CHAPITRE VI
Dans limmense empire que Cyrus avait fondé et dont Darius [er avait rétabli l’unité, les peuples soumis avaient tous conservé leur religion particulière; l’éclectisme des grands rois ne faisait pas de prosélytisme. Au contraire, nous voyons ces souverains se faire initier aux cultes des divinités exotiques et se faire adopter par des dieux étrangers. Quelles étaient donc les croyances intimes de ces autocrates, assez souples, assez lâches pour leur permettre d’aussi proches accointances avec les divinités protectrices des peuples vaincus ? Malheureusement, la pénurie des documents que nous possédons ne nous permet que de saisir quelques lignes d’une question intéressante, qui touche à la politique de ces souverains et dont la solution serait, pour l’histoire, d’une portée considérable. |
Il paraît bien que le groupe médo-perse avait trois religions : celle du roi, dont nous avons des témoignages dans les inscriptions; celle du peuple, dont le peu qui nous est connu remonte à Hérodote, et enfin celle des Mages, dont il ne reste guère d’autre témoignage que les zéth4 ou hymnes conservées dans le texte de l’Avesta.
La première met au sommet de l’univers Ahura-Mazdâ, le plus grand de tous les dieux (1), qui a créé le ciel et la terre.
(1) Mathista bagânäm dans une inscription de Persépolis, baga wazarka sur le tombeau de Darius à Nagch-i-Roustem.
Le roi règne par la grâce d’Ahura-Mazdà : c’est lui qui lui à
donné le pouvoir, c’est son appui qui lui a permis de vaincre D les révoltés, ainsi que le proclame Darius dans linscription de
Bisoutoûn (1).
il est le plus grand de tous les dieux, c’est qu’il y en a
d’autres ; mais ceux-ci ne sont pas désignés nominativement; - évidemment, ils ne Jouissaient pas de la confiance royale.
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Fig. 7. — Ahura-Mazdà des bas-reliefs persépolitains.
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L'expression difficile vithaïbich bagaibich a été interprétée longtemps par : « les dieux des clans et des cantons (with), les : dieux locaux, les pénates»; mais il convient de remarquer que les deux textes, élamite et babylonien, qui accompagnent le texte vieux-perse, traduisent ces deux mots par & tous les dieux ». Comme on ne peut songer à une erreur des traducteurs, que d’autres scribes n'auraient pas tardé à dénoncer, il faut admettre que le mot with est, comme on l’a conjecturé, ; une forme dialectale correspondant au zend w:spa, «tout » (2). !
- (1) Col. I, 1. 12 et 1. 24-26.
(2) Sur cette question, voir l’appendice ajouté par L. H. Gray, de l’Université | de Princeton, à l’article de WiLLiAMS JACKSON, The Religion of the Achæ- | menian Kings, dans le Journalof the American Oriental Society, vol. XXI, | 2e partie, 1901, p. 151. La version afaméenne d’Éléphaniine ne contient mal- | heureusement pas le passage correspondant. ,