‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 45 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA DYNASTIE SASÂNIDE

ARDÉCHIR Îer.

Sâsân, l’ancêtre éponyme, était prêtre du temple d’Anahîta, à Persépolis ; son épouse Râm-behicht était la file du roi de la dynastie des Bâzrangf, ayant > pour capitale la ville de Nisâyek, dont la citadelle aux murs blancs porta sous la domination arabe le nom de Béïdâ que le fameux commentateur du Qorân, el-Béidâwi, rendit célèbre. Leur fils Pâpak (persan : Bâbek) fut roitelet de Khiîr, petite ville sur le lac Bakhtégân, sur la route de Sarvistan à Nîriz ; il obtint du roi Gôzihr, Fu : AT Fig. 17. — Ardépour son fils Ardéchir, la dignité d’Arga- chir [®. pe! (commandant de forteresse) de la ville de Dârâbgerd. Ce fut là l’origine de la fortune de la dynastie. Ardéchir conçut en effet le projet grandiose de rétablir

. lautocratie &es Achéménides, qui avaient réuni sous leur

pouvoir absolu toutes les provinces de lPiran, et dont le souvenir, sous les Séleucides et les Arsacides, maintenait dans les

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esprits l’idée d’une nationalité persane. Ses entreprisescommencèrent du temps de son père, qui mit à mort Gôzihr, se déclara roi et réclama d'Artaban V l'investiture pour son fils aîné Châhpuhr. Le relus qu’il essuya n’empêcha pas celui-ci de régner. après son père et d’obliger son frère Ardéchtr à le reconnaître comme suzerain. L’écroulement d’un caveau dans le palais de la reine Houmâï vint à propos débarrasser Ardéchîr de son frère aîné. Celui-ci reprit vite l’essor de ses conquêtes. Il vainquit un certain Vologèse, prince du Kirmân, et installa à sa place, en qualité de gouverneur, son propre fils Ardéchir, d’où la capitale du pays, qui porte aujourd’hui le même nom - que la province, prit le nom de Beh-Ardachir, « la bonne ville d’Ardéchir », en arabe Bardasir (1). Les princes de la Susiane, d’Ispahan, de la Mésène, de l’'Omân même furent successivemeni battus et soumis. Son suzerain, Artaban V, se mit enfin en marche à la tête d’uné armée considérable; il fut battu et tué dans la plaine d’Hormizdagân en Susiane (224). Deux ans plus tard, Ctésiphon tombait aux mains du vainqueur. Un bas-relief sculpté sur le rocher de N:qch-i Roustem eat le témoin de ces hauts faits ; le roi, à cheval, reçoit d’Ahura- Mäazdâ, également à cheval, un grand anneau, symbole de

la royauté; Vologèse et Artaban gisent sous les pieds de la

monture. Des inscriptions en pehlevi e‘ en grec, déchifirées par Silvestre de Sacy (2), sont tracées sur l’épaule du coursier.

La défaite et la mort d’Artaban mettaient la Perse entre les mains d’Ardéchîr. Toutefois, P Arménie et la Géorgie lui échappèrent. La guerre de revanche contre les Romains était une idée nationale; le nouveau roi la reprit, mais la présence d'Alexandre Sévère à la tête des légions, la résistance de la ville de Hatra et des princes d’Édesse arrêtèrent l'exécution de ses projets; il réussit toutefois, en 237, à s’emparer de

(1) NoëLDekE, Geschichte der Araber, p.10, note; ISTAKHRI, dans la Bibliotheca geogr. arab., t. I, p. 161 (2) CLXV.

t124 Ce tres

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Nisibin et de Harran, Il y avait deux ans que l’empereur romain avait été massacre, en Gaule, par ses troupes révoltées.

-/ Ardéchtr avait trouvé un puissant moÿen de gouvernement

datis la religion de PAvesta, l’antique mazdéisme rénové par Zoroastre et élaboré par les collèges de mages pendant la longue période de silence des Séleucides et des Arsacides. Ce fut pour lui ct ses successeurs une religion d’État, et le grand pontife un des principaux dignitaires de Pempire. Nous verrons plus loin comment se codifia cette religion. A côté de l'appui moral qué lui offrait ce culte, Ardéchir fut un grand bâtisseur de villes, et nombreuses sont les cités qui, dans le haut moyen âge et jusqu’après la conquête musulmane, portèrent son nom adjoint à quelque qualificatif.

SAPor Ier,

Chähpuhr Ie, que les Romains ont appelé Sapor lui succéda en 241. La guerre continuait dans le nord, et ies

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Fig. 18. — Sapor le et Valérien, Camée sâsânide de la Bibliothèque Nationa'e,

Perses s’avancèrent jusqu’à Antioche. Défait, la seconde année de son règne, par l’empereur Gordien UT, Sapor concluait

cependant avec l’empereur Philippe l’Arabe une paix qui lui reconnaissait la possession de l’Arménie et de la Mésopotamie, où il venait de prendre Hatra. Le grand fait d’armes de son rèsne fut la défaite et la captivité de l’empereur Valérien à Édesse. Les prisonniers furent internés dans la ville de Goundé-Châpoûr que le roi venait de fonder, en Susiane, sur l’emplacement de l’ancienne Bêth-Lâpat, entre Chouchtèr et Dizfoul; ils y furent employés à la construction d’une digue

gigantesque de granit, destinée à emmagasiner

Fig. 19.

Sapor I®.

l’eau nécessaire aux irrigations et à relever le niveau du Karoun; on lappela Châdh-ravân, « qui coule joyeusement », nom qui plus tard a servi à désigner les jets d’eau; elle existe encore aujourd’hui. Un basrelief sculpté à Naqch-i Roustem, près de Persépolis, perpétue le souvenir de cet événement; des artisans romains y ont sûrement travaillé Quant au récit du traitement humiliant réservé à l’empereur par le roi de Perse et qui, à la suite de Lactance, a fait le tour du monde, il est invraisemblable : c’est un conte de vieille femme.

Ïl fut moins heureux avec les Palmyréniens qu’il voulait réduire à l’obéissance et qui le dé:

firent, en envahissant la Mésopotamie. Il était Fig. 20. Valérien.

maladroit de se brouiller avec eux, ce qui pouvait les jeter dans les bras des Romains ; heureusement pour Sapor, Olaïnath assassiné fut remplacé par la reine Zénobie, qui, pour établir un grand royaume syrien, voulut s'appuyer sur la Perse : cela ne suffit pas à la défendre contre Aurélien, qui prit Palmyre en 271 et bannit la reine à Tivoli.

La chronique géorgienne nomme un fils de Sapor, Mihrân, comme fondateur en Géorgie de la dynastie dite Khosroenne, c’est-à-dire sâsânide : on dit qu’il se convertit au christianisme. Un frère du roi de Perse, Pêrôz, est connu comme protecteur de Mäâni ou Manès, le fondateur de la religion manichéenne,

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qui a possédé longtemps des adeptes en Asie centrale et a fait . parler d’elle dans le monde, quand elle était classée comme

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Fig. 21. — Portrait de Sapor à Nag:h-i Roustem.

unesimple hérésie chrétienne. C’est au couronnement de Sapor, le 2: mars 242, que Mâni précha pour la première fois en

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public. Pas plus que l’Église chrétienne, l’Église mazdéenne ne pourait admettre des dogmes dont le point de départ était l'égalité absolue de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal; elle persécuta Mâni et n’eut de cesse qu’elle ne l’eût fait executer à Goundé Châpoûr, sous le règne de Bahrâm [°, fils et second successeur de Sapor. Si les rois de Perse avaient continué à favori-er la nouveile religion au lieu de la combattre, ilestcer ain qu’étant donnée l’expansion merveilleuse de celleci à travers l’ancien continent, cela aurait donné au successeur de Cyrus et de Darius l’h-gémonie politique de l’Asie; néanmoins la cause du manichéisme servit celle de l’Iran et aida à la pénétration des idées et de la civilisation iraniennes jusque sur les hauts plateaux qui avoisinent le désert de Gobi.

Après Sapor, mort en 272, on voit se succéder rapidement son fils Ormazd Ie", qui offrit à Mäni persécuté un refuge dan; son château de Dastagerd et ne régna qu’un an; un autre fi: de Sapor, Bahrâm Î+', qui en régna trois, et le fils de celui-ci, Bahrâm II, qui en régna dix-huit. C’est sous ce dernier que empereur Carus mena une expédition jusque dans le voisinage de Ctésiphon, où il mourutsubitement en 283. Bahrâm HI, qui ne régna que quatre mois, en 293, devai: son surnom de Sagân-châh, « roi des Sace: », à ce que son père Ormazd Ier l'avait constitué vice-roi du Sidjistan après la conquête de ce pays sur les Saces ou Sakas, peuple scythe qui occupait.

N:rsès, fils de S :por If, avait réussi à chasser de l'Arménie Tiridate, le protégé romain, mais il fut vaincu deux fois parle César Galérius que Dioclétien avait envoyé contre lui; il réussit, il est vrai, à battre ce ui-ci entre Callinique et Harrân en 296, mais, l'année suivante, il perdit |’Arménie ; sa famille fut faite prisonnière, et son trésor pillé. Il mourut de chagrin bientôt après. Tiridate recouvra l'Arménie, et les Romains pénétrèrent usqu’en Gcorgie. Il eut pour successeur, en 303, son fils Ormazd J1, qui fut battu et tué par les Arabes; son fils aîné et suecessenr Adhernarsè se fit remarquer par sa cruauté, qui lui

coûta la vie en 310; un frère de celui-ci, Ormazd, gardé en prison pendant treize ans, s’enfuit à Byzance et ne rentra en Perse que plus tard, à la suite de Parmée de | ’empereur Julien.

| - I n'y avait plus d'enfants de la femme légitime du roi; mais

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7 Fig. 22. — Sapor 1°r présente l’affranchi Cyriadès à l'armée romaine. (Sculpture sur la route de Chirâz à la mer.)

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une concubine attendait un héritier : c’est celui-ci qui fut couronné dès avant sa naissance, et qui, pendantsoixante-dix ans, -régna en Perse sous le nom de Sapor Il.

Sapor Il.

La conversion de l’empereur Constantin au christianisme modifia les rapports entre l’empire romain et la Perse, Les nombreux chrétiens qui vivaient sur le territoire de Pempire

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perse étaient tentés de chercher en dehors des frontières une protection contre les persécutions que leur réservait le mazdéismedevenureligion d'État: d’autres, au contraire, considérés comme hérétiques par l'Église orthodoxe, venaient réclamer auprès du Grand Roi le droit de conserver leurs croyances. En outre, Tiridate, roi d'Arménie, venait également de se convertir à la suite de la prédication de Grégoire l’Illuminateur. Les persécutions furent plus politiques que religieuses. Quand les Nestoriens vinrent s’établir en foule sur le sol perse, les vexations cessèrent : chassés du territoire romain, les hérétiques ne pouvaient plus porter ombrage à la cour de Ctésiphon. Cet établissement des Nestoriens fut le point de départ d’une évangélisation de PAsie qui porta leur influence très loin des limites de l'empire d’Iran, jusque dans le nord du continent et en Chine. Leur enseignement apporta avec lui emploi de Pécriture syriaque qui, après avoir servi aux Ouïgours, est usitée encore aujourd’hui pour transcrire les sons du mongol et du mandchou; toutefois, il paraîtrait que c’est plutôt à l'écriture re et de même origine, qu’il conviendrait de rattacher ces alphabets.

La lutte continuait ave: l’empire romain. Les Perses visaieat toujours l’Arménie, où ils auraient bien voulu s’établir. Sapor II occupa ce pays, mais il ne put s’y maintenir. Il envahit Nisibin en 340 sans pouvoir la tenir assiégée plus de deux mois. Il fallut conclure la paix, sans toutefois renoncer à l'Arménie, où Sapor installa comme roi Archak, qui payait tribut à la fois aux Perses et aux Romains. Après un armistice, la victoire des Romains à Singara, en 345, coûta la liberté et la vie à Narsès, fils du roi; mais ce succès fut suivi de fréquentes défaites. Quatorze ans plus tard, Amida (Diyarbékir) fut prise et sa population massacrée.

. Julien PA postai avait succédé à Constance II. La campagne qu’il entreprit, à la tête d’alliés tels que les Arméniens et le Sâsânide Hormisdas, le mena jusqu’à Ctésiphon. Partie de

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