‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 33 sur 91 · J'TE · texte numérisé non relu

J'TE

98 ve LES MÈDES ET LES ACHÉMÉNIDES

Nous n’avons aucun document qui nous permette de deviner quelle était la religion de Cyrus et de Cambyse; nos renseignements ne commencent qu'avec Darius (1).

: La divinité n’étant pas visible, c’est sous la forme d’un symbole qu’elle éfait adorée ; et nous en avons un témoin irréfragable dans le tableau sculpté sur le tombeau de Darius. C’est à un feu entretenu sur un autel de pierre que s'adresse l’'hommage du roi ; le soleil éclaire la scène, qui se tient en plein air, puisque les anciens Perses n'avaient pas de temples, et une image d'Ahura-Mazdâ, empruntée à un type assyrien, plane sur le tout. Ce n'est que beaucoup plus tard que Pon tiendra : le feu sacré à l'abri des rayons du soleil. | Dans les inscriptions d’Artaxercès Mnémon et Okhos, l'on voit apparaître pour la première fois les noms de Mithra et d’Anabhita ; le premier, à l’origine « dieu du contrat » ‘suivant … M. Meillet, a été à un moment assimilé au soleil et est devenu . plus tard la divinité d’une religion secrète dont les adeptes : se sont multipliés sur la surface de l'empire romain ; la seconde, emprunée peut-être à l'Assyrie, était la planète Vénus. La dévotion du roi avait changé de caractère; l’idée vieillie d'un Ahura-Mazdi, isolé dans le ciel, avait vu naître à côté d’elle de nouvelles divinités, plus jeunes et partant plus actives. Mithra était très anciennement révéré par les Iraniens, bien que son introduction dans la religion particulière des rois ne remonte qu’à la fin du v* siècle. Au xrv* siècle avant notre ère, | il est mentionné avec Varouna, Indra et les Nastatiya comme dieu de Mitani, dans la Mésopotamie du Nord (2): dans la religion pré-avestique, il fait l'office de médiateur (3) entre le.

(1) Pour Cyrus, les documents babyloniens et la Bible ne le connaissent que | comme adorateur de Mardouk et roi de Babylone; pour Cambyse, Pinscription sur la statue naophore du Vatican est relative au rétablissement du culte égyptien dans le grand temple de Saïs. On n’y trouve aucune allusion aux croyances | personnelles de ces deux rois.

(2) Inscription cunéiforme de Cappadoce; cf. XIX, I, 11, 589, 829

(5) Mscirns, (PLUTARQUE de Iside, 16).

monde supérieur et lumineux et le monde inférieur et téné-

breux. A partir d’Ar-

,taxercès II, les rois l’ho-

norent comme dispensateur de la gloire royale,

‘le prennent à témoin de

leurs serments et l’invoquent dans les combats.

L'introduction d’Anahita dans le panthéon iranien indique que la religion royale s’imprègne d’astrologie . chaldéenne; et c’est sous cette forme qu’elle s’est maintenue dans certains royaumes d'Asie mineure, après la chute de l'empire perse (3).

Le peuple adorait les quatre éléments, dont le premier, la lumière, est divisée en deux sortes:

la lumière du jour (le soleil) et la lumière de la nuit (la lune) ; puis venaient l’eau, la terre, le vent. La religion populaire admettait les sacrifices d'animaux faits en

(1) CXXXV, p. 8, 1. 10-11 ; p. 121, 1..13-17 ; FR. CUMONT,

Religions orientales, p. 258.

Cf. J. TOuTAIN, Légende de

éA AU , :

,8. — Le roien lutte contre un mauvais

génie. (Persépolis.)

Mithra, dans la Revue de l'Histoire des religions, 1902, XLV,; p. 141-157

présence d’un mage, car, nous dit Hérodote, {la présence d’un ecclésiastique de cet ordre était nécessaire pour la validité de cet acte. Le sacrificateur conduisait la victime dans un lieu pur, et, la tête couverte d’une tiare couronnée de myrte, il invoquait le dieu et priait pour la prospérité du roi et de tous les Perses; il coupait la victime par morceaux, en faisait bouillir la chair et en posait les morceaux sur un lit d'herbe tendre, par exemple du trèfle. Le mage entonnaïit alors une «théogonie » : puis le sacrificateur emportait les chairs dé la victime et en disposait à volonté. À propos de ce mot de théogonie, l’on s’est démandé si les £âthà ne séraient pas désignés sous ce nom; rien ne prouve que les fragments prosodiques conservés sous cette appellation soient les hymnes mêmes que signale Hérodote ; mais, comme ées fragments ont un caractère archaïque très ÉTRTR Pon peut admettre que, S’ils ne sont pas les mêmes que la fameuse théo: gonie, ils devaient s’en rapprocher de très près.

Un fragment de bas-relief trouvé au village d Erghili, près du lac de Manias, dans la région de Dascylion, en Asie mineure, représènte une scène de sacrifice. Deux personnages, dont l’un est barbu et semble être un mage, sont debout à droite d’une sorte de niche architecturale; le montant visible

est surmonté d’une profomè de taureau. De la main droite

ouverte ét étendue, lés deux Perses font un geste rituel ; ils tiennent de là main gauche un objet allongé, un faisceau de verges, Ou une courte massue. Devant eux une tête de bélier et üne tête de tauréau sont posées sur un amas de brindilles. On retrouve ici un détail noté par Strabon (1); les deux personnages, le mage et son compagnon, ont ramené devant leur bouche les barbes de leur tiare. Ce monument est de la fin du ve siècle avant notre ère ; il est probablement l’'œüûvre d'artistes grecs travaillant pour des Perses. Il y a lieu de noter

(1) V, XV, 732-138, Rs

COST EC 2e PME

k RELIGIONS DE LA PERSE SOUS LES ACHÉMÉNIDES 101

» que l’un des deux satrapes d’Asie mineure avait sa résidence à Dascylion (1). :

27 Les Mages étaient une tribu faisant partie de la confédération des Mèdes, comme les lévites du culte de Iahvé étaient à l’origine les membres de la tribu de Lévi. Ii semble qu’elle s’était spécialisée dans la Connaissance et la pratique d’un rituel sur lequel nous n’avons pas de renseignements, mais qui a dû É représenter un ensemble de traditions et de croyances très anciennes, remontant pour la plupart à l’époque préhistorique . où les Indiens et les Iraniens formaient encore un seul | peuple, et que l’on voit coordonner en un corpus unique à l’époque des Sâsänides : PAvesta, qui n’a point été inventé | de ‘toutes pièces, mais a sûrement gardé d’antiques souvenirs. | La rédaction qui nous en a éte conservée remontant tout au | plus à l'époque des Säsänides, c’est à propos de cette aynastie | que nous traiterons plus lonzuement des croyances, des dogmes | et des rites conservés par les Mages pendant des siècles pour

| ne devenir une religion officielle qu'au ur siècle de l’ère chré- | tienne.

| En ce qui concerne les usages relativement aux morts, | Hérodote assure que les Perses enduisent de cire les corps et les mettent ensuite en terre (2). Quant aux mages, ils n'enterrent les corps qu'après qu’ils ont été déchirés par un | oiseau ou par un chien (3). Voilà une différence sensible entre Iles deux coutumes. La première est perse; c’est ainsi que Iles rois se sont fait creuser, au flanc des montagnes, des

(1) COLLIGNON, Bullelin de l’Académie des inscriptions, 6 janvier 1914, Po ct CICÉRON, Tusculanes, I, 45, 108 : « Persæ etiam cera circumlitos ndunt, ut quam maxime permaneant diuturna corpora ». a | (3) CICÉRON, Ibid. « Magorum mos est non humare corpora suorum, nisi a feris sint ante laniata ». Le texte d’Hérodote porte : « Avant qu’il [le cadavre] ait été ‘raîné (£ixy6hñvat) par un oiseau où par un chien». D’après Strabon, ’exposition des cadavres pour en faire dévorer les chairs par les animaux sauges était une coutume des montagnards du Pamir, introduite de son temps en Bactriane. Sid

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tombeaux ornés à l’extérieur de motifs architecturaux. La seconde est spéciale à la corporation des mages; c’est celle qui est préconisée par V'Avesta, ence qui concerné l’oiseau, non le chien, qui figure pourtant dans les cérémonies funèbres (survivance du rite ancien P); c’est elle qui, conservée par les Parsis, leur a fait construire les dakhma ou Tours du silence, larges cimetières circulaires à ciel ouvert, construits dans des endroits déserts auprès des montagnes. La construction des dakhma est assez récente; les auteurs classiques ne font mention de rien de pareil, et lon n’en a pas trouvé de vestiges. *

La religion des rois, c’est celle que les ancêtres de Cyrus avait eue dans leur capitale de Suse, quand ils dominaient “une population anzanite plus civilisée qu’eux-mêmes et à laquelle ils Pavaient sans doute empruntée : or cette civilisation anzanite, dans sa forme la plus récente, avait été influencée par celle de Babylone, qui avait soumis PÉlam; d'où sans doute une influence réelle d’une religion sémitique sur les croyances d’une famille incontestablement aryenne.

Pour ce qui est des Mages, c’est tout le contraire : en Médie, dans les hautes montagnes de lPAdherbaïdjän et de l’Iragqadjémi, ils échappaient à toute emprise morale des habitants . des plaines. On conçoit alors clairement qu’ils aient pu. conserver à travers les siècles, jusqu’au moment de la rédac- : tion de l’Avesta, une foule de croyances et de traditions dont | la proche parenté avec celles de l'Inde est évidente. Au temps des Achéménides, rien n’en transpire au dehors, à l'exception des rares indices que nous communiquent les auteurs grecs; les Perses ne se servent des mages que pour les sacrifices , qu’ils offrent ; en dehors de cela, la religion officielle ne . reconnaît qu’un Dieu suprême, et, au-dessous de lui, d’autres dieux innommés. À :

De ce que cette religion royale ne connaît qu'un seul. Dieu, alors que l’Inde en connaît des milliers et que l’Avesta,-

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