LES ROUTES COMMERCIALES
Les routes, en Orient, ne sont que des chemins muletiers, plus où moins larges, plus ou moins battus par le sabot des bêtes de somme; mais, comme partout, ils franchissent les montagnes par les passes les moins élevées ; après avoir servi aux relations commerciales, ils furent les voies d’invasion et servirent au transport des troupes, en cas d’expédition militaire (3); il est donc important, pour l’histoire, de les connaître.
Quand, en partant de la vallée du Tigre anciennement civie fisée, il s’agit de faire l’ascension du plateau de la Médie, la route remonte d’abord la vallée de la Diyâla. Aujourd’hui, c’est Bagdad qui est le point de départ; autrefois, c'était Séleucie, mais le chemin est toujours le même; que ce soient de lentes caravanes ou des automobiles à l’allure rapide, la route passe par les mêmes endroits. Jadis, la première station était Artemita, dont il faut chercher l’emplacement aux ruines actuelles de Kuruster, près de Ba‘koûbâ, non loin de Qyzyl- Robât; puis on arrivait à Chala, chef-lieu du district de. Chalonitis, actuellement Holwäân; c’est à partir de ce point
(4) XXVI, t I, p. 38.
(2) FrÉDÉRIc ! oussaY, X,t. XX VI, p. ‘45 et suiv.
G) « Les grandes routes commerciales demeurent, depuis lorigine de la civilisation, les grandes routes de guerre. » [R. P. H. LAMMENS, La Mecque | à la veille de l’hégire (Mélanges de l’Université Saint-Joseph, t. 1X, p. 107), Beyrouth, 1924]. :
Pr Aigues
Fra
que l’on commence à gravir les pentes des monts Zagros, qui portent le nom de Poucht-i Koûüh, «le dos de la montagne »; on
. quittait alors la Diyâla pour atteindre la haute vallée de la Kerkha en traversant la province de Kambadène, dont la capitale Baotana est, soit Kirmânchäh, soit un site plus
rapproché de la montagne de Bisoutoûn, célèbre par les monuments qui y ont été sculptés. On passait à Konkobar, aujourd’hui Kongavar, où se voient les traces d’un temple d’Artémis; de là on atteignait Hamadan, l’ancienne Ecbatane. On était alors arrivé sur le plateau, et diverses routes rayonnaient autour de ce point.
Hamadan était relié à la Susiane par des routes qui, partant de Dizfoul au pied des montagnes des Bakhtiyäri, se diri-
gaient au nord vers Khorrem-Âbâd et Boroudjird.
3 De Bender-‘Abbâs, qui jusqu’à la fin du xvie siècle s’est
appelé Gomroûn, on suit la plaine jusqu’à Dârâbgird, où l’on trouve encore des palmiers ; puis, de là, deux chemins fran-
chissent les montagnes, l’un au nord par le lac Bakhtégân appelé aussi lac de Niriz, et l’autre par Fasâ et le lac salé de
| Mahlouya; tous les deux aboutissent à Chirâz. En continuant
au delà, on entre dans la vallée du Poivâr où se trouvent les ruines de Persépolis, et l’on remonte ainsi jusqu’à Yezdkhäst pour aboutir à Ispahan.
De Réï, l’ancienne Rhagès, remplacée aujourd’hui par
| Téhéran, on se rend dans l'Adherbaïdjan par une route facile,
| presque toute en plaine, par Qazwin. De cette dernière ville, une voie se détache au nord pour emprunter la vallée du | Safid-Roûd, « le fleuve blanc », passe à Roûdbâr pour aboutir dans le Gilân, à Lähidjän; actuellement elle se dirige sur | Recht d’où il est aisé d’aller s’embarquer à Enzéli, sur la mer Caspienne.
Pour venir du Khorasân, une route conduit de Mèchehed à Niîchäâpoûr et contourne au sud le pied de l’Albourz, par Dâméghân et Semnäân; de là, des sentiers de montagne fran-
chissent les crêtes pour descendre au niveau de la mer, dans le Tabaristan.
L’Iran est séparé de l’Inde par les chaînes des monts Suléimân. Pour les franchir, on a utilisé et l’on utilise encore la vallée de la rivière de Kâboul, qui les termine au nord; trois chemins permettent de descendre à Péchâwer sur l’Indus, mais le plus fréquenté, le plus court et le plus commode, est celui qui franchit la passe de Khaïber; c’est par là que sont passés les conquérants de l’Inde, Bâbour (prononciation exacte du nom lu jadis Baber), fondateur de Pempire des Grands Mogols, Nâdir-Châh qui délivra la Perse de la domination afghane; c’est cette route qu’ont remontée les troupes anglaises lors des campagnes en Afghanistan. Du plateau que forme ce dernier pays on peut franchir l’Hindou-Kouch pour gagner, par Bâmiyân, Bactres (Balkh), dans la vallée du haut Oxus; il y a, il est vrai, six passes, mais quelques-unes ne sauraient être franchies que par des piétons (1).
t Telles sont les principales voies d'accès; le pays, d’ailleurs, presque entièrement montagneux, est sillonné de sentiers du même genre, maïs ceux-ci ne servent guère qu'aux relations locales et n’ont pas d’intérêt général. Ce qu’il importait de déterminer, ce sont les routes de pénétration dont s'est servi le commerce international avant la découverte du Cap de Bonne-Espérance et qu’utilisèrent les armées des conquérants.