‹ La Perception et la psychologie thomisteChapitre 54 sur 64 · Inter potentias animaB est multiplex ordo » {Ibid · texte numérisé non relu

Inter potentias animaB est multiplex ordo » {Ibid

pendamment du corps, ce qui est la négation directe de la doctrine si expérimentale de l'École. Il faut donc qu'elle trouve, dans les actions du corps, un antécédent propre à lier à la vie corporelle sa propre vie.

De là la nécessité que nous avons déjà signalée : celle d'associer à toute pensée, même aux plus pures, une image sensible*. L'intelligence, tant qu'elle est engagée dans le corps, ne peut rien faire et rien concevoir sans se reporter aux images sensibles élaborées à l'aide du cerveau. Encore que les idées aient été formées et déposées dans le trésor de la mémoire, elle ne peut y revenir, elle ne peut se les rappeler, ni les considérer en acte, sans faire réapparaître lès images dont elle les a extraites "^

Nous avons déjà donné des exemples de cette nécessité ; elle est expérimentale. Les mathématiciens eux-mêmes la subissent : ils ne sauraient traiter d'une figure étendue, sans se représenter en imagination, ou sur un tableau, les contours de cette figure. Aussi toute maladie qui atteint le cerveau empêche-t-elle le plein exercice de l'intelligence ^. La mémoire s'en va chez les vieillards ; le délire de la fièvre détruit toute conscience ; moins encore, une simple indisposition de l'estomac rend la réflexion difficile, sinon impossible. D'où vient cela ? Comment une faculté supérieure au corps ne se rit-elle pas de si misérables obstacles ? Comment ne s'élève-t-elle pas au-dessus du corps, ne le laisset-elle pas à sa faiblesse, pour planer librement dans les régions qui lui appartiennent ? Eh bien ! non ; cela lui est impossible. Elle est liée et garrottée au corps. C'est une chaîne qu'elle doit porter. Comme un forçat, où va son compagnon de bagne il faut qu'il aille ; de même, si le corps est pa-

1. « AnimaB igitur, secundum istum modiim essendi quo corpori est unita, competit modus intelligendi per conversionem ad phantasmala corporum quge in corporis organis sunt » [Sum. theol. I, 89, I).

2. « Impossibile est intellectum nostrum, secundum prsesens vitse statum quo passibili corpori conjungitur, aliquid intelligere actu, nisi convertendo se ad phantasmata » {Sum. theol. I, 84, 7).

3. « Videmus quod impedito actu virtutis imaginativœ per lœsionem organi, ut in phreneticis, impeditur homo ab intelligendo actu etiam ea quorum scientiam praBaccepit » {Sum. theol. 1,84, 7).

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