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I. — Enfants

147. — La perception visuelle de l'espace, chez l'enfant «qui vient de naître, est incontestablement moins parfaite que chez beaucoup d'animaux nouveau-nés. Comme le fait remarquer Preyer, la perfection de la vue, chez les poussins, aussitôt après la naissance, « est chose étonnante, comparée à son imperfection chez le nouveau-né humain. Si on leur tient les yeux bandés pendant les deux ou trois premiers jours de la vie, on les voit, souvent deux minutes après l'ablation du bandeau, suivre les mouvements d'un insecte qui rampe à terre, avec toute la précision d'une volaille adulte » (1).

L'imperfection des perceptions visuelles spatiales chez les tout jeunes enfants peut se déduire de la manière dont ils meuvent les yeux et les paupières et de l'impossibilité où ils sont de se maintenir debout. Preyer distingue dans le développement de ces perceptions quatre périodes. Pendant les premiers jours de la vie, le défaut de coordination entre les mouvements des deux yeux et entre les mouvements des yeux -et ceux des paupières est très marqué. Les deux yeux peuvent se mouvoir dans le même sens de quantités inégales ; ils peuvent même se mouvoir dans des directions diamétralement opposées, l'un tournant à gauche ou en haut, pendant que l'autre tourne à droite ou en bas ; un œil peut aussi rester immobile pendant que l'autre se meut ; la faculté de fixer un objet manque au nouveau-né ; Raehlmann et Witkowski,

{y) Preyer, U âme de V enfant , tr. fr. 1887, p. 53.

dit Preyer, n'ont jamais vu le regard se fixer réellement avant le 10e jour. Les paupières, au lieu de s'élever ou de s'abaisser simultanément, comme chez l'adulte, peuvent se mouvoir alternativement ; les yeux peuvent être inégalement ouverts ; un œil peut rester ouvert alors que l'autre est fermé ; le mouvement de la paupière ne suit pas toujours le mouvement de l'œil ; on peut constater, par exemple, pendant les 10 premiers jours, une élévation de la paupière associée à un abaissement du regard (1). La tête également peut se mouvoir dans un autre sens que les yeux. Dans ces conditions, si on se rappelle l'importance des sensations des paupières pour la perception des positions des objets, celle de la convergence et de la fixation binoculaire pour la perception des profondeurs, on doit conclure que l'enfant qui vient de naître est incapable de percevoir avec quelque exactitude les positions des objets par rapport à lui et les profondeurs. Preyer fait remarquer toutefois que, quoique la faculté de fixer un objet manque au nouveau-né, souvent, dès le premier jour, il peut tourner la tête vers un objet lumineux, par exemple vers la fenêtre ; mais il n'est pas disposé à conclure de ce fait que l'enfant reconnaisse la direction des objets ; il ne s'agiraitici, selon lui, que d'une sensation agréable éprouvée par l'enfant lorsque sa tête se trouve en face de la lumière et qu'il chercherait à conserver après l'avoir par hasard rencontrée.

La seconde période se caractérise par le fait que l'enfant peut mouvoir volontairement la tête et la détourner de telle tache claire de son champ visuel pour la tourner vers telle autre. Ici il y a évidemment quelque perception de la position des objets. Cette faculté de mouvoir volontairement la tête d'un point à un autre apparaît vers la lin de la deuxième semaine.

On arrive à la troisième période lorsque l'œil suit l'objet en mouvement ; ce qui caractérise cette période, c'est qu'il se produit des mouvements associés des yeux sans mouvements de la tête. Les yeux ne suivent d'ailleurs le mouvement des objets que s'il est lent. Preyer a constaté que son fils pouvait

(1) M. Washburn Shinn [Noies on the Development of a Child, iS<>>. p. 12 a observé chez un erifanl plusieurs fois le même l'ail à la lin du premiermois, pendant qu'on le baignait : le bain provoquait des mouvements <l<^ yeux plus actifs H plus asymétriques qu'à L'ordinaire. Elle signale d'autres mouvements incoordonnes des paupières et des globes des yeux, mais elle a constaté en général moins d'incoordination que n'en signale Preyer. ('.lie/ l'enfant qu'elles particulièrement étudié, comme chez tous ceux qu'elle a pu observer, elle a remarqué pendant les deux premiers mois que les deux yeux, quoique se mouvant ordinairement d'accord, présentaient cependant parfois de la convergence exagérée : (die a même vu cette convergence se produire accidentellement au neuvième mois.

ainsi suivre du regard le déplacement d'un objet au 2.3e jour ; chez certains enfants, la même faculté ne se manifeste que lorsqu'ils ont déjà plusieurs mois.

Enfin, dans la quatrième période, l'enfant distingue nettement la droite, la gauche, le haut, le bas, et l'œil possède d'une façon permanente la faculté de se diriger vers les objets.

En somme, on peut conclure que les perceptions qui supposent des mouvements coordonnés des yeux et des paupières font défaut ou sont très confuses chez l'enfant qui vient de naître; telle est, par exemple, la perception de la profondeur. Cette perception doit être très confuse parce que les mouvements incoordonnés des yeux rendent impossibles d'une part la vision binoculaire rétinienne, d'autre part la convergence ; il ne peut y avoir dans ces conditions perception exacte ni de la profondeur absolue ni de la profondeur relative des objets. Une conséquence du fait précédent, c'est que la perception de la grandeur des objets, si elle existe chez l'enfant nouveauné, y doit être tout autre que chez l'adulte ; ne pouvant apprécier les profondeurs, il doit voir les objets se rapetisser lorsqu'ils s'éloignent et s'agrandir lorsqu'ils se rapprochent, c'est-à-dire qu'il ne peut estimer leur grandeur que d'après celle des images qu'ils font sur ses rétines. Cette imperfection de la perception des profondeurs et des grandeurs peut durer plusieurs mois. Longtemps encore après la fin du 3° mois, remarque Preyer, l'appréciation des profondeurs demeure très défectueuse, et l'enfant essaie de saisir des objets qui sont hors de sa portée; au 17e mois, son fils avait encore des perceptions inexactes relativement à la profondeur, et, par conséquent, il en devait avoir aussi d'inexactes relativement à la grandeur.

Quant aux perceptions spatiales purement rétiniennes, il est difficile de savoir quelles elles sont chez le nouveau-né. A la 9e semaine, d'après Preyer, le mécanisme de l'accommodation fonctionnerait déjà; il tire cette conclusion en particulier de ce fait que la pupille se resserre ou se dilate lorsque les yeux restent immobiles et qu'ilssont éclairés par la lumière du jour, qui ne change pas d'intensité. Donc il se produirait, dès le 3e mois, des images nettes des objets sur les rétines. Quant à l'acuité visuelle, à la distinction rétinienne des positions, des grandeurs, des formes, nous ne possédons aucun renseignement précis à cet égard. Nous n'en possédons guère non plus concernant la coordination des sensations visuelles et des mouvements des membres ; d'après un passage de Preyer, cette coordination resterait, il semble, longtemps imparfaite ; il a constaté en effet qu'à la 68e semaine, c'est-à-dire vers le 17e mois, son fils, pour saisir un objet, tendait souvent les bras non seulement à une distance insuffisante, mais encore

à droite ou à gauche de l'objet, trop haut ou trop bas ; la perception des positions pouvait, il est vrai, être elle-même ici défectueuse.

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