‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 9 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

- Le pays que nous appelons communément Perse est un État créé à la fin du xvin siècle par la dynastie des Qadijar, d’origine turcomane, qui y règne encore aujourd’hui. Il n'embrasse qu’une partie de ce qui fut, au cours des siècles, l'Iran (expression conservée comme son appellation officielle en langue persane), et qui comprend, en outre de l’État enfermé dans les limites fixées par les traités, un certain nombre de provinces qui en ont été détachées par des événements historiques, tels que l’Afghanistan, le Béloutchistan dans le sud-est, les plateaux du Pamir dans l’est, le Chirwan au nord. On yÿ parle, on y comprend et on y écrit, à l’époque actuelle, une langue littéraire, le persan, à côté de laquelle ont survécu des dialectes locaux qui vivent surtout dans les régions échappant à l’action politique du pouvoir central, et constituant des Etats séparés, comme l'Afghanistan et le Béloutchistan, ou des provinces naguère soumises à la Russie, P. À 1

comme Ja république de l’'Adherbaïdjan, un moment indépendante et de nouveau asservie.

Cette vaste contrée de l’Iran s'étend, en Asie, depuis les sommets de la chaîne des monts Zagros à l’ouest jusqu’aux monts Suléiman à l’est; elle est bornée au sud par le golfe Persique, et au nord par la Transcaucasie, la mer Caspienne et le fleuve Oxus ou Amoû-Deryä jusqu’à sa source. Entre les vallées du Tigre et de l’Euphrate d’un côté, de lPIndus de VPautre, s'élève un immense plateau de forme trapézoïdale, entouré de tous côtés par de hautes chaînes de montagnes. Au nord, la chaîne de l’Albourz (Haré-Berezaiti) qui se sépare des monts d'Arménie en contournant la Caspienne, et dont le point culminant est la masse volcanique du Démawend (5500 mètres); elle va rejoindre, par le Koüh-i Bâbä couvert de neiges éternelles (5146 mètres), l’Hindou-Kouch (Paropamise) qui se termine à l'Himalaya; au sud, les montagnes du Kurdistan (Zagros) qui prennent ensuite la direction de lest, parallèlement à la côte de l’océan Indien, jusque vers l’embouchure de lIndus. Ce plateau se termine à l’est par les trois chaînes parallèles des monts Suléiman, courant du nord au sud. Sa surface est de 2 600 000 kilomètres carrés; la plus grande moitié, 16500090 kilomètres carrés, forme le territoire de la Perse politique actuelle. Ce plateau est très élevé, et descend en pente douce vers le nord. Kirman est à lPaltitude de 5530 pieds anglais, Chirâz à 5100, Téhéran à 4142, Mechehèd à 3465, Tébriz à plus de 4000 ; Ispahan et Yezd sont à des altitudes équivalentes. Le centre du plateau est occupé par un vaste désert, énorme dépression beaucoup plus basse que les contrées habitées qui l’entourent, mais s’élevant encore à environ 2000 pieds au-dessus du niveau moyen des mers.

Au point de vue géologique, les chaînes du sud et de l’est forment un seul système caractérisé par le calcaire à nummulites (âge tertiaire primitif); au Zagros, on rencontre le granit dans le voisinage du lac d'Ourmia; la masse de PAlvend

(3440 mètres) surplombe Hamadan. Dans l’ang'e nord-ouest, nous trouvons des masses volcaniques, volcans éteints, comme le Savalan (4813 mètres) au-dessus d’Ardébil.

Le plateau se compose de vallées comblées, sur une hauteur considérable, par des alluvions uniformément composées, dans les couches profondes, d’un mélange compact de galets roulés, de sable et de terre, au travers duquel on peut creuser, sans l’aide de blindages, des puits et des galeries souterraines. Il semble en résulter que ce plateau a été submergé antérieurement à la période quaternaire (1).

Le climat de cette région est extraordinairement sec; le désert central est le point le plus sec de la terre; les hautes montagnes

arrêtent les nuages. À Téhéran et à Mèchehèd, il ne tombe

annuellement que 9 pouces 30 d’eau, moins encore à Ispahan et à Djask; Bouchire, au bord de la mer, s'élève à peine à 11 pouces. Les nuages poussés par le vent du nord sont arrêtés par l’Albourz; il en passe très peu au delà; aussi le Mazandérân et le Gilân sont-ils fortement arrosés par des plui:s abondantes etoffrent-ils à la vue des forêts magnifiques, tandis que le plateau qui s’étend de Téhéran à Ispahan reste aride et ne jouit que de quelques pluies printanières.

Mais l'irrigation artificielle des terrains s’y est, de temps

immémorial, merveilleusement développée. Les sources sont

captées dans les montagnes et les ruisseaux qui en proviennent sont amenés aux terrains cultivables par des canaux souterrains appelés aujourd’hui qan6!, mot arabe qui a supplanté la vieille expression persane de käriz. De distance en distance, tous les 10 mètres à peu près, sur le sol, sont creusés de grands trous par lesquels on peut s’introduire dans la galerie souterraine pour la nettoyer. Ces conduits sont soigneusement entretenus; s’ils venaient à s’engorger, les villageois, privés d’eau, seraient obligés d’émigrer (2).

. (1) LI bis, t. II, p. 3.

(2) Pozyse (X, 28, $ 3) raconte que les Perses, aux temps où ils conquirent

4 INŸRODUCTION

Ce climat est continental et passe par des alternatives de grand froid et de fortes chaleurs. En hiver, le thermomètre tombe parfois au-dessous de zéro dans es plaines ei plus souvent dans les montagnes; des hommes et «es bêtes meurent - gelés quand ils sont pris dans les tourmentes de neige. Il arrive que dans les hautes régions la neige persiste pendant quatre à cinq mois et empêche les travaux agricoles. En revanche, l’air est très pur et vivifiant. La chaleur de l’été est tempérée par la fraicheur des nuits; aussi, én cette saison, les caravanes préfèrent-elles voyager de nuit. Les villes w’étant pas fori éloignées des montagnes, les citadins émigrent dans les villages des hautes régions pendant la saison chaude et évitent ainsi les inconvénients de la chaleur torride.

* Les vents soufflént, avec une uniformité remarquable, soit du nord-ouest, soit du sud-est; les ch:înes de montagnes, en effet, constituent un couloir relativement étroit qui a précisément cette direction. Les vents d'ouest qui amènent les tempêtes de l'Amérique du Nord, après avoir traversé la Méditerranée, touchent le continent asiatique en Syrie et le traversent dans la direction de la Perse et de l’Inde; ceux qui viennent de l’est naissent dans l’océan Indien et suivent ja voie diamétralement opposée. Pendant l’automné et Phiver, c’est le vent du nord-ouest qui prédomine; au printemps et durant l'été, c’est celui du sud-est. Cependant. il y a des provinces où les vents sont réguliers et soutflent avec force; la contrée où le phénomène est le plus remarquable est le Sistân; dans cette région, on connaît un vent dit des cent vingt jours, qui peut atteindre la vitesse de 72 milles à l’heure. La régularité et la force de ce vent ont fait inventer des moulins à vent d’une construction particulière. L’histo-

PAsie donnèrent aux habitants, pour une durée de cinq générations, l’usufruit de toutes les terres naturellement arides qui seraient fertilisées par &n canal

artificiel d'irrigation, et cela en payement des travaux exécutés pour conduire les eaux.

rien arabe Mas ‘oûdi raconte, dans les Pratries d’or (1), que Vassassin du khalife ‘Omar, surnommé par les Arabes Abou- Lowlow’a, et qui était un Mazdéen originaire de Néhâwend, s'était vanté de pouvoir construire un moulin à vent : c’est qu’il en avait vu dans les montagnes du Zagros.

Le grand désert central est appelé Loût par les Persans du sud et Kawîr par ceux du nord. Cette dernière expression désigne plus spécialement les larges flaques d’eau que le soleil dessèche et qui laissent du sel sur leur fond, ce qu’on appelle sebkha en Algérie. Ce désert a des collines de sables mouvants, ce qui le rend comparable au Sahara. Il est difficile aux caravanes de le traverser, et périlleux d’y être surpris par une tempête : entre les fonds de boue du Æawir et les collines mouvantes, il y a peu de chance d’échapper à un péril de mort.

Entre lIndus et le Tigre, il n’y a pas de fleuve histbte. sauf le Karoun, et encore celui-ci n’appartient pas en réalité au plateau de l'Iran, car il déroule son cours dans les plaines basses formant aujourd’hui la province de lArabistan, connue aux périodes historiques sous le nom de Susiane: c’est une contrée où jamais les Iraniens n’ont habité. Il a été fréquemment question du Karoun dans la presse, à raison de sa navigabilité, qui lui permet d’être une voie de pénétration menant assez avant dans le territoire de la Perse moderne (180 kilomètres), mais s’arrêétant aux premiers contreforts des montagne des Bakhtiyâri.

Le Zendè-roûd sort de ces mêmes montagnes, mais du côté opposé, c’est-à-dire au nord, et arrose la région d’Ispahan; après avoir traversé les fameux ponts-barrages de cette ancienne capitale, il va se perdre dans un marais appelé Gao-Khâna.

L'Araxe, dans la partie inférieure de son cours, forme la limite entre la Perse et ce qui fut la Transcaucasie pour l’an-

(1) CLXIV, t IV, p. 227,

cienne administration russe. La plus longue rivière de Perse est le Qizil-Ouzen, qui prend le nom de Safid-Roûd après avoir traversé les montagnes de l’Albourz dans des vallées profondément creusées, et répond à l’Amardis des anciens ; sa source est près d'Ourmia, et son embouchure est dans la mer Caspienne, à l’est de Recht.

Le Tedjen est plus connu sous le nom de Hari-roûd, «rivière d'Hérat »; il arrose, en effet, la fertile vallée qui descend du sud au nord en partant de cette ancienne ville, qui dépend de PAfghanistan depuis le milieu du xvur siècle ; il a peu d’eau, et celle-ci est impropre à la boisson, sauf en temps de crue. Après avoir recueilli le Kechef-roûd, « rivière des tortues », au-dessus de Mechehèd, il se perd dans les sables, comme le Mourgh-âb (proprement Marg-âb, « rivière de Merv »). Dans l’est, nous trouvons le Hilmend (Etymander), dont le cours est tout entier sur le territoire afghan, et se jette dans un vaste marais, le lac Zerrè, dans le Sîstân, entre la Perse et l’Afghanistan; ses bords sont couverts de villes ruinées dont l’histoire n’a jamais été écrite. :

: La limite nord-est était formée autrefois par lOxus, qui .coule aujourd’hui tout entier en territoire russe. Ce fleuve sort du Pamir, forme un demi-cercle autour de Badakhchan, ville qui a donné son nom au rubis balars, coule ensuite dans la direction du nord-ouest et se jette dans la mer d'Aral, après s'être déchargé jadis, à une époque indéterminée, dans la Capienne, ainsi que le Iaxartes, d’après les dires d’Hérodote. Strabon cite Aristobule qui parle de la navigabilité de POxus et établit que les marchandises en provenance de l'Inde le descendaient jusqu’à la Caspienne, puis remontaient le cours du Cyrus, aujourd’hui Kour. la rivière de Tiflis, et enfin, par le portage, rejoignaient le Pont-Euxin ou mer Noire (1). Lors de l'expédition d'Alexandre le Grand, l’Oxus

(1) V, xt, 7, &

se déversait encore dans la Caspienne; puis son cours changea, et ce ne fut qu’en 1220 que les Mongols, après la prise d’Ourgendj, capitale de l'État correspondant au khanat de Khiwa, détournèrent son cours et l’obligèrent à reprendre son ancien lit, qu'il suivit pendant environ trois siècles; puis il coula de nouveau dans son lii actuel, et l'Anglais Anthony Jenkinson, qui visita Khiwa et Bokhara en 1558, rapporte que l’Oxus débouchait dans le lac de Kitaï, ce qui ne peut être que la mer d’Aral. C’est également à l’épcque mongole que lPOxus, connu des géographes arabes sous le nom de Djaïhoûn, reçut le nom d’Amoû-Deryâ et le Iaxartes, Saïhoûn des Arabes, celui de Sir-Deryä.

Un certain nombre de lacs, tous salés, sont restés de la mer qui couvrait autrefois ce plateau avant qu’il ne se soulevât. L’ouest de la Perse est remarquable par l’ensemble de trois grands lacs qu’il groupe, dans les montagnes, à des distances peu considérables l’un de l’autre. Les vicissitudes politiques ont placé le lac de Van en territoire turc, et le lac Güktché dans l'Arménie russe. Le lac d'Ourmia est le troisième et le plus important; il est élevé de 4100 pieds au-dessus du niveau de la mer; il mesure environ 80 milles dans sa longueur, du nord au sud, et à peu près 20 dans sa largeur, de l’est à l’ouest; la salure de ses eaux dépasse celle de la mer Morte ; elles ont une protondeur de 15 mètres, à l'altitude de 1220 mètres.

Au sud-est de Chir4z se trouve le Deryä-ï-Mahalou, et, plus loin vers le nord-est, le lac de Niriz, coupé en deux par un promontoire. Dans l’est, vers la frontière afshane, nous rencontrons le grand lac du Sistän, appelé Hämoën, « plaine », de niveau très variable suivant les saisons de l’année, car il est rempli par les neiges qui couvrent les montagnes aux pieds desquelles le fleuve Hilmend prend sa source, ainsi que ses tributaires, et l’abondance des eaux dépend de la fonte de ces neiges. Pendant les mois d’hiver, sa surface entière est desséchée: mais la plupart du temps elle est couverte par l’eau

8 NYRODUCTION

qui augmente rapidement de volume, de sorte que la contrée entière semble devoir être submergée. Dans les années de crues exceptionnelles, le surcroît d’eau s'écoule, par un large canal appelé Chila, dans le Gaud-i-Zerrè, « creux du Zerrè », vaste dépression de 100 milles de longueur sur 30 de largeur, qui recevait autrefois directement les eaux du Hilmend. Au printemps de 1911, le Chila était de 200 yards de largeur, 80 pieds de profondeur et coulait avec la rapidité de 4 milles à l'heure, ce qui représentait un énorme volume d’eau (1).

Un autre hômoûn du même type est le Djaz Moriân où se déversent les eaux des rivières Bampur et Halil, dans le Kirman.

La frontière méridionale est formée par le golfe Persique,. branche de locéan Indien, qui la sépare de la péninsule arabique. Les Persans, qui ont jadis fourni aux khalifes des marins et à la navigation des termes techniques (2), ne sont plus navigateurs; aussi la marine indigène qui fréquente les ports est-elle exclusivement arabe. Ce golfe est un des points de la terre où la chaleur est la plus intense ; il dépasse même la mer Rouge à ce point de vue.

: Au nord, la Perse est limitée par la mer Caspienne qui baigne les provinces du Gilân, du Mâzandérân ou Tabaristan, et d’Astérabad. Elle est divisée en trois bassins ; celui du nord est le moins profond, à raison des alluvions déposées par la Volga ; celui du milieu l’est davantage ; les profondeurs les plus considérables se rencontrent dans celui du sud. Son niveau a constamment baissé depuis les temps historiques.

La végétation du plateau est partout maigre et rare; Papparence générale est laridité ; la couleur jaune de la terre est prédominante. Peu d’arbres poussent naturellement, mais ils ont beaucoup de vigueur là où règne lirrigation artificielle.

(1) XXVI. t. I, p. 26.

(2) G. FERRAND, L'élément persan dans les lextes nautiques arabes des ÆXV® et XVI° siècles, dans le Journal asiatique, t. CCIV, 1924, p. 257e

Le gazon est inconnu, excepté dans de rares places marécageuses. Au printemps, pendant une période fort courte, les buissons se couvrent de fleurs et les collines produisent des milliers de plantes alpestres; mais tout disparaît aux premières chaleurs de l’été. Le long des rivières et sur les terrains irrigués, l'arbre le plus fréquent est le peuplier; viennent ensuite le tremble, le platane, l’orme, le frêne, le saule, le noyer; le pin et le cyprès sont rares. Le peuplier fournit le bois de construction, le platane est utilisé pour la construction des portes, lorme sert aux manches de charrues ; les autres arbres donnent le bois de chauffage. Le cyprès, l’acacia et Vorme du Turkestan (U/mus nitens) servent à l’ornement des jardins, où lon aime à retrouver le lilas, le jasmin, la rose rouge; une des variétés de cette dernière fleur, appelée Mahmoñdi, est utilisée pour la fabrication de Pessence de roses. L’aubépine et l’arbre de Judée abondent dans les vallées des montagnes.

Les arbres fruitiers sont cultivés avec une extraordinaire abondance, bien qu’empiriquement, les paysans étant dénués de toute connaissance scientifique. Partout l’on trouve des poires, des pommes, des coings, des abricots, des raisins noirs et blancs, des pêches, des brugnons, des cerises, des mûres noires et blanches. C’est dans les contrées chaudes que croissent plus volontier; les figuiers, les grenadiers, les amandiers, les pistachiers ; c’est là que l’on rencontre le dattier et Poranger; le raisin et le melon sont célèbres. Dans les montagnes croissent la rhubarbe, les champignons, la manne, résine produite par le Cotoneaster nummularta, et le tamarise poussant dans les cours d’eau; le buisson épineux que broutent les chameaux fournit le /ar-angabin, « miel humide ». Le carvi est la spécia-

lité du Kirman ; l’asa fœtida croît en abondance dans l’Hindou-

Kouch.

Un certain nombre de plantes acclimatées en Europe proviepnent originairement de la Perse, Nous savons par Pline

que la luzerne, Medicago saliva, a été apportée de Médie en: Grèce par les expéditions de Darius. Le Mâzandérän est pro-

bablement l’habitat primitif de la vigne. La pêche (Malum

persicum), la grenade, le jasmin, le lilas, ie myrte proviennent

de la même contrée. Quant à la rose, son nom même, dans les

langues indo-européennes ainsi qu’en araméen et en arabe,

‘indique sa provenance, caf dans toutes il dérive du zend

varedha, la « plante » par excellence.

Les bêtes féroces sont devenues rares; le lion et le tigre, qui se rencontraient fréquemment aux périodes historiques, ont presque entièrement disparu. Le tigre existe encore dans les provinces caspiennes, et P. M. Sykes (1) a encore vu un cadavre de lion flotter sur le Karoun. L’ours (Ursus syriacus) est égaiement rare. En revanche, les loups, les léopards, les hyènes, les lynx, les chats sauvages, les renards et les chacals pullulent. Les forêts des provinces qui bordent la Caspienne nourrissent des cerfs et des chevreuils; le daim habite les montasnes du Zagros. Les collines sont peuplées de moutons sauvages et d’ibex; le sanglier, que les musulmans ne chassent pas, se trouve partout ; les gazelles parcourent les plaines, et dans le voisinage des marais on trouve l’onagre. Le lièvre est rare.

La - Médie est le pays où l’élevage du cheval s’est fait en grand, après la domestication de lEquus Przewalskr (2); les chevaux niséens du Khorasan ont été connus des anciens ; aujourd’hui, on distingue trois races de chevaux : arabe, turcoman, et persan. Le bétail est représenté par notre bœuf ordinaire, Bos laurus ; le zébu, Bos indicus, se rencontre dans les

(1) XXVI, t. I, p. 26.

(2) En Égypte. au contraire, le cheval, le chameau et les brebis ne sont pas figurés sur les monuments des plus anciennes dynasties, tandis que le premier s’y multiplie depuis les Hyksôs. Cf. X VIIX, p. 9 et 323. On trouvera la représentation du cheval de Przewalski sur une plaquette d’ivoire de ’Élam provenant de Suse (Jéquier, LXX X VII, t. VIL, p. 26, fig. 15), à rapprocher

d’une décoration gravée sur un vase en argent de Maïkop, Kouban, Russie méridionale (Rostovzew, Rev. archéol., 5° sér., t, XIL, 1920, p. 27).

provinces du nord et dans le Sistân ; dans les premières on -élève aussi le buffle, ainsi que dans la Susiane. Le mouton est lespèce à queue grasse, Ovis aries steatopyga, répandue dans tout l'O ient Le chameau est à une bosse, Camelus dromedarius ; c-ux du Béloutchistan sont renommés pour la rapidité de leur course; le chameau à deux bosses, C. Bactrianus, se voit parfois dans le nord, amené par les caravanes.

Les oiseaux de proie sont nombreux : aigles, faucons, vautours, surtout le vautour persique (Gyps fulvus) ; parmi ceux-ci il y a lieu de distinguer le gypaète ou Lämmergeyer, le houmd, qui joue un grand rôle dans l'ancienne mythologie iranienne, car c’était le protecteur des rois ; l’adjectif houmäyoûn en est dérivé et signifie « auguste ». Beaucoup d’auires oiseaux de nos pays y sont représentés ; notons seulement le rossignol, aimé des poètes, qui ont chanté ses amours mystiques avec la rose. Le coq était inconnu dans l’ancienne Égypte; il n’y a été introduit d'Asie que par la conquête perse; mais on ne peut inférer de ce fait historique qu’il fût originaire de l’Asie centrale plutôt que de toute autre région (1). % La Perse n’a pas de mines en exploitation, mais il n’en était pas ainsi autrefois. Les inscriptions cunéiformes d’Assyrie nous montrent que le lapis-lazuli provenait du mont Démä4vend. Châh-Abbâs [ef à tenté de remettre en honneur l’exploitation des mines, mais le profit en était maigre à raison du coût de la main-d’œuvre ; Tavernier parle des mines d’argent de Karven qui coûtaient dix pour rapporter neuf, ce qui était passé en proverbe. Cependant il y a encore, sur ce chapitre, quelque activité. On extrait de la houille près de Téhéran et de Mèchehèd, du cuivre dans la région de Sebzéwär, ainsi que sur le bord oriental du grand désert, à Kala Zarrè. Il ÿ a probablement du pétrole depuis le Caucase jusqu’au golfe Persique; mais de rares sondages ont été jusqu’ici opérés.

(1) P. LACAU, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, sept.-act. 1920, p. 968,

En 1907, on en a fait avec succès à 30 milles à l’est de Chouster, et cette industrie s’y développe actuellement (1). Il ÿ a du pétrole dans l’île de Kichm, ainsi que des mines de sel gemme. L'ocre rouge est exploitée à Hormuz, Bou-Moûsà et Haloäl, sur le golfe; on rencontre du soufre à l’est et à l’ouest de Linga. On trouve à Nichapour des turquoises, à Badakhchän le lapislazuli et le rubis balais, à Yezd un marbre jaune et transparent, dans l’Adherbaïdjan du fer, du plomb et du cuivre (2).

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