théorème ; on a voulu en induire que la faculté inférieure est le suj(;tde la faculté supérieure. Comment S. Thomas eùt-il pu avoir une semblable pensée? Comment eût-il pu imaginer que l'étendue, par exemple, fut le sujet de l'intelligence ? Au contraire, le Docteur angélique a eu grand soin de remarquer qu'une propriété, un accident suivant son langage, ne peut être par elle-même le sujet d'une autre propriété ^ Toutes les facultés ou propriétés n'ont qu'un seul sujet, qui est la substance. Mais il y a entre les facultés une sorte de subordination selon que l'une est nécessaire au développement de l'autre ^ C'est là même ce qui maintient l'unité et l'harmonie de l'être.
Ainsi l'intelligence ne peut apparaître sans que la sensation lui fournisse les moyens d'atteindre son objet; la sensation à son tour ne peut s'exercer sans que la vie végétative ne maintienne en bon état les organes. Il n'est donc pas étonnant que la vie végétative puisse quelquefois apparaître seule, parce qu'elle est trop incomplète pour mettre les organes en état d'être impressionnés. Quant à l'intelligence, elle suit toujours la sensation, parce que, n'ayant point d'organe à elle propre, elle (îst toujours prête quand la sensation est prête.
Dans chaque cas l'être fait tout ce qu'il peut; mais il ne peut exercer que les facultés qui rencontrent toutes les conditions nécessaires pour leur développement.
L'âme spirituelle ne peut donc agir seule^ parce qu'elle s^appuie sur la sensation et que la sensation suppose un assez grand nombre de conditions préalables. Le corps peut agir seul, parce qu'il rencontre d'abord le milieu dont il a besoin. Pour que l'âme put agir seule tant que le corps lui est attaché, il faudrait qu'elle existât, dès maintenant, inde-
1. « Una polentia anitrife ab essontia animaB procedit mediante alia » {Sum. theol. I, 77, 7).
2. « Accidens per senon potestessesubjectumaccidentis » {Sum. thrnl. I, 77, 7).