‹ La perle noire (volume 2)Chapitre 7 sur 187 · LE LIT · texte numérisé non relu

LE LIT

Après mon fauteuil, en marchant vers le nord, on découvre mon lit, qui est placé au fond de ma chambre, et qui forme la plus agréable perspective : il est situé de la manière la plus heureuse ; les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. — Je les vois, dans les beaux jours d’été, s’avancer 30

le long de la muraille blanche, à mesure que le soleil s’éieve ; les oimes qui sont devant ma fenêtre les divisent de mille manières et les font balancer sur mon lit, couleur de rose et blanc, qui répand de tous côtés une teinte charmante par leur 5 réflexion. — J’entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées du toit de la maison et des autres oiseaux qui habitent les ormes ; alors mille idées riantes occupent mon esprit, et dans l’univers entier personne n’a un réveil aussi agréable, aussi paisible que le mien.

10 J’avoue que j’aime à jouir de ces doux instants et que je prolonge toujours autant qu’il m’est possible le plaisir que je trouve à méditer dans la douce chaleur de mon lit. — Est-il de théâtre qui prête plus à l’imagination, qui réveille de plus tendres idées que le meuble où je m’oublie quelquefois h N’est- 15 ce pas dans le lit qu’une mère, ivre de joie à la naissance d’un fils, oublie ses douleurs ? C’est là que les plaisirs fantastiques, fruits de l’imagination et de l’espérance, viennent nous agiter. — Enfin, c’est dans ce meuble délicieux que nous oublions pendant une moitié de la vie les chagrins de l’autre moitié. — Mais 20 quelle foule de pensées agréables et tristes se pressent à la fois dans mon cerveau !

Un lit nous voit naître et nous voit mourir ; c’est le théâtre varible où le genre humain joue tour à tour des drames intéressants, des farces risibles et des tragédies épouvantables; — 25 c’est un berceau garni de fleurs ; — c’est un sépulcre.

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