Paterson. The Lancet , 14 sept. 1907, p
ANESTHÉSIE GÉNÉRALE
faire des tractions de la langue, des applications de glace sur l’épigastre, ou d’administrer des calmants, tels que le bromure de potassium ou le valérianate d’ammoniaque.
3° Troubles pulmonaires. — Ils s’observent parfois après la chloroformisation. C’est tantôt une bronchite, tantôt une pneumonie qu’on voit survenir. Et sans chercher à les expliquer toujours par une infection, on peut admettre que dans certains cas ils sont dus, soit à une mauvaise administration du chloroforme, soit à un refroidissement au cours de l’anesthésie ou pendant le transport de l’opéré. Nous savons en effet que pendant l’anesthésie générale la température s’abaisse comme pendant le sommeil; il faudra donc avoir bien soin de recouvrir le sujet dans des linges chauds et éviter qu’il se refroidisse quand on le transportera dans son lit.
Il va sans dire que l’âge avancé, les affections cardiaques, les intoxications (alcoolisme, saturnisme, etc.), y prédisposent comme les maladies pulmonaires antérieures.
La position du malade après l’opération joue également un certain rôle dans l’apparition des accidents. Il faut, à tout prix, éviter la stase sanguine déjà facilitée par la dépression cardiaque dans certaines grandes interventions. En outre, dans certaines opérations sur la région cervicale, les lésions nerveuses (pneumogastrique, récurrent, sympathique) contribuent très certainement à la production de phénomènes de broncho-pneumonie, comme l’ont démontré Legallois, Billroth, Friedlander, Vulpian, Schiff.
L’infection joue néanmoins le grand rôle. Le poumon s’infecte, soit par continuité, soit par voie sanguine et suivant le degré ou la nature de l’infection, on assiste à l’apparition d’une bronchite simple, d’une broncho-pneumonie, d’une pneumonie.
Le traitement de ces complications pulmonaires ne présente ancune particularité et n’exige aucune indication spéciale.
4° Ictère. — L’ictère qu’on observe à la suite d’une anesthésie chloroformique est en général bénin et disparaît assez, rapidement.
Voici une malade, âgée de quarante-trois ans, que nous avons opérée en mars 1902 d’un cancer du sein, dans le service de notre maître, M. Richelot. L’anesthésie fut faite au chloroforme. Le lendemain, cette femme présente une coloration jaune des conjonctives ; sa face prend un aspect ictérique ; ses téguments jaunissent progressivement au niveau des plis de flexion. La malade vomit; ses vomissements sont muqueux, puis bilieux. Les selles sont normales. Pas de xanthopsie. Aucun trouble viscéral. Pas de fièvre.
L’analyse des urines a permis de constater l’absence d’albumine, mais a révélé la présence d’une certaine quantité d’indican, d’urobiline et de pigments biliaires. La coloration des urines était jaune foncé. Pendant deux jours, la coloration des téguments et des muqueuses augmente, puis l’ictère diminue sensiblement pour disparaître complètement en huit jours.
A la même époque, nous eûmes l’occasion de recueillir une observation analogue. Il s’agissait d’une femme de trente-huit ans, opérée d’un abcès pelvien par notre maître, M. Richelot. L'anesthésie au chloroforme, précédé de quelques grammes de bromure d’éthyle, n’avait duré que quelques minutes. Mais dès le lendemain, s’installait un ictère qui, en deux jours, atteignait une teinte jaune olivâtre. Cet état dura quarante-huit heures et, comme dans le cas précédent, tout disparut en huit jours.
Les urines avaient été examinées. Elles étaient de couleur acajou. On trouva un peu d’albumine, de l’indican, de l’urobiline et des pigments biliaires.
G. Campora (*) dans une étude où il rapporte trois cas d’ictère après deux cures radicales de hernie et une néphro-
1. G. Campora. Ga^etta degli Ospedali e delle Clitiiche, XXVII, 29 avril 1906, n° 5i, p. 535.
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pexie, étudie la pathogénie de cet accident. Avec lui, nous pensons qu’il y a lieu d’éliminer l’absorption du sang épanché, la coïncidence d’un ictère catarrhal ou émotif, la rétention biliaire par un spasme réflexe d’origine péritonéale ; de Bovis (‘) admet qu’il s’agit toujours d’une atteinte légère de la cellule hépatique. Les éléments de la bile passeraient dans le sang et il se produirait un ictère par diffusion.
Il est certain que, pour que l’ictère se produise dans ces conditions, il faut des sujets prédisposés. Mais cette prédisposition peut être de nature diverse ; chez les uns, elle est congénitale, chez les autres, elle est acquise et sous la dépendance de la syphilis, de l’alcool ou du saturnisme. Chiarleoni (s), étudiant l’ictère post-chloroformique, le rapporte à l’action directe du chloroforme sur la cellule hépatique. C’est l’opinion actuellement admise par la majorité des auteurs. L’ictère bénin traduit l’altération légère de la cellule hépatique par l’intoxication chloroformique qui, à un plus haut degré, déterminera l’apparition de l’ictère grave.
Reprenant l’étude des ictères post-chloroformiques, MM. Quénu et Kuss(3) distinguent :
i° des ictères chloroformiques par action du chloroforme sur la cellule hépatique ;
2° des ictères chloroformiques hématogènes par action hémolytique du chloroforme sur le sang;
3° des ictères à pathogénie mixte hépatico-hématogène.
5 Ictere grave. L ictère grave s’observe très rarement à la suite de la chloroformisation. Foa (*), Reggianini (5),
1. De Bovis. Ictères bénins post-opératoires, Semaine Médicale , ioo3