LES RÉACTIONS INDIVIDUELLES
La douleur, la soif, l’insomnie sont les principaux tourments de l’opéré.
La douleur se manifeste dès le réveil avec une intensité variable suivant la région opérée, la réaction du sujet et la nature de l’opération. Elle est en général subordonnée à l’irritation de la plaie par les fils, drains ou gazes. Il est rare, en effet, qu’une opération parfaitement aseptique et bien conduite détermine une douleur de longue durée, la douleur étant due dans la majorité des cas à l’irritation des terminaisons nerveuses. Souvent, il est vrai, c’est la compression trop énergique du pansement qui est en cause. Dans d’autres cas, ce sont des phénomènes d’inflammation ou de congestion. Aussi faudra-t-il, avant d’intervenir, se rendre compte de la cause de la douleur, car si dans certains cas le relâchement du pansement suffit à la calmer, dans d’autres il faudra combattre l’inflammation, par des applications de glace sur la région, ou la stase veineuse congestive, en surélevant le membre. Si c’est la tension musculaire qui occasionne la douleur, il faudra relâcher le muscle sensible en fléchissant le membre.
Mais le plus souvent on devra recourir à l’injection de morphine, qui est sans contredit le meilleur calmant de la douleur post-opératoire. Après les opérations sur les voies génito-urinaires et le rectum, le suppositoire vaut mieux que l’injection sous-cutanée. Dans tous les cas, l’usage de la morphine devra être vite abandonné si on ne veut pas s’exposer à voir l’opéré s’y habituer et en devenir plus tard une victime.
La soif est un des sujets de plaintes du malade.
Elle est due à la déshydratation des tissus qui ont perdu au cours de l’opération une grande quantité d’eau. Aussi faut-il restituer à l’organisme, le plus rapidement possible, la quantité d’eau perdue. Malheureusement, ingérés par la voie
SOINS POST-OPÉRATOIRES GÉNÉRAUX
buccale, les liquides augmentent les vomissements chloroformiques; en très petite quantité à la fois, ils peuvent cependant être assez facilement tolérés et il n’}^ a pas lieu d’en priver le malade. L’injection sous-cutanée de sérum sera toujours un très bon moyen pour combattre la soif. C’est dans le même but que certains chirurgiens ont conseillé de remplir de sérum la cavité abdominale après toute laparotomie.
Le sommeil est ce qu’il faut le plus respecter chez un opéré, et l’insomnie ce qu’il faut le plus combattre. En général, c’est la douleur qui est la principale cause d’insomnie. Aussi l’injection de morphine reprendra-t-elle ici tous ses droits. Il ne faut à aucun prix que le malade soit tourmenté par une mauvaise position ou par la soif. Ce sont là également des causes d’insomnie qu’il faudra écarter. En somme il faudra surtout chercher à obtenir la tranquillité et le repos du malade, car c’est pour lui la meilleure façon de lutter contre les complications qui le guettent.
Les habitudes du malade, si elles ne sont pas contraires à son état, devront également être respectées. S'il est grand fumeur, il n’y a aucun inconvénient à lui permettre de fumer quelque peu, dès le second jour de l’opération, à moins qu’il ne s’agisse d’opérés de la bouche ou du pharynx. S’il est grand buveur, il faudra également lui permettre un peu d’alcool, dès qu’il le désirera.
Les morphinomanes, les éthéromanes ne devront pas être radicalement privés de leur manie.
En somme, il faut savoir respecter jusqu’à un certain point les habitudes du malade, dont la privation deviendrait un sujet de gêne inutile.
Dans cei tains cas, la suppression subite de ces habitudes, souvent invétérées, peut conduire à des états très alarmants. C’est ainsi que chez les grands fumeurs, dont le cœur est habitué à un usage immodéré du tabac, la suppression de ce dernier par raison ou par discipline, à la suite d’une opéra-
SURVEILLANCE DE E OPÉRÉ
tion, peut déterminer l’apparition de phénomènes de collapsus très graves, qui cependant cèdent presque instantanément à la reprise du tabac. Nous citerons comme exemples les trois cas que rapporte Bolton Bangs (*) où les accidents se manifestèrent vers le 4e ou le 5e jour après l’intervention (urétrotomie interne, cure d’hémorroïdes, appendicite) par des sueurs abondantes, de la difficulté de la respiration, de la petitesse du pouls, de la dépression générale avec cependant une absence complète de température.