B) ÉTHER
Les troubles gastriques, respiratoires, urinaires, toxiques, sont aussi fréquents avec l’éther qu’avec le chloroforme.
i° Vomissements. — Avec l’éther les vomissements apparaissent immédiatement après la cessation de l’anesthésie; ils sont en général plus violents qu’après le chloroforme, mais durent moins, cessant parfois dès que le malade a repris connaissance.
Les enfants y sont moins sujets que les vieillards.
On a cherché à expliquer ces vomissements de diverses façons : les uns admettent que le mucus et la salive s’imprègnent constamment d’éther et que, déglutis, ils s’accumulent dans l’estomac pendant tout le temps de' l’anesthésie; dès le réveil, l’estomac retrouvant son fonctionnement normal se débarrasserait de son contenu. La fréquence des vomissements serait donc en rapport avec la quantité du contenu stomacal ou avec sa viscosité. Aussi a-t-on conseillé de faire boire au malade, immédiatement avant l’anesthésie, une quantité d’eau en rapport avec la durée présumée de la narcose, afin de diluer ce contenu. Dès que les vomissements se produisent, on pourra donner des boissons chaudes et froides dans le même but.
Pour d’autres, l’éther excrété par la muqueuse gastrique s’accumulerait dans l’estomac et déterminerait une véritable gastrite [Hess (de New-York)]. D’autres enfin pensent qu’ils sont d’origine nerveuse centrale.
2° Troubles pulmonaires. — Ils s’observent beaucoup plus fréquemment qu’après la chloroformisation. La bronchite est rare; la broncho-pneumonie l’est moins; la pneumonie est la forme la plus fréquente.
Parfois on voit survenir des hémoptysies, chez des sujets qui ne présentent aucune manifestation de tuberculose. Il semble alors que l’éther agisse en congestionnant l’organe.
MERCADÉ. 3
Ces troubles pulmonaires sont sous la dépendance, non pas d’une irritation directe de la muqueuse par l’éther, mais de l’aspiration de la salive buccale infectée.
L’éthérisation n’est pas plus dangereuse chez les vieillards, pourvu qu’on n’éthérise pas les emphysémateux et les affaiblis.
Ces complications doivent être traitées dès leur début par les ventouses sèches et scarifiées.
Quant à l’abaissement de la température qui, comme nous l’avons vu à propos du chloroforme, facilite l’atteinte des poumons, il est un peu moins à craindre qu’avec le chloroforme.
3° Ictère. — L’ictère bénin, léger, a été observé après l’anesthésie par l’éther comme après le chloroforme. Les cas en sont cependant excessivement rares; si certains chirurgiens l’ont noté parfois, Lindh (*) ne l’a jamais constaté dans une série de 1 279 anesthésies.
40 Troubles urinaires. — Ces troubles ont été surtout étudiés par Babaci et Bebi (!) qui montrèrent que, si le chloroforme produit des lésions de néphrite parenchymateuse, l’éther donne plutôt lieu à de la néphrite hémorragique.
Mais les effets les plus importants de l’éther sur le rein sont des modifications de la sécrétion qui est très sensiblement diminuée le premier jour.
L’examen des urines permet d’y trouver des éléments anormaux, tout comme après l’anesthésie par le chloroforme. On y a signalé la présence de l’albumine, de l’urobiline, de la bilirubine, de l’acétone, de cylindres, etc.
D’après Eisendraht (1 2 3), V albuminurie se présente cependant moins fréquemment qu’après la chloroformisation : le rapport serait de 32 à 25.