‹ La période post-opératoire, soins, suites et accidentsChapitre 75 sur 299 · TROUBLES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES PSYCHIQUES

L’état mental subit parfois, après une intervention chirurgicale et chez certains sujets prédisposés, des modifications d’une certaine gravité. Dans la majorité des cas, il s’agit de simples bizarreries de caractère vite dissipées; le sujet non convaincu du succès de l’intervention à laquelle il s’est soumis craint qu’on ne soit obligé de recommencer; il redoute une nouvelle opération, comme si elle devait être fatale: n’ayant nullement souffert, il s’imagine qu’il est impossible qu’on l’ait guéri à si bon compte. Dans certains cas, c’est le doute sur l’exécution même de l’opération, qui obsède le malade. Connaissant toujours à peine le chirurgien qui l’a opéré, le malade, nerveux et suspicieux, se figure qu’on l’a trompé, et il se demande avec anxiété si l’opération a été réellement exécutée.

Certains malades qu’on opère des parties génitales subissent, à la suite de l’opération, de véritables crises de neurasthénie. Ils se figurent amoindris, diminués, et deviennent de véritables hypocondriaques. Certaines femmes tombent, après la castration, dans des états semblables.

Parfois l’amputation d’un membre, ou d’un segment de membre, détermine des modifications psychiques telles que le malade n’ose plus se montrer; honteux de son infirmité, il se figure être le point de mire de tout le monde.

Tous ces phénomènes doivent être traités par la persuasion patiente que le médecin exercera sans répit.

Malheureusement, les troubles psychiques sont, dans certains cas, plus graves encore. Il s’agit de véritable folie postopératoire, sur la nature de laquelle nous ne sommes pas encore très fixés. On a rapporté ces cas, comme nous l’avons

ACCIDENTS LOCAUX ET GENERAUX

vu (*), à l’action de l’anesthésique sur le système nerveux central, cà l’infection ou à d’autres facteurs. Leurs manifestations sont multiples et variées. Leur traitement relève uniquement de la neuropathologie.

CI CA TRICES

Les cicatrices post-opératoires sont loin d’être toujours régulières. Malgré le soin apporté à la suture et à l’affrontement des lèvres, on voit parfois se développer ultérieurement sui la cicatnce, des altérations plus ou moins étendues, qui donnent à la plaie un aspect nouveau.

Nous ne nous occuperons pas des cicatrices obtenues par seconde intention après toute plaie suppurée ; elles affectent une forme et une disposition spéciales, suivant le siège de la lésion, la longueur de la suppuration et la direction des pansements.

La cicatrisation par première intention est au contraire îégulièie, linéaire, dans la généralité des cas. Mais, secondairement peuvent se produire à son niveau des modifications que nous devons signaler.

Il en est d’exceptionnelles. C’est ainsi que notre ami Lecene (s) vit se développer, deux ans après une gastro-entérostomie pour ulcère de l’estomac, une plaque d'ossification en lorme de demi-anneau, au niveau de la cicatrice. Le malade souffrait après les. repas et avait des vomissements répétés.

ablation de la cicatrice mit un terme aux souffrances du malade.

Il en est d’autres plus connues, ce sont les douleurs, les cneloi'des et les cancers.

Douleurs. Les cicatrices douloureuses ne sont pas ares. Qu un ou plusieurs filets nerveux se trouvent pincés il se forme dans la cicatrice de petits névromes qui, sans invo-

I# y°ir, Psy choses post-opératoires, p. 2q.

2. Lecene. Ossification dans une cicafriro /?,.// c a du 14 mai 1909. cicatrice. Bull. Soc. Anat. Séance

quer l’état névropathique du sujet, suffisent à expliquer les douleurs. Dans certains cas, ce sont de simples adhérences qui déterminent des tiraillements parfois très pénibles.

Ailleurs, on a rapporté à l’état hygrométrique l’apparition de certaines douleurs qui disparaissent sous la simple application de compresses chaudes ou de liniments calmants.

Les douleurs sont tantôt spontanées, tantôt réveillées par la moindre pression. Le plus souvent légères, elles peuvent parfois déterminer de véritables crises avec irradiations multiples ; dans certains cas même, on a signalé de l’épilepsie vraie.

Le massage a pu, dans quelques cas, diminuer les douleurs. On pourra toujours y avoir recours. Mais il est bien rare qu’on ne soit pas obligé de recourir à l’exérèse chirurgicale qui seule les guérit radicalement.

2° Chéloïdes. '■ — Les chéloïdes sont des altérations des cicatrices, qui apparaissent assez rapidement chez certains sujets et dans des circonstances assez particulières. On les a surtout signalées à la suite d’ablation de ganglions cervicaux. La cicatrice se fait per pi-imam, mais, au bout de 2 à 3 mois environ, la chéloïde débute sur une partie de la cicatrice ou sur toute sa longueur. Si plusieurs sutures ont été faites, la chéloïde peut se développer sur l’une d’elles, en respectant les autres; il faut donc admettre que le développement de cette altération des cicatrices ne tient pas uniquement à une question de terrain. Celui-ci joue cependant un très grand rôle. C’est surtout chez les scrofuleux qu’on voit apparaître les chéloïdes, et Ménard, depuis longtemps, a signalé ce fait.

Nevins Hyde (') a constaté dans certaines chéloïdes la présence de bacilles tuberculeux.

Gougerot (*) a réuni un ensemble de preuves cliniques, his-

1. Nevins IIyde. Journ. of eut. and genito-urin. Diseases, octobre 1897. 1. Gougerot. Gazette des Hôp. (Revue générale), 1906, p. 1170.

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX

tologiques, bactériologiques et expérimentales, en faveur de l’origine tuberculeuse des chéloïdes.

Les chéloïdes sont faciles à reconnaître. Elles se manifestent par une altération d’abord légère de la cicatrice qui devient saillante, légèrement rouge, plus ou moins douloureuse et dure. Cet état persiste plusieurs mois ; il semble que l’altération est permanente, mais en général, elle subit une évolution régressive à partir de la première année.

Si on n’a pas de patience et qu’on veuille recourir à l’exérèse chirurgicale, on verra presque toujours la lésion récidiver très rapidement.

Si au contraire on a le courage d’attendre, on verra la chéloïde disparaître spontanément en 2 ou 3 ans.

On a dernièrement conseillé la radiothérapie (') après exérèse chirurgicale, pour prévenir la récidive. La radiumthérapie aurait également quelques succès à son actif.

Il ne faut pas oublier qu’on reconnaît actuellement aux chéloïdes une origine bacillaire. Aussi le traitement général ne doit-il pas être négligé : les eaux chlorurées sodiques (la Bourboule), l’huile de foie de morue, la suralimentation, doivent être recommandées. Localement, on a obtenu quelques bons résultats avec l’iode, l’emplâtre de Vigo, les scarifications, et parfois la simple compression.

3° Cancers. — La dégénérescence cancéreuse des cicatrices est une forme de récidive bien connue de l’extirpation des cancers cutanés, sous-cutanés, ou viscéraux, et qui n’offre aucun intérêt. Ce n’est pas elle que nous voulons rappeler, mais le développement de tumeurs cancéreuses primitives sur une cicatrice produite pour un acte opératoire tout différent de l’ablation d’un cancer.

Ces faits de dégénérescence cancéreuse d’une cicatrice banale ont été décrits depuis longtemps par Chaintrac. Le cancer se développe sur les cicatrices assez tardivement, en

1. De Beurmann, Noire et Gougerot. Soc. de Dermatologie, 190?.

MERCADlC.

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général, sous la forme d’épithélioma pavimenteux lobule. Il apparaît sous l’aspect d’un noyau localisé en un point de la cicatrice, qui, très rapidement, s’étend et retentit sur les régions ganglionnaires voisines. Dès que le cancer sera reconnu, il faudra le traiter avec toute la rigueur qu’on oppose aux cancers primitifs, et en faire l’exérèse large, sans oublier les territoires lymphatiques.

Tout autre traitement serait illusoire.

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