II
PARACENTÈSE DE L'ABDOMEN
La paracentèse n’entraîne en général aucune suite sérieuse. La ponction bien faite, au lieu d’élection, est rarement suivie d’accidents si on a bien soin, après l’opération, de maintenir le malade au repos, dans le décubitus dorsal, et si, après avoir pansé aseptiquement l’orifice de la ponction, on maintient l’abdomen dans un bandage de corps suffisamment serré.
Il faudra cependant surveiller le malade de près; des accidents cardiaques ou hémorragiques peuvent se produire qui nécessitent une intervention immédiate du médecin. Après quelques heures on pourra permettre au malade de se coucher sur le côté opposé à l’orifice de la ponction pour éviter le suintement qui pourrait se produire. Si aucun accident ne se manifeste, on laissera le bandage de corps une huitaine de jours.
Le malade éprouve un très grand soulagement immédiat, mais le plus souvent, au bout de quelques jours ou quelques semaines l’ascite se reproduit et nécessite une nouvelle paracentèse.
A CCIDENTS P OS T- OPÉRA TOIRES
Il ne faut pas ignorer qu’une mort rapide peut survenir après une ponction faite dans les meilleures conditions; ce sont les causes de ce dénouement que nous voulons rappeler
M. Perrin (*) groupe les accidents post-opératoires de la paracentèse en cinq catégories : Y anémie séreuse,. Y ictère
i. Perrin. La mort des ascitiques après la paracentèse. La Presse médicale, 1908, n° 77, 2 3 septembre, p. 609.
PARACENTESE DE L'ABDOMEN.
grave ou aggravé , les hémorragies de la paroi abdominale , les hémorragies du tube digestif , la dilatation cardiaque a vacuo , laissant de côté les s}mcopes a vacuo et les infections péritonéales aiguës qui, dans les conditions où doit être faite aujourd’hui la ponction de l’abdomen, ne doivent plus se présenter.
Nous ne pouvons mieux faire que de rappeler ici la division de Perrin.
I. Anémie séreuse. — Après une ou plusieurs ponctions d’ascite, certains malades peuvent succomber à une anémie séreuse progressive caractérisée par de la faiblesse générale de l’organisme, surtout marquée au niveau du visage, dont les yeux se creusent, le nez se pince, le teint se plombe, la peau se sèche.
MM. Gilbert et Garnier (’) qui ont les premiers décrit ce s}'-ndrome l’ont observé surtout chez des malades qui avaient subi plusieurs ponctions. M. Perrin l’a vu survenir après une ponction unique. Aussi lui semble-t-il « qu’en sus de la saignée séieuse, et malgré l’absence des grands symptômes de l’insuffisance hépatique dans le syndrome décrit par MM. Gilbert et Garnier, Yhypohépatite doit être mise en cause, soit seule, soit par sa répercussion sur le fonctionnement de certains organes tels que les capsules surrénales ou l’hypophyse, par un mécanisme complexe des synergies fonctionnelles entre les diverses sécrétions internes ».
Rien ne peut, à l’heure actuelle, enrayer la marche de cette anémie piogiessive. Aussi faut-il soigner les cirrhotiques avec beaucoup d’attention dès le début de leur affection.
II. Ictère grave. — « Après la paracentèse, dit M. Perrin, es conditions de nutrition et de fonctionnement de la cellule tepatique sont certainement modifiées; les modifications peuvent stupéfier les cellules malades au point de hâter leur
egcnéiescence, ou bien leur donner un coup de fouet qui
i- Gilbert et Garnier. Soc. de Biol., 1898, 29 janvier.
CHIRURGIE DE L'ABDOMEN
entraîne leur atrophie après une brève période de tendance à l’hyperfonctionnement. »
C’est là l’explication de ces ictères graves qu’on voit survenir à quelques jours de la ponction et dont le pronostic est des plus sombres. Contentons-nous de les signaler puisque rien ne nous permet de les éviter et que nous ne connaissons à leur égard aucune indication thérapeutique spéciale à remplir.
III. Hémorragies de la paroi abdominale. — Nous laisserons de côté les hémorragies primitives provoquées par la ponction au moment même de l’intervention. Elles sont réellement opératoires et immédiatement reconnues.
Dans certains cas, au contraire, ce n’est que tardivement qu’on constate une ecchymose envahissant la paroi abdominale, et qu’on voit se produire un écoulement séro-sanguinolent par l’orifice de la ponction. Un vaisseau a été lésé au cours de l’intervention sans attirer l’attention de l’opérateur; l’obturation de l’orifice et la compression de l’abdomen font obstacle à l’écoulement sanguin qui se produit alors dans le tissu cellulaire donnant lieu à une infiltration sanguine qui, dans certains cas, peut gagner le ligament large (Perrin).
Dès que l’accident est reconnu, il faut chercher la source de l’hémorragie et faire l’hémostase.
IV. Hémorragies gastro-intestinales. — Cet accident est rare, mais toujours redoutable. Du fait de la décompression brusque de l’abdomen, il peut se produire dans tout le tractus intestinal un afflux sanguin qui donne lieu à une hémorragie très abondante, le plus souvent mortelle.
L’hémorragie se produit à plus ou moins brève échéance. C’est trois heures après la ponction, dans le cas d’Estachy (')» que survient l’hémorragie gastro-intestinale qui emporte le malade. Dans un cas de Perrin (s), une heure après la paracentèse, le malade présente des selles sanguinolentes et meurt