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Argabedh, ayant pour fonction de poser la couronne sur la tête du roi ; elle n’en fut dépossédée, en faveur du grand-prêtre, que plus tard, quand la supériorité du clergé fut à son apogée. En outre, on comptait trois charges militaires et trois civiles. Les charges militaires étaient celles de sénéralissime (Éränspâhbedh), de général de la cavalerie (aspabedh) et de directeur de l’intendance (Érân-ambäragbeah) ; les civiles étaient celles de préposé aux affaires civiles, de juge arbitral, et de directeur de la perception des impôts en même temps qu’inspecteur des trésors royaux. Ces charges étaient des places honorifiques, dont les binéficiaires jouissaient des revenus de leurs fiefs, sans avoir part à l’administration de l’État: c’est dans la catégorie suivante que nous allons rencontrer les fonctionnaires dirigeant les destinées du royaume sous leur responsabilité.
Lesgrands (wazurzân) et les nobles (âzätäân) s'assemblaient, à l’intronisation d’un nouveau roi, pour lui rendre hommage et écouter le discours qu’il prononçait à cette occasion ; ils le détrônent parfois, et parfois aussi le mettent à mort. Ce sont « les grands officiers de l’Empire, les plus hauts représentants de la bureaucratie (1) ». D’après l’historien arabe Ya‘qoûbi (2), il y avait, après le roi, le waruzg-/ramädhär ou grand-vizir, le mébedhân-mébedh ou grand-prêtre, le hérbedh ou gardien du feu sacré, le dabirbedh ou chef du secrétariat, le sp4hbedh ou chef de l’armée. Mas‘oûdi (3) donne un ordre un peu différent, plaçant le grand-prêtre avant le grand-vizir : c’est que ses renseignements remontaient à une époque moins ancienne - que les documents de son prédécesseur, alors que les ecclésiastiques avaient acquis la prédominance dans le royaume. . Le grand-vizir s'était d’abord appelé hazära-pai, « chef de mille », parce qu’à l'origine il commandait un bataillon de la
(1) CXXXIII, p. ?0. — (2) Éd. Houtsma, I, p. 20”. (3) Kitâb et-Tanbth « Livre de l'Avertissement », dans ja Bibliotheca geogr. arabie,, VIIL 108.
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garde composé de mille hommes; les Grecs ont connu ce titre de y\apyse que portèrent Héphaistion, Perdiccas et Cassandre ; les Arméniens continuèrent longtemps à lui donner ce titre, même après qu’il eût été changé en celui de wäzuro-framädär, «grand commandant ». Comme la charge de premier ministré créée par les Khalifes abbassides l’a été sur le modèle sâsânide, on peut en inlérer ce qu’elle était en réalité sous les rois perses. Ce ministre avait la direction absolue de toutes les affaires, pour lesquelles il en référait au roi quand cela lui paraissait nécessaire. « Le vizir est celui qui arrange nos affaires, disaient les rois de Perse (1); il est notre langue avec laquelle nous parlons et notre arme que nous avons toute prêté pour en frapper notre ennemi dans - le pays lointain. » C'était un homme universel : il devait étre rempli de science et bourré d’anecdotes, de manière À satis- ‘aire toutes les demandes de renseignements exprimées par le roi; il devait amuser, l’intéresser, remplir au besoin les fonctions de l’astrologue et du médecin.
Jusqu'au règne de Khosrau Ie Anôchè-Ravân, l’armée n'avait qu’un seul généralissime, l’'Érén-spähbedkh. À cette époque, cette charge fut abolie et partagée entre quatre généraux en chef, chacun étant chargé d’un quart du royaume, ce qui était proprement le domaine d'un vice-roi nommé pâdhghôspän.
L'empire était, en effet, divisé en quatre parties égales nommées pâdhs6s, auxquelles on avait donné les noms des quatre points cardinaux : awékhtar (nord), khwarôsän (est) dont le nom est resté pour désigner l’actuel Khorasân, nimrôz (sud) et khwarwärän (ouest). Ces vice-rois dirigeaient Vadministration civile et commandaient probablement à des forcés militaires suffisantes pour maintenir l’ordre à l’intérieur et défendre les frontières contre l’ennemi du dehors. Sous
(1) Guide des vizirs, dans ENGER, Zeïtschr, der deutsch. morgenl. Gesell. schaft, XIII, p. 240, ES $ es
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s d … LV 4, 1$% * : é 2 : DRGANISATION DE LA PERSE SOUS LES SASANÏIDES 193
Khosrau 1°, et seulement à partirde cette épôque, lespéhbedh, le chef militaire, eut le pédhghôsrän sous ses ordres.
‘ Il n'y avait plus de satrapes, sauf en Arménie, en Adherbaïdjân, et dans les contrées limitrophes de PInde (1); les gou* verneurs des provinces s’appelaient marzbân, appellation réser vée à l’origine aux commandants militaires des marches, aux margraves, mais étendue plus tard aux préfets des départements, qui n'avaient plus la même étendue que les satrapies des Achéménides. Toutefois, les gouverneurs de race royale étaient qualifiés de châh, «roi ».
Le don d’un trône d'argent était une marque d'honneur spéciale ; par exception, le gouverneur héréditairé de lamarche Alano-Khazare, qui était un roi vassal, avait le droit de s’asseoir sur un trône d’or, comme le grand roi lui-même. Cest en souvenir de cette antique coutume que Mardâäwëédij, chef de bandes déïlémites, fondateur de la dynastie des Ziyärides, qui avait rêvé de reconstituer, au 1x° siècle, empire sâsänide dis. paru, s'était fait fabriquer un trône d’or pour lui-même et des trônes d'argent pour ses lieutenants.
On trouve encore, dans certains districts, des gouverneurs désignés sous l’appellation d’és/ändär qui semblent avoir été, à l’origine, des administrateurs du domaine royal, d’après arménien ostan, qui a primitivement le sens de territoire ou ville appartenant au roi; aux époques troublées, ils s’étaient mués en gouverneurs militaires.
Vers la fin de l'empire sâsânide, tous les pouvoirs civils et militaires sont concentrés entre les mains du généralissime, le spéhbedh, devenu le supérieur du pâdhghôspâr ou cumurlant les deux charges. Son titre devait survivre à la disparition de la monarchie : dans le Tabaristan, qui échappa longtemps à la conquête musulritane, des chefs indigènes se maäintinrent indépendants avec le titre de spéhbedh, arabisé en isfehbedh.
(9) S MARQUART, Eranshahr, 1, 110, 112, F7
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Lorsque, aux époques préhistoriques, les Aryens se sont installés sur les territoires qu’ils occupent aujourd’hui, ils paraissent s’être distingués des aborigènes subjugués par Vappellation d’ézéiän, « hommes libres », devenue plus tard synonyme de « noble ». C'est sûrement dans cette classe qu’il faut placer les chevaliers. Dès les temps les plus reculés, les Perses avaient le goût de l'équitation (1). Il était naturel que la chevalerie tint le premier rang après la haute noblesse. En temps de paix, ces chevaliers vivaient sur leurs terres et veillaient à la culture de leurs champs par les soins de leurs paysans ; cependant, quelquesuns d’entre eux séjournaient à la cour; il en est qui furent chargés de la surveillance des fils de Khosrau II (2). Leur instructeur était Fig 26.— Arlanès, un des grands fonctionnaires. Lors de la con-
ls de Tamet, ca-
ler pee. quête du Yémen sous Khosrau I*, Wahriz,
qui en fut nommé gouverneur, était un chevalier; certains restèrent même dans le pays, épousèrent des femmes indigènes et y firent souche.
Lesdéhqäns, chefs de villages, formaient une classe inférieure de la noblesse, qui vivait sur ses terres et ne se distinguait pas beaucoup des paysans proprement dits, sauf par l’éducation et peut-être le costume. C’est parmi eux qu'on choisissait le chahrigh, administrateur du canton (chahr). L'emploi principal du déhqän était la perception de Pimpôt, comme pour le ketkhodä de nos jours. Quand les musuimans devinrent les maîtres du pays, ils eurent besoin du concours de ces proprié-
(1) Le cheval était domestiqué dès les temps préhistoriques. Voir, sur une plaquette d'ivoire de l’Élam trouvée à Suse, la représentation de lEquus Przewalski, dans JÉQUIER, LXXXVII, t. VII, p. 26, fig. 15, à rapprocher d’une décoration gravée sur un vase en argent de Maïkop dans le Kouban, Russie méridionale (RoSTOvTzEv, Revue archéologique, 5° sér., t. XII, 1920, P+ 27). Se rappeler les innombrables noms propres de la période achéménide où entre en composition le mot asp, « cheval » (skr. açva).
(2) NœLDEkE, Geschichle der Araber und Perser (d'après TABARI, Annales), p.-857, ï #4
taires, chefs de villages, pour retirer de l’impôt foncier ce qw’il était capable de donner. C’est chez ces nobles de province
que Firdausi, dans le Châh-nâmeé, se flatte d’avoir recueilli les traditions qui forment l’histoire mythologique de l’ancienne Perse.
La noblesse, à ses différents degrés, était séparée du peuple par une barrière infranchissable. Elle se distinguait par la splendeur de ses montures, de ses vêtements, de son armement; les femmes portaient des robes de soi: l’escrime, Péquitation, la chasse étaient son partage. Les chevaliers jouissaient d’un rang honoré et de /4 toutes sortes de faveurs (1). Ce n’est qu’excep- [az tionnellement que l’on pouvait passer d’une F@S caste dans une autre; un roturier qui s'était N fait remarquer d’une manière extraordinaire Fig. 27. — Inétait appelé par le roi qui le faisait examiner par nes. ee les prêtres, et ceux-ci, suivant ses capacités, l’introduisaient dans leur collège ou ladmettaient parmi les guerriers ou les secrétaires (2).
Les paysans étaient attachés à la glèbe, astreints à la corvée, et servaient dans l’armée en qualité de fantassins, sans être encouragés par une solde ou par d’autres récompenses, comme nous lapprend Ammien Marcellin (3). La population des villes jouissait d’une situation plus avantageuse ; elle payait la taxe personnelle, comme les paysans, mais elle était à l'abri des levées pour le service militaire.