‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 31 sur 91 · (3) VI, XVI · texte numérisé non relu

(3) VI, XVI

dix bataillons dont le premier portait des lances ornées de grenades d’or (1). On les appelait ainsi, disait la tradition populaire, parce que, dès que l’un d’entre eux mouraïit, il était immédiatement remplacé, de sorte que le nombre de dix mille ne variait jamais; mais il semble bien que nous avons là la trace d’une étymologie populaire, cherchant à expliquer le nom des Amardes, peuple de Perse, par sa signification en perse (a priv. + merela, mourir). | Cette garde, avec les garnisons des forteresses les plus importantes, était la seule partie permanente de l’armée; le reste provenait de levées faites en temps de guerre. Si la lutte était localisée, elle était poursuivie par les satrapes locaux au moyen des contingents fournis par les populations qui leur étaient soumises ; si elle avait un caractère général et que le souverain dût paraître à la tête des troupes, sa garde, qui l'accompagnait, se trouvait entourée des réserves de toutes les provinces, ramassis de peuples d’origine et de langage divers, amas confus, sans cohésion entre ses diverses parties. Lorsque ces masses confuses et non organisées trouvaient en face d’elles, malgré leur supériorité numérique, des armées organisées et des chefs sachant se servir des ressources de la tactique, elles ne pouvaient soutenir le choc : on le vit bien souvent pendant les guerres médiques ; on le vit encore mieux lorsqu'elles trouvèrent en face d'elles la phalange macédonienne. L'administration de la justice était indispensable à un aussi vaste empire. Le roi était le juge suprême, surtout en matière pénale; c’est lui qui prononçait en premier et dernier ressort quand il s’agissait de crimes dirigés contre la sûreté de l'État ou contre sa personne. En matière civile, il avait délégué ses pouvoirs à des juges nommés par lui; on en trouve déjà sous le règne de Cambyse (2); Sisamnès, un des juges royaux, fut

(1) HÉRACLIDE DE CUMES, Fragment /, dans MüLLcER-DipoT, Fragmenta hisloricorum græcorum, t. H, p. 95-96.

JŸT, ILE 0

condamné à mort par ce prince et exécuté parce qu’il avait reçu de l’argent pour rendre un jugement injuste; après sa

mort, il fut écorché ; on découpa sa peau par bandes, et l’on en recouvrit le siège où il rendait la justice. Cambyse donna au fils la place de son père et le contraignit à s’asseoir sur le siège ainsi barbarement décoré (1). Artaxercès 1% renchérit encore sur ce traitement féroce ; il fit écorcher vifs des juges*qui avaient rendu des sentences iniques; l’on étendit aussi leurs peaux sur leurs sièges (2). Cependant, la loi ne permettait à personne, pas même au roi, de faire mourir un homme pour un seul crime, ni à aucun Perse de punir un de ses esclaves d’une manière trop atroce pour une seule faute; mais si, par un examen réfléchi, il se trouvait que les fautes de celui-ci fussent en plus grand nombre et plus considérables que ses services, son maître pouvait alors suivre les mouvements de sa colère (3).

La haute trahison était punie par la décollation et l’ablation du bras. La grande inscription nous renseigne sur les châtiments réservés aux rebelles. Ceux-ci étaient amenés à la cour royale, où on leur coupait le nez et les oreilles; on les montrait au peuple, puis ils étaient emmenés au chef-lieu de la province

où ils s'étaient révoltés, et ils y étaient exécutés. Cyrus le jeune, après sa mort, eut la tête et la main droite coupées. La famille tout entière suivait généralement le sort de son chef(4).

De simples particuliers étaient parfois chargés de l'exécution des sentences capitales. Orontas, condamné à mort par Cyrus le jeune pour un acte de traîtrise, fut remis à Artapatès, portesceptre, et depuis on n’entendit plus parler de lui (5). C’est ainsi qu’au milieu du xix° siècle après J.-C., les notables persans furent chargés de torturer et de mettre à mort les Bäbis, lors de la persécution dirigée contre la nouvelle secte.

(1) I, V, 25. Voir ci-dessus, p. 55.

(2) Note de Larcher dans sa traduction d’Hérodote, t, I, p. 439, (3) I, EL, 137. — (4) CV, IL, 649 sq. — (5) (IX, L, 6.

Page 1