‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 28 sur 91 · FORTS · texte numérisé non relu

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(1) Communication de M. Salomon Reïinach à l’Académie des inscriptions; | et belies- ettres (Comptes rendus, 1923, p. ‘95). Cornélius Nepos a écrit la vie de Datamis, probablement d’après Dinon de Colophon.

Des drames de famille se passaient à la cour. Parysatis avait empoisonné Statira, femme d’Artaxercès ; elle avait été reléguée à Babylone à la suite de ce crime. Statira avait trois fils; on fit accroire à Darius, héritier présomptif, qu’il allait être supplanté par son cadet Okhos; il attenta à la vie du roi et fut puni de mort; Ariaspès crut que le roi voulait le faire périr, et ilse suicida. Arsamès, fils d’une concubine, fut également assassiné; il était l’enfant chéri de son père, qui en mourut de chagrin à l’âge de quatre-vingt-six ans (358) (1). C’est sous le règne d’Artaxercès qu’Esdras ramena à Jérusalem une colonie de Juifs babyloniens, acheva la construction du temple déjà commencée sous Darius I°*, en 520, et tenta d’organiser une communauté sur la base du Pentateuque refondu pendant l'exil ; il y fut aidé par Néhémie, lui-même juif, échanson du roi et gouverneur de Judée dès avant le retour d’Esdras.

C’est également dans les inscriptions laissées par ce roi qu’on voit apparaître pour la première fois les noms de Mitbra et d’Anâbhita, pour lesquels il paraît avoir en une dévotion parti-, culière, surtout cette dernière, à laquelle il fit élever des temples dans diverses régions de son empire (2).

ARTAXERCÉS III.

Okhos, le seul survivant des troisfils de Statira, prit ie nom d’Artaxercès III, et son premier geste fut de faire mettre à mort les princes de la famille royale, pour éviter toute compétition ultérieure, moyen violent qui fut souvent imité depuis en Orient. L’Asie mineure n’était pas redevenue tranquille; le Karanos Artabaze, craignant d’être accusé d’avoir pris

(1) D’après le pseudo-LUCIEN, Macrobe, 15, ou quatre-vingt-quatorze, selon Dinon, dans PLUTARQUE, Ariaxercès, 30.

(2) Notamment à Babylone, à Suse et à Ecbatane, d’après Bérose dans CLé- MENT D'ALEXANDRIE, Proir., 5, 65,3 (LIX, p. 67). Ce culte lui est sûrement particulier, car son successeur Okhos ne nomme que Mithra dans son inscription de Persepolis.

part à la révolte des satrapes, s’y joignit effectivement et battit, avec l’aide des Athéniens, les troupes envoyées contre lui (356); mais, dès que l’appui d'Athènes lui manqua, il jugea bon de s'enfuir auprès de Philippe de Macédoine. L'Égypte avait la main dans toutes ces entreprises; c’est sur elle que tomba la colère du roi. Une première entreprise, en :53, n’eut aucun succès; cinq ans plus tard, le roi prit en personne le commandement des troupes après que deux de ses satrapes eurent été battus par Tabnit, roi de Sidon, appuyé par des troupes grecques à la solde de Egypte; devant le déploiement des forces perses, Tabniïit prit peur et rendit la ville, ce qui ne l’empécha pas d’être exécuté avec les citoyens qui l'avaient accompagné; les autres s’enfermèrent dans leurs maisons et les incendièrent. Mentor de Rhodes, qui, avec ses Grecs, n'avait plus, d'emploi depuis la chute de Sidon, se joignit à l’armée perse qui, grâce à son concours, s’empara de Péluse et de Bubastis, ce qui entraîna l’occupation de l'Égypte, réduite une fois de plus à l’état de province perse (345). Le même mercenaire aida Artaxercès III à reprendre l’Asie mineure. Le siège de Périnthe par Philippe en 340 fit penser aux Perses que le roi de Macédoine avait des vues sur l'Asie, et il n’est pas impossible qu’ils aient trempé dans ‘on assassinat, en 336. L’année précédente, Artaxercès III était mort, empoisonné par l’eunuque Bagoas, qui se sentait menacé par des intrigues de cour. Il avait été remplacé par Oarsès, son plus jeune fils : celui-ci fut également victime de Bagoas, qui instaila sur le trône un arrière-petit-fils de Darius II (1), Darius III Codoman, en 335. C'était un ami de l’eunuque, mais celui-ci fut trompé dans son attente; Darius refusa de se soumettre à son pouvoir, et l’obligea même à boire le poison qu’il avait

() XVII, p. 808, n. 3; VI, xvui, 5, $ 5, fait de lui un petit-neveu d’Artaxercès Il. D’après V, XV, 3, 24, et PLUTARQUE, Vie d’Alexanure, chap. XVIIL. il w’appartenait pas à la race royale et avait exercé dans s: jeupesse le métier de courrier.

préparé pour lui. Il sauvait ainsi sa vie; mais, quel que fût le courage personnel de Darius, il se privait ainsi d’un homme qui aurait pu peut-être détourner l'orage qui menaçait l’empire des Achéménides.

Darius III Copoman.

Ce n’était pas pour une question monétaire, la lutte de l’étalon d argent des Grecs contre l’étalon d’or des Perses (1), qu’A exandre, fils de Philippe, se lança en plein cœur de VAsie inconnue, où il n’avait encore pénétré qu’un corps de mercenaires grecs, celui que Xénophon avait heureusement ramené après Cunaxa. Reprenant les idées de son père, dont la mort avait interrompu le cours, il voyait dans l’énorme empire perse l’oppresseur de la Grèce, et c’est lHellade qu’il voulut délivrer, en portant la guerre au cœur même du pays ennemi. Il passa ’Hellespont, au printemps de 334, à la tête de quarante mille hommes, sans que personne entravât son expédition ; une bataille gagnée sur les bords du Granique lui ouvrit l’Asie mineure. Les colonies grecques furent déclarées libres; Halicarnasse se défendit sous un chef perse, Orontôbatès, aidé de l’amiral Mémnon, toujours au service perse, qui mourut d’ailleurs à Mitylène au commencement de l’année suivante.

Par la Cappadoce, le conquérant descendit dans les plaines de la Cilicie et, en suivant la côte, rencontra l’armée perse établie à [ssus pour lui disputer l’accè; des Portes syriennes. Resserré entre les montagnes et la mer, le champ de bataille était trop étroit pour que la cavalerie perse pût ientér des charges couronnées de succès; elle fut mise en déroute complète, et Parménion s'empara, à Damas, du camp et de la famille royale, avec un immens: butin. Le vainqueur

(1) Sur cette question, voir les autorités citées par Ferd. Jusri, IX, t, I, p. 471, note 2.

LES ACHÊMÉNIDES 85

n’accueillit pas les offres d’alliance que lui fit Darius, mais il Savança ie iong de la côte, avec l’idée probable de ne pas ‘ laisser d’eonémis sur ses derrières. C’est ainsi qu’il subjugua la Syrie, où la ville de Tyr rrêta pendant sept mois. Gaza

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Fig. 5. — Bataille de Gaugamèles, près d’Arbèles.

pendant deux. L’Égypte l’'accueillit comme un libérateur et lui décerna les honneurs divins. Trait de génie, ilcréa Alexandrie sur l’emplacement de Rakoti; cette ville devint une des métropoles commerciales du monde.

Au printemps de 331, il quitta Memphis, et la bataillé de Gaugamèles lui livra Babylone, Suse et Persépolis; Darius fut obligé de s’enfuir vers l'Orient. La dernière de ces trois villes fut détruite par lincendie, soit qu'Alexandre voulût venger celui d'Athènes sous Xercès, soit qu'il désirât marquer par là que empire des Achéménides avait pris fin. Peut-être le conquérant a-t-il été entraîné, au milieu des fumées du vin, à un acte qu’il put regretter plus tard sans en rien laisser paraître, car nous le voyons prendre la succession des rois perses, et se servir de l’adminisiration de l'empire dès son

entrée à Persépolis : la destruction de cette viile ne pouvait servir un dessein de cette nature. Il coûta fort cher à ses anciens compagnons de refuser de se soumettre aux mœurs orientales, et plusieurs payèrent de leur vie leur franchise de soldats macédoniens.

Il restait à conquérir le plateau de l'Iran et ses dépendances vers l'Orient. Darius pensait à réunir de nouvelles troupes en Médie; son projet fut traversé par la conspiration de deux satrapes, Bessos et Barszëntes, qui le tuèrent pendant qu’il fuyait devant l’armée d'Alexandre (juillet 330). Le premier des deux meurtriers, de la race des Achéménides, songeait à succéder à sa victime sous le nom d’Artaxercès IV ; la marche en avant de Ptolémée interrompit son entreprise. Une révolte du Mède Baryaxes fut promptement réprimée par le satrape d'Arménie. Au nord, Alexandre s’avança jusqu’au laxartes, prit Kyropolis (Oura-tübè) et fonda une Alexandrie ‘qui est aujourd’hui Khodjend. En 327, après avoir célébré à Bactres son mariage avec Roxane, fille d'Oxyartès, il descendit dans la vallée de l’Indus, et s’avança jusqu’à l’'Hyÿphase {Setledj) : les princes indiens Porus et Taxile se soumirent. Sisikottos, autre prince indien, fut établi dans la forteresse d’Aornos (Ränigarh), entre Kaboul et la vallée du Sind. Alexandre descendit le cours du grand fleuve; blessé à l'assaut de la forteresse des

Malliens, il détruisit la capitale de Musicanus et mit en croix les Brahmanes qui avaient soulevé le peuple. L’armée revint de Patala en Perse, soit par l’Arachosie et le Khorasan, soit par la Gédrosie, non sans éprouver de grandes pertes. Néarque ramena la flotte en suivant les côtes, dans l’automne de 325 (1).

A peine de retour à Babylose, Alexandre, épuisé par les fatigues et les excès, prit la fièvre dans les marais du bas Euphrate; aggravée par une orgie, la maladie lemporta en

(1) A. W. Huenes, The Country of Balochistan, Londres, 1877, p. 177; TomaAscHEx, Topographische Erläulerungen der Küstenfahrt Nearche, dans les Sizunzberichie de l’Académie des sciences de Vienne, 1820,

quelques jours. Il mourut dans le palais de Nabuchodonosor, “appelé aujourd’hui El-Qaçr (1), à l’âge de trente-deux ans, le ,13 juin 323. Son corps, embaumé, fut transporté à Alexandrie,

où 1l se trouve encore, mais dans un endroit ignoré de longue

date, peut-être sous les tombeaux des membres de la famille du khédive d'Égypte qui entourent la mosquée de Daniel.

(1) E. SAGHAU, Am Euphrat und Tigris, Leipzig, 190): Vorwort, p. Î

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