‹ La perle noire (volume 3)Chapitre 7 sur 98 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Cornélius ferma brusquement la porte sur lui ; puis les deux jeunes gens s'approchèrent doucement de Cliristiane, qui s'était assise sur son lit et qui regardait devant elle, l'œil fixe, sans larmes cette fois, et tremblant la fièvre de tout son corps.

" Voyons, Christiane, mon enfant, dit Balthazar en essayant de prendre sa main crispée sur le lit, nous voilà seuls maintenant, vous n'êtes plus qu'avec des amis . . . Vous allez parler ?

—Je ne veux pas rester ici! dit Cliristiane d'une voix rauque et sèche, je veux m'en aller . . . laissezmoi m'en aller ! . . . "

Cornélius la fit rasseoir doucement :

" Vous ne pouvez pas sortir, Christiane, vous ne le pouvez pas, sans nous répondre.

—Dites-nous la vérité, reprit Balthazar, je vous •en prie, Christiane, toute la vérité, mon enfant... On ne vous fera rien . . . je vous le jure sur mon honneur ... Je vous pardonnerai, et personne ne le saura . .je vous le jure, Christiane . . .devant Dieu ! . . — Est-ce que vous ne m'entendez pas ? . . .

— Si ! répondit Christiane, qui ne l'écoutait pas . . . Ah ! je ne peux plus pleurer ! Ah ! si je pouvais pleurer ! . . . Faites-moi pleurer ! . . . "

36 LA PEELE NOIRE.

Cornélius regarda son ami d'un air inquiet. Il prit les deux mains brûlantes de la jeune fille, et, les serrant doucement dans les siennes: "Christiane . . . ma fille, lui disait-il avec toute la tendresse possible, il y a miséricorde pour tous, et nous vous aimons trop pour être sans pitié! Écoutez-moi, je vous en prie. Est-ce que vous ne me reconnaissez pas?

—Si," dit Christiane en le regardant.

Et ses yeux devinrent humides.

" Eh bien, je vous aime, moi . . vous le savez bien . . je vous aime de tout mon cœur !

— Ah ! s'écria la jeune fille attendrie et fondant en ^ armes, c'est vous qui dites que j'ai volé !

— Eh bien, non, répondit vivement Cornélius, non ! je ne le dis pas ; non ! je ne le crois pas ! Mais, chère enfant, vous voyez bien qu'il faut m'aider à vous justifier, à trouver le coupable, et pour cela il faut être franche avec moi et tout me dire, tout ! . . .

— Oui, vous êtes bon, vous ! répondit Christiane en pleurant. Vous avez pitié de moi et vous ne croyez pas ce qu'ils disent ! Défendez-moi ! . . . Est-ce que vous ne voyez pas qu'ils sont stupides avec leur vol ? ... Et qu'est-ce que l'on veut que je vole ici ?.. . Est-ce que ce n'est pas tout mon cœur, cette maison ? . . . Est-ce qu'il y a dans ce mur-là, repritelle avec plus d'exaltation en frappant sur la muraille, est-ce qu'il y a une seule pierre que je n'adore pas ? . . . Est-ce que l'on vole sa propre vie et son propre sang ? ... Et dire que ma bonne mère n'est pas là !.. . (C'est le nom qu'elle donnait à madame

Van der Lys.) Ah ! si elle étcait là . . . elle vous ferait rentrer sous terre avec votre vol ! . . . Mais je suis seule, n'est-ce pas ? ... et l'on m'accuse parce que je suis une bohémienne . . . parce que j'ai volé quand j'étais petite ... Et l'on m'appelle voleuse ! . . voleuse ! . . voleuse f . .On m'appelle voleuse ! ! . . "

Elle retomba sur le lit en sanglotant.

Balthazar n'y tint plus : il se mit à genoux devant le lit, et de sa voix la plus humble, la plus suppliante, comme s'il eût été lui-même le coupable :

" Christiane ! ma sœur, ma fille, mon enfant, regarde-moi ! ... Je suis à genoux, tu le vois ! Je te demande pardon de tout le mal que je t'ai fait. On ne dira plus rien, on n'en parlera plus ; c'est fini ! . . . entends-tu ? . . . Mais puisque tu m'aimes ... tu ne veux pas faire mon malheur, n'est-ce pas ? ... tu ne veux pas payer en peines et en tourments tout ce que tu as reçu de bienfaits ? Eh bien, je t'en conjure, si tu sais oîi est mon petit médaillon . . . (Je ne te demande pas où il est, entends-tu?., .je ne veux pas le savoir . . . cela m'est égal . . . ) Mais si tu le sais, toi . . . je t'en supplie, par le nom de ma mère, que tu appelais la tienne, fais que je le retrouve . . .rien que lui . . . Toute ma vie en dépend, et celui qui me l'a pris m'a pris tout mon bonheur . . . Rends-moi mon médaillon ... le veux-tu, dis ?.. . veux-tu me le rendre ?

— Oh ! dit Christiane désespérée, s'il était dans le sang de mes veines, vous l'auriez dtgù, ! . . .

— Christiane ! . . .

— Mais je ne l'ai pas ! . . .je ne l'ai pas ! . . .je ne l'ai pas ! — dit-elle en se tordant les mains.

Balthazar exaspéré se redressa d'un bond : " Mais, malheureuse ! . . . " Cornélius l'arrêta ... et Christiane porta ses deux mains à son front. "Ah! dit-elle en riant, quand je serai devenue folle ... ce sera fini, n'est-ce pas ? "

Et elle s'affaissa sur elle-même, épuisée, en cachant son visag-e, comme décidée à ne plus répondre.

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