CAMBYSE
Kambujiya était le fils aîné de Cyrus et de Cassandane; déjà, du vivant de son père, il lui avait été associé comme roi de Babylone et il fut sans doute régent de l'empire perdant la dernière campagne. Il était cruel : un des sept juges suprêmes ayant été convaincu de corruption, le nouveau roi le condamna à être écorché; de plus, il prescrivit que son siège fût recouvert de sa peau et ordonna au fils du juge, nommé à sa place, de s’asseoir sur le siège ainsi recouvert, quand il rendrait la justice. Le frère cadet de Cambyse, Bardiya, que les auteurs classiques appellent Smerdis (1), avait été chargé du gouvernement des provinces orientales, le Khârezm (Khiva), la Bactriane, la Parthiène et la Caramanie (Kirmân). Le pouvoir du nouveau roi ne fut pas reconnu tout de suite partout; il y eut des soulèvements dans les populations récemment soumises, qu’il fallut quatre ans pour apaiser, Monté sur le trône en 529, c’est en 526 qu’il put songer à con: tinuer les entreprises interrompues par la mort de son père, et à regarder du côté de l'Égypte, le seul État civilisé de l'Orient auquel les Perses n’avaient encore eu affaire.
La présence de Bardiya était un obstacle à cette entreprise;
(1) Ctésias l'appelle Tanyoxarkès (II, $ 8) et Xénophon (IV, VIII, 7, $ 11) Tanaox-rès. La similitude de ces deux noms indique une source différente d'Hérodote, Le nom de Bardiya est rétabli d’après i’inscription de Bîsoutoûn.
car le frère de Cambyse était populaire, et il était à craindre qu’il ne profitâ de l’absence du roi pour tenter de lui enlever la couronne, grâce à l’armée qu’il devait entretenir dans les provinces gouvernées par lui. Vraie ou fausse, cette crainte l’emporta, et Cambyse se débarrassasde ses appréhensions en faisant assassiner secrètement son frère (1). #
Amasis, roi d'Égypte, sentait venir l’orage. La chute de la Lydie et de la Babylonie était pour lui eauser de vives inquiétudes ; il se prépara à la défense, bien que des troubles intérieurs l’empêchassent de s’y donner en entier ; il fit une alliance avec les îles grecques et surtout avec Polycrate, tyran de Samos, pour se procurer une flotte à opposer à celle dès Phéniciens et des loniens, devenus sujets de la Perse, mais il éprouva, de ce côté, üne amère déception. Cambyse, entrant én Camipaghe, virit d'abord camper à Gaza ; il y fut rejoint par Phanès d’Halicarnasse, qui avait abandonné le parti d’Amasis et qui aménait sa flotte; un traité fut conclu avec les chefs des Bédouins, qui rässemblèrent dés milliérs de chameaux chargés d’outrés pleines d’eau pour attendre l’armée aux gites d'étape. C’est ainsi que lés Pérses purent traverser le désert qui s'étend entre la Palestiie et l'Égypte. #
Par comble de bonheur, Amasis, vaillant soldat et bon ädministräteur, mourut sur ces entrefaites et fut remplâcé par son fils Psâmmétique III, qui était loin d’avoir ses qualités. Une bataille s’engâgea devant Péluse : les Égyptiens fürent défaits, et Psammétique, perdant la tête, chercha le salut dans la fuite,
(à Hérodôle, I, III, xxx, a cru que l'assassinat avait eu lieu pendant l’expédition d'Égypte; mais linscription de Bisoutoûn montre qu’il lüi fut antériéor (H. RAWLINSON, fRecripion of Darius. on the rock al Behistun, dans les Records of the Pasi, t. I, p. 112; OPPERT, Le peuple et la langue dés Mèdes, p. 117; WEIssBACH-BANG, Die altpérsische Keïlinschriftén, p: 12-15). I n’y a pas lieu de tenir compte des hypothèses de BELocH (Griechische Geschichie, t 1, p. 345, n. 1), de RosT (Uniersuchungen zur aliorientalischen Geschichle, p. 107-109) et de WINCxLER (Aliorientalische Forschungen, t. II. P- 138-140), qui, contrairement à l’opinion des écrivains dé l'antiquité, suppo-
sent que l’histoire du faux Smerdis à été inventée par Dârius pour lés besoins de sa cause,
âu lieu de défendrè le passage des canaux, ce qui aurait au
moins retardé la marche de l’ennemi (525). Aucun obstacle ne
F ‘séparait plus Cambyse de Memphis, qui se défendit quelque
temps et enfin se rendit. Ce fut la fin de indépendance de PÉgypte: Psammétique, prisonnier, fut exécuté sous le prétexte de conspirer; d’après Ctésias, il fut transporté à Suse, où il mourut en prison. Un Perse, Aryandès, fut nommé gouverneur des pays conquis.
Cambysé, fidèle à la politique de son père, .. le double cärtouche, le protocole et le costume royal des Pharaons; il” se réndit à Saïs et, par rañcune personnelle, y brûla la momie | d’Amasis; mais il réserva un traitement plein d’égards à Ladiké, veuve de lusurpateur égyptien, èt la renvoya chez ses parents. Dés troupes perses s’étaient installées dans le grand temple de Nît, âu scandale des dévots, et y avaient commis des dégâts ; il fit évacuer le temple et réparer les dommages causés par ses soldats. Il se fit même instruire dans les mystères de la religion. Memphis lui parut une excellente base d’opérations pour eñtreprendre la conquête de l'Occident. Là dominait
Carthage, dont les possessions couvraièht les rivages de la
Méditerranée occidentale. Cyrène s’était soumise volontairement; le roi, méprisant le présent de cinq cents mines d'argent qué lui avait envoyées Arkésilas II, les distribua par poighées à ses soldats. Il pensait atteindre Carthage par la voie de là mer, mais les Phéniciens, dont le concoùrs lui était indispensable, refusèrent de l’aider contre léur ancienne colonie (1). Il ne restait que la voie de térre; c’est-à-dire le désert
du Sahara; il expédia de Thèbes cinquante mille hommes
chargés d'occuper l’oasis d’Ammon ; mais, après que cettearmée eut traversé la Grande Oasis, on n’entendit plus jamais parler d’elle. Il est probâble que; comme on le raconta alors, elle pé-
rit tout entière sous des rafalés de sablés mouvants (524).
(D Cf. Gsziu, Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, 1918, t. I, p. 418,
Malgré linsuccès de cette expédition, l'oasis d’Ammon fut plus tard, on ne sait quand, rattachée à l’empire, auquel elle payait tribut (1).
La Nubie paraissait offrir une proie plus aisée, car on n'avait qu’à remonter le Nil, base de ravitaillement. Le royaume de Napata était devenu indépendant de l'Égypte, mais la partie septentrionale du pays, jadis florissante, était ruinée et presque déserte. Cambyse était à la tête du corps expéditionnaire; il paraît que l’armée remonta le Nil jusqu’à Korosko, puis se lança à travers le désert dans la direction de Napata; mais les vivres et l’eau firent défaut au quart du chemin, et il fallut battre en retraite après avoir perdu beaucoup de monde. Toutefois, les cantons les plus voisins de Syène restèrent soumis à l’empire, et, du teraps de Darius Ier, on trouve des Éthiopiens, au sud de l'Égypte, comptés parmi les sujets du grand roi.
Depuis son enfance, Cambyse souffrait d’attaques d’épilepsie. L’insuccès des expéditions dirigées contre la Nubie et l’oasis d’Ammon troubla profondément son esprit. Il devint fou furieux ; rentrant à Memphis avec les débris de son armée, il trouva la ville en fête; on intronisait un nouveau bœuf Apis ; il s’imagina qu’on se réjouissait de sa défaite, et envoya au supplice les magistrats et les prêtres; il se fit amener le
bœuf sacré et lui perça la cuisse d’un coup de poignard, bles-
sure dont l’animal mourut quelques jours plus tard. Les gens . desa cour n’échappaient pas à ses actes insensés : il tua sa propre sœur Roxane, il abattit d’un coup de flèche le fils de Prexaspès et fit enterrer vifs douze des principaux personnages de son entourage. Il ordonna la mise à mort de Crésus qui lavait accompagné, puis révoqua cet ordre, et néänmoins fit périr les officiers pour n’avoir pas obéi à un ordre qu’il avait pourtant. révoqué. Il quitta PÉgypte en 522 et traversait la Syrie lors-
(1) Dixon dans Aruénée, Il, 74, p. 67,
| qu’il apprit que ses États se soulevaient, et que l’auteur de cette révolte était un mage, qui ressemblait étrangement à son frère Bardiya et se faisait passer pour tel auprès du peuple. Le séjour de l'Égypte avait été fatal au respect que les peuples
devaient à la mij:sté royale; son absence l’avait ruinée; le mage fut proclamé roi de Perse. Cambyse se mit en devoir de réduire cette rébellion, lorsque, de désespoir, il se suicida. On suppose qu’une défection importante avait motivé cette résolution désespérée, mais la seule autorité historique que lon possède sur cet événement, l'inscription de Darius, qui confirme ces faits, est muette sur les raisons qui les amenèrent. La légende dont Hérodote s’est fait l’écho prétend qu’en montant à cheval, le roi s’était enfoncé son poignard dans la
cuisse, à Pendroit même où il avait frappé le bœuf Apis, et