‹ La période post-opératoire, soins, suites et accidentsChapitre 90 sur 299 · CANCER DES LÈVRES · texte numérisé non relu

CANCER DES LÈVRES

Ce qu’on doit chercher dans le traitement opératoire d’un cancer des lèvres, c’est de faire l’ablation complète du cancer d’abord, de restaurer ensuite la lèvre par une chéiloplastie immédiate ou secondaire.

Le premier point est assez facilement obtenu, aujourd’hui qu’on reconnaît bien ces cancers à leur début, et qu’on les opère avant qu’ils ne soient trop étendus. Les résultats sont assez satisfaisants. Les statistiques de Steiner, Armknecht et Ebel, réunies par Von Bonsdorff au IIe Congrès de la Société internationale de chirurgie (1908), donnent 81,78 pour 100 d’absences de récidives au bout de 3 ans après des opérations complètes avec extirpation [des ganglions. Au même Congrès, Dollinger apporte une statistique de 200 cas avec 70,7 pour 100 de cas sans récidive au bout de 3 ans, et 68,6 pour 100 de non-récidives après 5 ans.

Les suites opératoires sont toujours très simples. Si le cancer était limité, si on a pu faire la chéiloplastie immédiate, la guérison survient en quelques jours. Les soins postopératoires sont analogues à ceux que nous avons décrits pour l’opération du bec-de-lièvre. Les pansements seront refaits et maintenus de la même manière.

Si la restauration de la lèvre n’a pu être faite immédiatement après l’extirpation du cancer, il faudra, jusqu’à la chéiloplastie secondaire, entretenir la plaie absolument aseptique. Par des lavages de la cavité buccale et de la plaie, avec de l’eau chloralée à 1 pour 100, ou oxygénée (1 partie pour 10 d’eau bouillie), on préparera très avantageusement la

région. • ,

Nous ne pouvons envisager ici tous les procédés de cheilo-

CHIRURGIE LINGUALE.

plastie pour lesquels nous renvoyons à l’excellente étude de

MM. Nélaton et Ombrédanne (*).

Ce qui nous intéresse surtout, ce sont les résultats finaux de l’opération, qui sont excellents. La lèvre étant reconstituée, le malade n’est plus gêné pour la préhension des aliments, la mastication et la phonation. Il peut retenir facilement sa salive qui, autrefois, souillait continuellement le menton.

CHIRURGIE LINGUALE

La chirurgie linguale se fait toujours en un milieu plus ou moins septique. La cavité buccale, malgré tous les soins préliminaires (ablation des dents cariées, lavages répétés), demeure après l’opération une cavité infectée, qui nécessite des soins continus. C’est le plus souvent pour un cancer qu’on intervient dans la cavité buccale; le cancer de la langue en est la raison la plus fréquente. L’intervention bien réglée aujourd’hui comprend l’ablation de la tumeur et celle des ganglions. Notre maître, M. Morestin, que nous avons eu la bonne fortune d’aider dans quelques-unes de ces opérations, et qui a acquis dans une chirurgie si ingrate une réelle compétence, attache une très grande importance aux soins postopératoires. Nous l’avons vu souvent laver lui-même les malades, et refaire avec une rare minutie les pansements ultérieurs, pour nous prouver que des soins consécutifs bien dirigés pouvaient sauver des malades que la négligence ou le désintéressement post-opératoires eussent certainement condamnés.

1‘, Nélaton et Ombrédanne. Les Autoplasties. Traité de médecine opératoire et de thérapeutique chirurgicale. Steinheil, édit.

SOINS CONSÉCUTIFS

Au Congrès français de chirurgie de igoi, il insiste encore sur ces soins consécutifs. « Ce sont des opérés, dit-il, dont il « faut s’occuper de très près, si l’on veut obtenir la guérison « opératoire comme terminaison habituelle.

« Pendant les premières vingt-quatre heures, on ne leur donne rien par la bouche.

« Le lendemain de l’opération, le pansement est complètement refait; il est toujours imbibé de sérosité. Le drain carotidien est enlevé.

« Les deux ou trois jours qui suivent, on donne à l’opéré de l’eau bouillie, de petites injections de sérum, et des lavements d’eau pure bouillie (les lavements alimentaires sont complètement inutiles).

« Plusieurs fois par jour la bouche est lavée avec de l’eau bouillie.

« Au bout de cinq à six jours, l’opéré est hors de danger, il entre dans une période dont la durée est variable, pendant laquelle s’oblitère la communication entre la bouche et la région sus-hyoïdienne.

« Il faut de 3 à 6 semaines pour que la cicatrice soit obtenue. Les fils ont été enlevés au 8e ou io1' jour. »

M. Morestin a, depuis, légèrement modifié sa technique. Il a renoncé, nous a-t-il dit, aux lavages de la cavité buccale. Il se contente de déterger la bouche soigneusement, avec des tampons imbibés d’eau bouillie simple, et touche les parties suspectes à la teinture d’iode ou à l’éther.

Il préconise le lever précoce chez ces opérés. Dès que les accidents post-chloroformiques auront cessé, et, sauf complications, le malade sera autorisé à se lever.

Une des grandes difficultés dans le traitement post-opératoire est l’alimentation. Elle a une importance capitale, car ces malades, affaiblis depuis longtemps par la cachexie, aflfai-

CHIRURGIE LINGUALE.

Blis encore par l’intervention qu’ils viennent de subir, ont besoin d’être rapidement remontés. Les lavements nutritifs, les injections de sérum, ont certes une action très efficace, mais rien ne vaut l’alimentation œsophagienne. La sonde devra être introduite par la narine, et laissée à demeure les premiers jours.

S’il est besoin de la remplacer, on le fera avec toutes les précautions nécessaires pour éviter d’introduire malencontreusement dans la trachée, une quantité de liquide qui déterminerait des accidents asphyxiques mortels.

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