CHAPITRE X
CHIRURGIE DE L'ESTOMAC
GASTROSTOMIE
SOINS CONSÉCUTIFS
Les sujets chez lesquels on pratique une gastrostomie sont toujours très épuisés par l’affection qui les a conduits sur la table d’opération. Aussi quel que soit le procédé employé pour créer une bouche gastrique, il est nécessaire d’aller vite et de remonter rapidement le malade.
La sonde introduite dans l’estomac et fixée au pansement disposé autour d’elle, on replacera le malade dans son lit, comme après une laparotomie ordinaire; on lui fera une piqûie d huile camphrée et une injection de 200 grammes de sérum. Si on ne 1 a pas alimenté sur la table d’opération, on introduira par la sonde, une demi-heure après l’opération, un demi-litre de lait.
Le soir, on refera une nouvelle piqûre d’huile camphrée, et une injection de 100 à 200 grammes de sérum.
Dès le lendemain, on commencera une alimentation réglée. Par la sonde laissée à demeure, on fera passer dans l’estomac, le matin, un repas composé d’un demi-litre de lait et de deux œufs. La préparation de ce repas est assez délicate. Voici comment on s’y prendra : on aura à sa disposition deux œufs frais, dont on séparera le blanc ; on battra le jaune de l’œuf avec un peu de lait (q. s.) jusqu’à ce qu’il forme une crème.
uis, on passera sur une compresse stérilisée cette première
CHIRURGIE DE V ESTOMAC
quantité. On fera ensuite chauffer légèrement le reste du demi-litre de lait, car le repas doit être tiède, et on l’ajoutera aux jaunes d’œufs préparés. On mélangera le tout et on le passera de nouveau sur une compresse stérilisée.
Le repas ainsi préparé sera introduit très lentement par la sonde. Le meilleur dispositif est un entonnoir, muni du tube de caoutchouc, terminé par une canule pointue. Celle-ci pénètre facilement dans le pavillon de la sonde, et en élevant l’entonnoir à 5o centimètres environ, le liquide versé dans l’entonnoir s’écoule facilement. On pourrait également se servir de la seringue de Guyon stérilisée, pour faire pénétrer le liquide dans l’estomac.
Pendant l’introduction, le malade devra rester dans la position horizontale. On lui recommandera de ne faire aucun effort, de ne pas causer, pour éviter le reflux, le liquide ayant beaucoup de tendance à ressortir.
Après le repas, le malade devra rester calme, couché sur le dos, pendant un certain temps.
Le soir, on lui donnera, avec les mêmes précautions, un demi-litre de lait et du bouillon.
Les jours suivants, on continuera l’alimentation ainsi réglée en doublant les doses à partir du 3e jour, mais en les divisant en plusieurs repas.
Si la peau, autour de la bouche gastrique, vient à être irritée par le suc gastrique, on la protégera avec du carbonate de magnésie.
L’alimentation par la cavité buccale ne doit pas être négligée quand elle est possible. On fera boire au malade i litre de lait par jour, par petites quantités, à partir du moment où l’œsophage, mis au repos, permet le passage des liquides.
Les sept premiers jours, on laissera à demeure la sonde gastrique. On l’enlèvera le 8e jour, et, à partir de ce moment, on ne l’introduira que pour alimenter le malade. 11 faudra la retirer avec beaucoup de précautions, et fermer aussitôt après l’orifice avec une compresse stérilisée formant tampon, car
GASTROSTOMIE.
Fig. 22. — Rétrécissement de l'oesophage. Gastrostomie.
une petite quantité de lait a toujours tendance à ressortir.
Les fils seront enlevés au io° jour. S’il existe une légère suppuration à leur niveau, elle disparaîtra rapidement par 1 application d’un pansement humide aseptique.
CHIRURGIE DE L'ESTOMAC
Nous tenons à rapporter ici la courbe d’un malade à qui nous avons fait une gastrostomie pour rétrécissement de l’œsophage; mieux qu’une longue description, elle nous • donnera une idée des [suites opératoires de la gastrostomie (fig. 22).
COMPLICA TIONS POST-OPÉRA TOIRES
Dans les conditions où on fait aujourd’hui la gastrostomie, . avec une technique réglée, et sous anesthésie locale le plus s souvent, la mortalité est insignifiante. En outre, en tant qu’o- pération de nécessité, chez un sujet cachectique et qui ne peut plus s’alimenter, elle apporte un soulagement considérable à l’état du malade, et lui procure une survie de quelques mois.
En dehors des petits inconvénients que nous avons déjà signalés (irritation des téguments, légère suppuration), la gas- trostomie laisse souvent à désirer, par défaut ou par excès.
Par défaut, elle expose au reflux des liquides qu’on intro- ■ duit dans l’estomac. Un sphincter est toujours très difficile à créer autour de la bouche opératoire qui, malgré les plus s grandes précautions, est souvent incontinente. Nous avons > bien peu de ressources contre cet accident. On a conseillé de . rétrécir l’orifice à l’aide d’un fil d’argent glissé en cercle sous les téguments. Ce procédé réussit rarement. Aussi y aura-t-il lieu de recourir à une nouvelle gastrostomie, qui sera parfois plus heureuse.
Dans d’autres cas, il faudra lutter contre la tendance cicatricielle de l’orifice, par la dilatation et la sonde à demeure.
GASTRO-ENTÉROSTOMIE. 249
GASTRO-ENTÉROSTOMIE
« La gastro-entérostomie, dit M. Ricard (‘), n’est qu’un acte chirurgical au cours d’un traitement médical. » Et, de fait, après comme avant l’intervention, l’opéré doit être soumis à une observation attentive et à des soins minutieux. « Avec l’opération, tout n’est pas fini », disait déjà Mikulicz en 1897 (*). La guérison ne surviendra qu’à la longue, si l’affection est curable, facilitée par l’anastomose gastrique, mais sous la condition expresse d’un traitement diététique approprié.
SOINS CONSÉCUTIFS
Le premier jour, on tiendra l’opéré à la diète absolue. On lui fera une injection de 5oo grammes de sérum, et on assurera l’antisepsie buccale pardes lavages répétés de la bouche. Le lendemain, on fera une nouvelle injection de sérum, et on donnera au malade de l’eau par très petites quantités.
Le troisième jour, on permettra un peu de lait toutes les deux heures.
Pendant cette première semaine, MM. Parmentier et Denéchau (*) conseillent « dès le 4e ou 5e jour, les bouillies avec la fleur d’avoine, la crème de blé vert ou d’orge, les potages au lait et au tapioca, à la semoule, dont on augmente progressivement la consistance et auxquels on ajoute des jaunes d’œufs; du riz au lait, riz et lait étant cuits ensemble et évaporés lentement jusqu’à consistance d’une bouillie très
1. Ricard. Bull, et Mém. delà Soc. de Chirurgie , 8 janvier 1908.