CHAPITRE III
Ce que vit Cornélius justifiait bien le cri de Balthazar ! . . . — Le parquet était complètement jonché de papiers de toute sorte, et cette profusion de paperasses s'expliquait à la vue de deux cartons verts arrachés de leur casier de bois, et éventrés sur le tapis. Ajoutez à cela un grand portefeuille de maroquin où Balthazar serrait sa correspondance, ouvert et béant, malg-ré sa serrure d'acier ... et tout à fait vide, après avoir semé çà et là quelques centaines de lettres ! . . .
Mais ce n'était que la plus petite partie du mal. — Devant ce dégât, dont il ne cherchait pas encore à se rendre compte, le premier mouvement de Balthazar fut de courir au secrétaire. Il était forcé ! . . . — La serrure de fer avait pourtant mieux résisté que celle du portefeuille, et le pêne était bravement resté dans la gâche : aussi, dans l'impuissance de l'arracher, avait-il fallu briser le couvercle du secrétaire. Toute la partie du bois adhérente à la serrure était littéralement hachée, déchiquetée, et réduite en charpie ; et la serrure elle-même, détachée de toutes parts, pendait misérablement, avec ses clous tordus et brisés ! — Quant au couvercle arrondi et mobile comme celui de tous les secrétaires à la Tronchin, il était aux trois quarts relevé ; assez pour permettre à la main de fouiller tous les tiroirs et tous les recoins du meuble.
Mais, chose étrange ! ... la plupart des tiroirs que
rien ne protég-eait contre la violence et qui contenaient des valeurs en papier, avaient été respectés par le voleur, et il semblait même qu'il ne se fût pas donné la peine de les ouvrir. Toute son attention s'était portée sur celui qui contenait les pièces d'or et d'argent : quinze cents ducats environ, deux cents florins et le petit coflfre d'acier dont Balthazar avait parlé, rempli de bijoux. — Ce tiroir, arraché de son alvéole, était absolument vide comme si on l'eût retourné ; tout avait disparu : or, argent, bijoux, sans laisser trace ; et, ce qui fut pour Balthazar le coup le plus cruel, c'est qu'ayant ramassé à terre le coffre d'acier, il s'assura qu'il était vide aussi, et que le médaillon avait été pris comme tout le reste ! , . .
Cette perte cruelle, qui l'affectait plus que celle de tout son argent, fit succéder à sa première stupeur un véritable accès de folie. Il ouvrit brusquement la fenêtre qui donnait sur la rue et se mit à crier à pleins poumons: "Au voleur!..." Toute la ville, suivant sa coutume, allait répondre : "Au feu ! " si ce premier cri n'eût attiré une escouade d'agents de police mis en campagne pour constater et réparer les dégâts causés par l'orage. Ils accoururent sous la fenêtre où Balthazar, gesticulant, vociférant, ne sut pas venir à bout de s'expliquer. Toutefois, M. Tricamp, leur chef, vit bien qu'il s'agissait d'objets volés : après avoir invité Balthazar à faire moins de bruit dans l'intérêt de sa cause, il posta deux agents dans la rue, pour surveiller les abords, et pria ces messieurs de l'introduire dans la maison, sans réveiller personne : ce que Cornélius fit incontinent.