ACIDE PHÉNIQUE
L'acide phénique était jadis la pierre de touche du pansement antiseptique. Sous forme de spray, de gaze, de lavages, il présidait à toutes les opérations et il n’était pas rare de le voir occasionner des accidents souvent mortels.
Aujourd’hui on ne l’emploie plus guère que dans les opérations septiques nécessitant quelque lavage étendu, et encore s’en garde-t-on dans les cavités séreuses. Cependant, il conserve toute sa valeur, sous forme de pulvérisations, pour le traitement des anthrax, et sous forme de bains locaux après
l’incision des phlegmons des membres. Il préside encore à la conservation des drains dans beaucoup de services et de ce fait peut occasionner des accidents; témoin cette observation que M. le professeur Le Dentu communiquait à la Société de Chirurgie en août 1882 : il s’agissait d’un enfant qu’il draina après incision d’un kyste du cou. Le lendemain, la mère constatait que le petit opéré avait rendu des urines noires.
Dans d’autres cas c’est la gaze phéniquée qui est la cause des accidents comme dans l’observation de Dreyfous (') où on vit des symptômes d’empoisonnement se développer après une circoncision dont la plaie avait été pansée avec une bandelette de gaze phéniquée.
Enfin, dans la majorité des cas, c’est l’application même de la solution antiseptique qui détermine l’apparition des accidents qui, suivant leur intensité, seront les uns locaux, les autres généraux, sans qu’il y ait une relation forcée entre le titre de la solution et l’importance des accidents observés.
a) Localement , il faut signaler la possibilité d’un érythème, d’un eczéma, d’une gangrène, à la suite d’une application inopportune ou trop consciencieuse de la solution phéniquée.
L'érythème pliéniqué simple débute brusquement avec des phénomènes généraux : inappétence, anorexie, agitation; le pouls est rapide, la température monte de un à deux degrés le soir. Du côté de la plaie se manifestent des démangeaisons, des douleurs, du gonflement, de la rougeur qui peuvent s’étendre aux parties voisines. Dans certains cas, c’est une éruption de vésicules du volume d’un grain de millet, donnant à la plaie l’aspect d’une surface sur laquelle on aurait posé un vésicatoire. Eh général tout s’amende en trois à quatre jours par suppression de la cause.
L’ec\éma et la gangrène sont plus rares. Et cependant, en dehors des cas ignorés ou cachés, ne voyons-nous pas encore
1. Dreyfous. Empoisonnement phéniqué chez des nouveau-nés. France médicale, 1 885 .
parfois des gangrènes partielles nécessitant souvent l’amputation.
A'I. Morestin (') observe une gangrène digitale à la suite d’un pansement phéniqué fait vingt-quatre heures auparavant.
M. Cotte (*), dans une note sur une observation de gangrène phéniquée du médius droit survenue après une application d’acide phéniqué pur, reconnaît qu’il s’agit là d’un accident moins rare qu’on ne paraît le supposer. Il rappelle les mémoires de Brun, Secheyron, les discussions à la Société de chirurgie de Paris en 1889 et 1894, les travaux allemands de Leusser (1898), Czerny (1897), Frankenbürger (1898), Fischer (1901) et américains de Husson (1891) et Harrison (1900).
Kelly (■’) vient de rapporter un nouveau cas de gangrène d’un doigt produite par l’acide phéniqué.
La gangrène phéniquée est cliniquement une gangrène sèche. Elle apparaît sans douleurs, en altérant les téguments qui deviennent jaunes, bruns, noirs. Les tissus sont secs et racornis et au bout de deux à trois semaines le mort se sépare du vif.
Tillaux pensait que c’était au contact des petits cristaux d’acide phéniqué avec les tissus qu’étaient dus les accidents.
Pour Harrison, le titre de la solution phéniquée n’aurait qu’une importance secondaire, la majorité des accidents s’étant produits avec des solutions inférieures à 5 pour 100. Levai admet même que les solutions faibles seraient plus dangereuses que l’acide phéniqué pur, car elles épaississent moins les téguments et leur permettent ainsi d’absorber plus facilement l’acide.
La durée de l’application et la compression trop forte favorisent l’apparition de la gangrène.
x. Morestin. Bull. Soc. Anat., janvier 1897.
2. Cotte. Gangrène phéniquée. Presse Médicale , 5 juillet igo.-1, p. 418.