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INFECTION DE LA PLAIE

Nous avons vu (ch. I) les accidents légers qu’on peut observer du côté de la plaie et qui obligent à modifier légèrement le pansement de l’opéré.

Il en est d’autres plus graves qui peuvent compliquer toute plaie opératoire, et qui prennent une importance telle qu’ils dominent la scène. Ce sont le phlegmon diffus, les différents érythèmes, la septicémie, la gangrène gazeuse, l’érysipèle, le tétanos.

Phlegmon diffus. — Le phlegmon diffus s’observe rarement après des opérations aseptiques ; c’est à la suite d’opérations sur des foyers septiques, et surtout chez des sujets prédisposés qu’on voit se développer le tableau classique du phlegmon diffus, suffisamment connu et décrit ailleurs, pour que nous n’ayons pas à y revenir.

Dès que le diagnostic est posé, il faut débrider largement la plaie, ouvrir la voie au pus par les grandes incisions préconisées par Hutchinson, suffisamment espacées pour éviter le sphacèle de la peau intermédiaire, drainer les foyers, faire de larges irrigations a la liqueur de Van Swieten, à 1 eau phéni-

i. Bockenheimer. Arch. fur klin. dur., 1907,1. LXXXIII, p. 9/.

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX. 6 g

quée ou oxygénée, et recouvrir la plaie d un pansement humide.

Septicémie. — La septicémie, dit J.-L. Faure ( ), est 1 ensemble des accidents provoqués par la diffusion dans le sang des poisons organiques, produits ou sécrétés par les divers agents microbiens de la suppuration, qui vivent à la surface des plaies, ou pénètrent dans l’intérieur des vaisseaux.

Ainsi définie, la septicémie est rare après les interventions chirurgicales. Il faut véritablement une infection intense et une plaie non surveillée, pour que les micro-organismes, retenus sous pression par la suture et le pansement, soient absorbés par les vaisseaux, pour déterminer la fièvre et la septicémie.

Dans les plaies suppurées mal drainées, dans les plaies cavitaires, l’absorption des poisons microbiens est plus facile, et la septicémie plus fréquente.

Mais, quoi qu’il en soit, c’est une complication qu’on peut le plus souvent éviter, en vérifiant l’état de la plaie à la moindre élévation thermique.

La septicémie, dans la majorité des cas, débute par de la fièvre; rares, en effet, sont les cas où on observe de l’hypothermie. La fièvre monte rapidement à 38°, 39° et quelquefois 40°, dès le lendemain de l’opération; les [phénomènes généraux se manifestent en même temps : céphalalgie, agitation, anorexie, vomissements, diarrhée. Si on n’intervient pas immédiatement, l’infection gagne rapidement.

On voit apparaître des taches érythémateuses sur tout le corps et le malade meurt en quelques jours.

La fièvre subit de grandes oscillations, variant de 1 à 2 degrés (fig. 3).'

Tout peut évoluer sans que les phénomènes locaux attirent particulièrement l’attention; la plaie est livide, suppure légèrement, et laisse écouler une sérosité peu abondante ; on n’ob-

1. J.-L. Faure. Traité de Chir. clin. et opérât. Le Dentu-Delbet, t. I, p. 190.

ACCIDENTS LOCAUX ET GENERAUX

serve pas la rougeur et la tuméfaction qui caractérisent les infections locales.

Dans certains cas cependant, des foyers mal vidés, mal drainés, permettent une absorption microbienne lente ; la

fièvre est alors peu élevée et intermittente, mais le malade maigrit; il dépérit lentement, en proie à une diarrhée continue. Son faciès prend un aspect caractéristique : les joues sont creusées, les pommettes saillantes et rouges, les traits tirés. Epuisés par la suppuration, les malades finissent par mourir dans le marasme.

Le traitement doit donc être très énergique dès le début. Le débridement de la plaie, les bains locaux, les pulvérisations antiseptiques, les incisions, les larges drainages, tout doit entrer en jeu pour détruire sur place les éléments microbiens. Il faudra même, dans les cas graves, se résoudre à l’amputation.

On combattra l’infection par les injections intra-veineuses de sérum ou de collargol à i pour ioo à la dose de io à i5 centimètres cubes.

Le collargol a pour effet de paralyser le développement des microbes pathogènes et d’empêcher leur multiplication. On obtient ces résultats avec des solutions très diluées, même a i pour 2000. Pour détruire les germes infectieux, il faut des solutions plus fortes, à i pour ioo et i pour 5o. Le collargol

Fig. 3. — Septicémie aiguë.

( D’après M. Jeannel.)

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contient 80 pour ioo d’argent à l’état colloïdal; il est soluble

dans 20 parties d’eau distillée.

Introduit dans l’organisme, il commence par abaisser le nombre des globules blancs, mais cet effet est de peu de durée ; le chiffre des leucocytes augmente très rapidement d’une façon considérable, au bout de 6 à 8 heures, après une injection intra-veineuse, pour atteindre son maximum à la 24e heure, et diminuer ensuite.

En dehors de cette action sur les globules blancs, le collargol, argent colloïdal, augmente les oxydations et détruit les toxines microbiennes.

Son action est de peu de durée ; 8 à io heures après l’injection, on n’en trouve que des traces dans le sang. Il s’accumule dans les viscères, principalement dans le foie, et n’est éliminé que très tardivement, surtout par l’intestin grêle.

Le collargol est donc un agent puissant pour combattre les infections. Il peut être utilisé à doses souvent répétées, sans aucun inconvénient.

On peut l’administrer par voie cutanée, buccale, rectale ou veineuse.

Voie cutanée. — L’absorption par cette voie se fait assez lentement. On se servira d’un onguent à base d’axonge benzoïnée, ou de vaseline contenant 2 à 3 grammes de collargol par friction ; chez l’enfant, i gramme suffira. La peau bien nettoyée, on fera la friction sur l’abdomen, si on n’a pas de raisons pour préférer une région quelconque, durant un quart d’heure environ. On pourra la recommencer de 3 à 4 fois dans les 24 heures.

Voie buccale. — On pourra prescrire le collargol sous forme de pilules de 5 centigrammes à la dose de 10 à 20 par jour pour les adultes, de 5 à io pour les enfants.

Voie rectale. — Comme pour toute médication introduite par cette voie, on donnera un lavement évacuateur auparavant, puis, quand ce dernier aura produit son effet, on fera une irrigation d'environ 1 litre de sérum tiède. Un quart

ACCIDENTS LOCAUX ET GENERAUX

d’heure plus tard, on injectera 5o à ioo centimètres cubes d’une solution aqueuse de collargol à 5 pour ioo, additionnée de VIII à X gouttes de laudanum, si le sujet garde difficilement ces lavements. Ceux-ci sont très rapidement absorbés, en une ou deux heures.

On pourrait également prescrire des suppositoires contenant 5o centigrammes à i gramme de collargol.

Voie veineuse. — L’injection intra-veineuse est la méthode la plus rapide et la plus active de l’administration du collargol, mais aussi la plus délicate. Le sujet sera préparé comme pour une injection intra-veineuse ordinaire : nettoyage du bras ou de la jambe, suivant qu’on adopte la céphalique ou la saphène; lien à la racine du membre pour interrompre la circulation veineuse sans gêner la circulation artérielle; découverte de la veine; introduction et fixation de la canule. Du sang s’écoule alors par cette dernière.

On se servira de la solution aqueuse à 2 pour ioo, dont on aura préalablement vérifié la fraîcheur. Pour ce faire, on versera quelques gouttes de la solution, qui doit avoir été conservée dans des flacons bleus ou jaune foncé, dans de l’eau distillée. Si le liquide prend une couleur jaune et reste clair, la solution peut être employée sans crainte; s’il devient gris et trouble en formant un précipité, il faudra la rejeter.

Après avoir rempli la seringue préalablement stérilisée de 5 à i5 centimètres cubes d’une solution à 2 pour ioo, on évacue les bulles d’air en poussant le piston, et on ajuste la seringue à la canule, fixée sur la veine. On relâche alors le lien constricteur du membre, et on injecte le contenu de la seringue, très lentement, en s’arrêtant de temps en temps, pour ne pas faire une injection massive qui pourrait déterminer de la suffocation.

L’injection faite, on enlève la canule, et on fait un pansement local.

Si la première injection n’a pas produit d’effet au bout de 8 à io heures, on en refera une seconde le lendemain.

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX

La lutte devra néanmoins continuer sur tous les terrains. On favorisera la diurèse par le lait et la lactose.

Les intestins seront évacués le plus tôt possible. On donnera le matin à jeun un cachet de :

Calomel ) __

c „ - aa o er. 5o.

Scammonee ) 6

Les purgatifs agissent en déshydratant les tissus et en les rendant plus ou moins œdémateux; la plaie se dessèche également et résiste mieux à l’infection.

La fièvre sera combattue par la quinine, à la dose de 3o à 6o centigrammes, trois fois par jour.

On alimentera le malade toutes les deux ou trois heures.

On relèvera le myocarde par des injections quotidiennes de 2 à 3 centimètres cubes de :

Sulfate neutre de strychnine o gr. oi

Ergotine Ivon 2 gr-

Eau distillée et stérilisée io gr.

L air de la chambre sera renouvelé souvent; il sera bon de faire des vaporisations d’eau bouillante dans laquelle on aura \ersé une cuillerée à soupe de la solution suivante :

Eucalyptol

Teinture de tolu .

Teinture de benjoin .

2 grammes, ââ 5o —

Infection purulente. — Dans la septicémie, ce sont les toxines seules qui empoisonnent le sang et déterminent l’infection de l’organisme.

Dans l’infection purulente, ce sont les micro-organismes euxmemes qui pénètrent dans la circulation pour aller déterminer ailleurs de nouveaux foyers.

Telle est 1 explication admise aujourd’hui par tous de cette œ outable complication que les anciens chirurgiens avaient c erc é à expliquer par des théories diverses (métastase, lesorption purulente, intravasation sanguine, phlébite).

ette infection autrefois si meurtrière a à peu près disparu e nos opitaux, grâce à l’asepsie rigoureuse des plaies chi-

A C Cl DF N TS LO CA UX E T GENERA UX.

rurgicales et à l’antisepsie des plaies supputées. Aussi seronsnous bref à son sujet. Elle s’observe chez des sujets affaiblis, opérés dans de mauvaises conditions et dont les plaies bourgeonnent mal.

Toutes les descriptions de la pyohémie relatent un début brusque par un frisson violent, ressemblant à l’accès paludéen.

et s’accompagnant d’une ascension thermique considérable (voir fig. 4).

Du côté de la plaie on note des modifications inquiétantes : aspect blafard, sérosité louche, odeur particulière.

L’affection évolue par accès irréguliers, s’accompagnant d’altérations graves de l’état général, coïncidant avec la formation d’abcès métastatiques dans le poumon, les articulations, le foie, le tissu cellulaire, etc.

Le traitement doit être très énergique. On ne devra pas abandonner le malade en déclarant toute médication impuissante. Il faudra, au contraire, empêcher l’absorption de nouveaux micro-organismes par une désinfection rigoureuse de la plaie, ou même une amputation, relever l’état général pour permettre au malade de mieux lutter contre 1 infection, favoriser l’élimination des poisons par la peau, 1 intestin et les teins.

Gangrène gazeuse. — La gangrène gazeuse a pu être autrefois, dans certains milieux, une complication post-opé-

A CCIDEN T S LO CA UX E T GÉNÉRA UX. j5

ratoire. Elle sévissait sur les champs de bataille, à l’occasion de la moindre plaie. Les amputés lui payaient un large tribu, et bien des plaies opératoires étaient facilement inoculées par les instruments ou les mains du chirurgien. Dans la pratique civile, nous ne l’observons plus qu’à titre exceptionnel, et, encore, s’agit-il toujours de blessures septiques, souillées antérieurement à l’intervention par le vibrion septique qui continue à évoluer. Aussi serons-nous bref sur cette infection qui est plutôt une complication des traumatismes qu’une complication opératoire et dont l’histoire est admirablement décrite dans tous les traités de chirurgie générale.

Nous ne rappellerons que la marche foudroyante de l’affection caractérisée par les douleurs locales, l’œdème bronzé, l’emphysème et un état général rapidement adynamique (faciès terreux, dyspnée, pouls rapide, fièvre, etc.).

Le diagnostic posé, il faut agir au plus vite. Au début, dans les premières heures, on peut encore espérer, par l’ouverture large du foyer et les injections profondes d’eau oxygénée à distance du foyer, enrayer la marche envahissante. Plus tard, il faudia recourir à 1 amputation, en se gardant bien de fermer le moignon qu’on recouvrira de compresses imbibées d’eau oxygénée diluée.

Erysipèle. L’érysipèle est une affection générale, fébrile, a point de départ dans une solution de continuité de la peau, chirurgicale ou non, grâce à laquelle le streptocoque pénètre dans l’organisme en déterminant des altérations locales particulières. Toute plaie opératoire est donc exposée à se compliquer d’érysipèle.

Le début de 1 affection avec fièvre et frissons, l’aspect caractéristique de la plaque érysipélateuse, les phénomènes génélaux qui 1 accompagnent sont suffisamment connus pour nous dispenser de la description classique que relatent tous les traités de chirurgie auxquels nous nous contenterons de renvoyer le lecteur.

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX

Quand on voit survenir une plaque érysipélateuse sur une plaie opératoire, il faut tout d’abord isoler le malade, faire des applications de compresses humides sur la plaie et combattre la réaction générale par la quinine, les bains, etc.

On a dernièrement conseillé (K. Bohland, Mlle G. Ehrenberg) de faire sur la plaque érysipélateuse des applications de pommade au chlorure de chaux à 5 pour 100. Sous leur influence on verrait la fièvre tomber dès le deuxième ou troisième jour.

Tétanos. — Nous ne rappellerons ici ni les théories pathogéniques diverses du tétanos, ni les données bactériologiques bien connues aujourd’hui. Qu’il nous suffise d’avoir toujours présent à l’esprit, surtout lorsque nous opérons en dehors d’une salle d’opérations rigoureusement aseptique, que le bacille de Nicolaïer peut non seulement souiller les blessures traumatiques, mais encore les plaies chirurgicales. Nous pourrions en rappeler de nombreux faits, si nous ne craignions d’être entraîné trop avant dans l’histoire de cette complication qui, à la vérité, est exceptionnelle après les interventions actuelles. Richardson (*), cependant, la signalait encore tout dernièrement.

En dehors de ces faits, il est des cas où l’on voit le tétanos se déclarer après des interventions où, tous les soins d’asepsie ayant été rigoureusement pris, il est difficile d’incriminer une infection opératoire directe. C’est ainsi qu’on l’a vu survenir après des opérations sur les régions ano-rectales, intestinales, génitales. Il faudra se rappeler, alors, que le tétanos peut avoir une origine intestinale, et que toute plaie en contact avec le tractus intestinal peut de ce fait même être inoculée.

Le tétanos survient dans la majorité des cas quelques jours après l’opération. Dès le début, on observe des modifications du côté de la plaie (douleurs locales, spasmes des muscles voisins, soubresauts des tendons), et des phénomènes géné-

1. Richardson. Tétanos consécutif aux opérations chirurgicales. Britisli medical Journal, 1909, n° 2520, 17 avril.

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raux graves (anorexie, céphalée, etc.). Puis le tétanos éclate classique par du trismus, du rire sardonique, des crises de contractures générales, etc.

L’évolution est variable suivant l’intensité de l’infection.

Toutes les formes décrites peuvent s’observer et le pronostic reste subordonné à la virulence des toxines.

Dès que le diagnostic est posé, il faut tout mettre en œuvre pour combattre le tétanos. Certes, nous ne possédons encore à l’heure actuelle aucun remède vraiment curatif du tétanos déclaré, mais comme, parmi les traitements institués, plusieurs ont donné des guérisons, nous devrons toujours y recourir.

SHOCK POST-OPÉRATOIRE

Nous voyons parfois, après une opération un peu longue, faite dans de mauvaises conditions, le malade tomber dans un état de dépression générale, immédiatement très inquiétant. La respiration est superficielle, irrégulière. Le pouls est petit, rapide. La température descend au-dessous de la normale. Les extrémités se refroidissent. Les sphincters se relâchent, et on assiste, en moins de vingt-quatre heures, au déficit de toutes les fonctions, sans pouvoir localiser l’affection qui semble emporter le malade.

Shock, disent les uns; collapsus, affirment les autres. Et sans vouloir trancher entre ces deux termes, dont le premier résulterait, d’après Crile ('), de l’épuisement des centres vasomoteurs, le second de l’inhibition de ces mêmes centres ou 'd’une perte de sang plus ou moins considérable, nous étudierons les raisons de cet état, et les moyens dont nous pouvons disposer pour sauver le malade.

Le principal facteur dans la production du shock est une chute de la pression sanguine générale. Sous l’influence d’une

i. Crile. Surgical Shock. Journal of Amer. med. yLsoc., 17 juin 1905, et The Boston medical and surgical Journal, 1908, t. CLV1II, n° 16, 25 juin.

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX

irritation des extrémités périphériques des nerfs sensitifs ou sympathiques, il se produit une chute de la pression générale, et une accumulation de sang dans le système porte.

Nous savons que toute chute dans la pression sanguine tend à être rectifiée immédiatement par le système vaso-moteur, puis, quand ce système devient insuffisant, par l’intermédiaire du centre cardiaque accélérateur. Quand celui-ci ne suffit plus, il se produit une chute générale de la pression.

L'anesthésie de longue durée, la prolongation de l’opération, l’hémorragie opératoire, les tractions sur les pédicules des tumeurs, les manipulations malencontreuses, les fautes d’asepsie, sont des éléments qui favorisent pleinement l’apparition du shock.

Les opérations sur l’abdomen, l’appareil génital mâle y exposent davantage, ainsi que les interventions sur l’estomac, le pylore et le duodénum. Aux membres, le shock est d’autant plus menaçant que la région opérée est plus riche en terminaisons nerveuses.

Nos opérés sont aujourd’hui moins exposés au shock qu’autrefois. Quand nos malades sont dans de mauvaises conditions, nous savons mieux les préparer à l’opération, nous savons mieux aussi administrer les anesthésiques et nos techniques opératoires se sont perfectionnées.

Le shock déclaré, il nous faut intervenir activement et judicieusement, car de notre thérapeutique dépendra souvent le sort du malade.

On placera le malade la tête basse, les pieds du lit étant légèrement surélevés.

On lui bandera l’abdomen, sans toutefois gêner sa respiration. Les membres seront entourés de bandages de flanelle. On le réchauffera à l’aide de boules, en ayant soin de ne pas le faire transpirer.

Puis on réglera la médication active, sans vouloir tout administrer à la fois. Il faut évidemment ne pas perdre de temps, mais surtout être méthodique.

Dans les moments de trop grande gêne respiratoire, on fera faire des inhalations d’oxygène.

Dans la prescription des stimulants il faudra se rappeler que plusieurs d’entre eux (whisky, nitroglycérine, strychnine) augmentent le shockau lieu de le diminuer; car si la strychnine par exemple relève le pouls pour un temps, elle le fait en stimulant les centres nerveux déjà épuisés et, une fois l’effet de la strychnine passé, les centres n’en seront qu’épuisés d’autant. En outre, ces stimulants ne sont souvent pas éliminés et peuvent produire un très mauvais résultat. Ce sont là des faits que Crile a démontrés expérimentalement.

L’adrénaline relève la pression sanguine, indépendamment des centres vaso-moteurs. Les Américains l’ont beaucoup conseillée en injections, mais ses effets sont passagers.

Le meilleur moyen que nous ayions de relever la pression est l’injection intra-veineuse de sérum. Le liquide sera injecté lentement, à la température du sang et en petite quantité (5oo gr.). L’injection sera renouvelée toutes les demi-heures jusqu’à ce qu’on observe le relèvement du pouls. Si le liquide a été injecté trop rapidement on pourra observer de la dyspnée (il faut en moyenne n’injecter que 5oo gr. en io minutes). Dans ce cas on suspendra l’injection jusqu’à ce que la respiration soit devenue régulière et on la continuera plus lentement.

Les injections sous-cutanées sont plus douloureuses et d’un effet moins rapide et moins sûr.

Dans les cas graves, on pourra faire des applications chaudes et froides alternatives sur la région précordiale, de la respiration artificielle; on a même conseillé la faradisation des nerfs phréniques.

L’alimentation devra être reprise le plus tôt possible et au besoin on utilisera la voie rectale.

cVo

HÉMORRAGIES POST-OPÉRATOIRES

Une hémorragie peut survenir à la suite d’une opération, immédiatement, dans les 24 heures ou plus tardivement, le 6e ou le 7e jour.

iü L’hémorragie immédiate est toujours due à une négligence opératoire, car elle n’est que la manifestation d’une hémostase insuffisante. Tant que quelque chose saigne, on ne doit pas abandonner le malade. Un simple suintement pourra n’être que de peu d’importance. Mais s’il persiste ou augmente on verra petit à petit s’affirmer des signes qui commandent d’intervenir de nouveau immédiatement pour lier le vaisseau qui saigne. Dès son réveil, le malade sera agité, tourmenté par une soif intense ; la respiration sera haletante; ses lèvres resteront blanches, exsangues et il aura de la peine à se réchauffer.

20 L'hémorragie primaire se présente avec un aspect différent. L’opération s’est terminée sans suintement d’aucune sorte, l’hémostase semblant parfaite. Néanmoins, quelques heures après que le malade a été transporté dans son lit, on est rappelé d’urgence auprès de lui pour des symptômes alarmants qui traduisent bien l’hémorragie : agitation, pâleur de la face, refroidissement des extrémités, sueurs profuses, petitesse du pouls. Quelquefois il vient de tomber en syncope. La température peut être assez élevée pour en imposer pour de l’infection. Elle est due à la résorption sanguine. Si on découvre le pansement on le trouve inondé de sang; quelquefois même, les draps sont souillés. S’il s’agit d’une intervention abdominale, on trouve à l’examen les signes classiques d’un épanchement interne. Dans un troisième ordre de faits, on trouve une hématome plus ou moins diffus. Sans perdre de temps nous devons encore ici ouvrir la plaie et chercher la cause de l’hémorragie.

Nous la trouverons souvent dans le glissement ou le relà-

chement d’un fil, dans une résorption trop rapide du catgut, dans une plaie artérielle qui ne révèle ainsi sa présence qu’après le réveil, au moment où la pression sanguine se relève, dans le déplacement d’un caillot cicatriciel facilité par les mouvements du malade.

Dans des cas tout à fait exceptionnels on peut trouver d’autres causes à l’hémorragie. Newman Dorland (‘) raconte l’histoire d'une malade opérée d’un gros kyste de l’ovaire dont le pédicule avait été facile à lier. Quelques heures après l’opération on constata des signes d’hémorragie interne. On rouvrit le ventre, mais la malade mourut au moment où l’on constatait que l’hémorragie provenait de la rupture d’une veine située à près de 8 centimètres en dehors de la ligature qui était intacte.

Cette rupture des veines du plexus pampiniforme est facilitée, d après Dorland, par la stase temporaire de la circulation pelvienne après la ligature des vaisseaux, par la chute de la pression qu on observe après l’ablation des grosses tumeurs pelviennes et qui impose un travail supplémentaire aux veines pelviennes déjà amincies pendant le développement de la tumeur.

Quand on ne trouve pas la source de l’hémorragie, on tiendra le malade au repos absolu en appliquant de la glace sur la région qui saigne. On lui fera une injection de morphine pour abaisser la pression sanguine et on cherchera surtout si la répétition de l’hémorragie n’est pas sous la dépendance

d’un état général prédisposant, hémophilie, leucocythémie ou ictère.

L' hémophilie , quoique rare dans nos pays, est cependant parfois la cause d’hémorragies post-opératoires. Qu’on admette a dégénérescence des parois vasculaires (théorie vasculaire) ou la diminution de la coagulabilité (théorie sanguine), l’hémor-

i. Newman Dorland. American med. Assoc t *907, P- *658. ’

XLVIII, n° 20,

18 mai

mercadé.

Su

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX

ragie de cet ordre résiste aux moyens ordinaires et nécessite un traitement spécial.

Il semble bien qu’on doive, au point de vue du traitement, distinguer les hémophilies primitives et les hémophilies secondaires, symptomatiques. Les premières sont traitées avec succès par la sérothérapie. L’injection intra-veineuse de io à 20 c. c. de sérum frais humain, de cheval ou de lapin, suffit pour arrêter l’hémorragie. En injection sous-cutanée il faut employer 3o à 40 c.c. On renouvellera l’injection deux jours après s’il est nécessaire. Chez les enfants on utilisera des doses moitié moins fortes.

L’injection de sérum artificiel aurait, d’après M. Tuffier(‘), la même action anticoagulante chez les hémophiles.

L’action du sérum antidiphtérique qu’on a assimilé aux autres sérums serait moins efficace. M. Mauclaire (*), avant d’inciser une parotidite double chez un hémophile, injecta plusieurs centimètres cubes de sérum antidiphtérique ; malgré l’injection il se produisit une hémorragie foudroyante qui détermina la mort en quelques heures.

Dans les hémophilies secondaires, symptomatiques de purpura, brightisme, scorbut, anémie pernicieuse, leucémie, artério-sclérose, etc., la sérothérapie est impuissante. Il faudra recourir à l’eau antipyrinée, à l’eau oxygénée, au perchlorure de fer, à la ferripyrine, à l’adrénaline et à tous les autres hémostatiques.

Ce qu’il faut retenir, c’est que, chez un hémophile, on ne devra entreprendre une intervention chirurgicale qu’en cas d’urgence absolue.

On a beaucoup conseillé, pour combattre l'absence ou la diminution des sels de calcium qui sont la cause du retard de la coagulation du sang, d’administrer ces sels à haute dose. Mayo Robson en prescrit 4 grammes environ 3 fois par jour par la voie rectale jusqu’à ce que tout suintement ait cessé.

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