LÉS SASANIDES
| servé par les auteurs arabes, qui signifie étymologiquement « chef des Parthes »), jouir d’une telle faveur auprès du roi que les courti-ans, menacés de mort s’ils lui apprenaient la mort de son cheval noir favori Chabdiz, se servent de son entremise pour lui faire connaître, à mots couverts, la catastrophe. On cite les noms de mélodies célèbres, on a conservé le souvenir de « modes royaux », on énumère les instruments en usage, le luth, la flû'e, la mandoline, le hautbois et la harpe.
La chasse était le plaisir favori des rois ; il Péta't du temps des Achéménides, il l’est resté après le changement de religion de la Perse. Elle se faisait dans ces grands parcs enclos de murs, appelés autrefois « paradis », où l’on entretenait des lions, des sangliers et des ours. Théophane (1) nous apprend que les soldats de l’empereur romain Héraclius trouvèrent, dans les jardins abandonnés par Khosrau II, des autruches, des gazelles, des onagres, des paons, des faisans, et même des lions et des tigres. Deux bas-reliefs conservés de cette époque nous montrent une chasse au sanglier et au cerf, sur un terrain entouré de filets ; le roi et ses familiers, vêtus d’étofles somptueuses et d’habits brodés de perles, poursuivent le gibier à coups de flèches. Des joueuses de harpe distraient la compagnie. ;
Il est d'autant plus aisé de se représenter ce que pouvait être une audience solennelle du roi que la salle où elle avait lieu est encore debout, a été vue et dessinée par de nombreux voyageurs, ce qui fait moins regretter qu’un tremblement de terre, il y a peu d’années, ait fait disparaître le grand arc en ogive qui la signalait de loin. C’est le Täqg-i Kisra, la « voûte de Chn:roës », au sud-est de Bagdad et sur la rive droite du Tigre, que le voisinage du mausolée d’un des compagnons de Mahomet, Salmân-i Pak, a fait souvent désigner sous ce nom
lors des campagnes de la dernière guerre. On y voit le reste du Château Blanc que Khosrau I fit bâtir à Ctésiphon vers 550. La façade, ornée de niches, est sans fenêtres : la voûte était percée de cent cinquante ouvertures, de douze à quinze centimètres de diamètre, qui laissaient filtrer un jour mystérieux. Le trône était placé au fond de la salle, et, quand le rideau s’ouvrait, le roi, vêtu maguifiquement, assis sur son trône, ayant au-dessus de sa tête la lourde tiare garnie de perles et de pierres précieuses, suspendue — pour en alléger le poids — à une chaîne d’or qui pendait du plafond, le spectacle était si merveilleux que celui quile voyait pour la première fois tombait involontairement à genoux ( 1).
Les ambassadeurs étrangers étaient reçus avec des honneurs particuliers, etil en est encore de même dans la Perse actuelle. Quand un haut dignitaire de ce genre se présentait à la frontière, le gouverneur de la province s’informait du but de sa mission et en faisait immédiatement le rapport au roi, afin qu’on eût le temps de se préparer à la réponse: le monarque envoyaïit alors un cortège pour l'accompagner à la résidence royale : c'est le même cortège que, de nosjours, commande le mihmân-dâr. Les gouverneurs des provinces traversées par la route suivieprenaient soin quedeslogis appropriés fussenttenus prêts. L’escorte d’honneur devait prendre garde que Penvoyé n’inspectât pas de trop près l’état du pays ; car les ambassadeurs perses avaient pour instructions de se renseigner sur l’état des routes et des défilés, sur les rivières et les puits, sur les prairies donnant du fourrage, sur le caractère du prince et de son entourage, et la cour de Ctésiphon était en droit de penser que les représentants qu’on lui envoyait en avaient reçu de toutes pareilles de leur gouvernement. Dans une audience solennel e, le roi, assis sur son trône et entouré des grands dignitaires, interrogeait ambassadeur sur son nom et son voyage, sur sa
(1) CXXXIIT, p. 192, d’après NŒLDEKF, Geschichie der Araber und Perser, et ZOTENBERG, Histoire des rois des Perses de Thaälibi,
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commission, sur son auguste maître et sur l’armée dont celui-ci pouvait disposer. Puis le roi l’amenait à son palais en grande pompe, le régalait à sa table, l’'emmenait à la chasse, lui donnait une robe d’honneur et le congédiait avec le cérémonial habituel.
Le roi se montrait en public à de rares occasions, telles que les fêtes des équinoxes. Quand on délibérait sur de graves affaires de l’État, ou quand on tenait de grandes assises pour juger un des seigneurs, l’assemblée était publique, nous disent les auteurs arméniens, c’est-à-dire que non seulemert le roi était entouré par les mages, les courtisans et les soldats de la garde particulière, mais encore que le peuple était autorisé à jouir de ce spectacle en se tenant au dehors de l’enceinte. Toute cette pompe, toutes ces réunions de dignitaires n’avaient d’autre but que d’impressionner les spectateurs, car nul n’osait élever la voix en présence du roi. Quand Khosrau 1° réforma les impôts et établit de nouvelles bases de perception, ilassembla son conseil et demanda à deux reprises si personne n'avait rien à objecter aux nouvelles dispositions. À la troisième reprise, car tout le monde restait silencieux, un homme demanda respectueusement si le roi avait pensé à établir une taxe à perpétuité, ce qui, par la suite des temps, devait produire de l'injustice. « O homme maudit et imprudent! s’écria le roi. À quelle classe appartienstuP » Cet homme ayant répondu qu'il était un des secrétaires, le roi ordonna de le mettre à mort à coups d’écritoire, ce qui fut fait ; puis les assistants s’écrièrent : « O roi, nous trouvons justes tous les impôts dont tu nous charges ! »
Pour récompenser le mérite, les titres, les dons d'argent et les charges de cour étaient les moyens les plus usités. Le don d’une tiare impliquait le droit d’être admis à la table royale et au conseil du roi, même si l’on était étranger, comme c'était le cas pour ce citoyen romain qui, au dire d’'Ammien Marcellin, avait trahi ses compatriotes, du temps
dé Chäpoër II. Il ÿ avait des titres honorifiques, téls que rihicht, «le plus grand », donné par Yezdégüerd Ier à Moundhir, roi des Arabes, währiz que portait le général qui conquit le Yéinen du témp: de Khosrau 1*, Aazäraft que nous trouvons accolé aux fioms dé Zirmihr et du spahbedh Bisiäm, hazärmard & [ayant là force dé] millé hommes » donné par Khosrau II à un général byzantin envoyé à son secours par l’empereur Maurice. Cértains de ces titré compôrtäient le tom même du roi auquel était joint uhé épithète ou un substäntif. Comme Tahm Châpoûr, « Châpoûr est fort», où Dyâvidhän-Khosrau « Chosroës est étérnel 5. Un écclésiastiqué que l'on voulait distinguér tecévait l'appellation dé hamäk-dén, à qui connaît toute la religion ».
Le don d’une robe d’hônneur tirée de la gärdé-rôbe dn Souvérain était uné coutuiné frès ancienne; elle s’est perpétüée en Orient jusqu’à nos jours, où elle a été remplacée, depuis le xrx° siëele, par les ordres dé chévalerié empruntés à l’Europe. Chäpoûr II donna au général arménien Manuel, au rapport de Fauste de Byzance (1), un vêtement royal, une fourrure d’hermine, un ornement flottant en or et en argent pour attacher à l'aigle de son casque, un diadème, des orneménts de poitrine, une tente avec des tapisseries et des vases d’or. Pour récompenser le grand môbedh qui lui apporta une bonne nouvelle, Ardéchîr Ie lui remplit la bouche de rubis,
de pièces d’or, de perles et de joyaux. ù
Pour répondre à de pareillés prodigalités, il fallait que le trésor du roi, confondu d’ailleurs avec le trésor public, fût âbôndamment garni. L’un deceux de Khosrau Il, qui en avait plusieurs, se nommait gandj-i-bédh-âward, «le trésor apporté par le vent»; c'était celui que l’empereur romain avait fait embarquer au moment où les Perses menaçaient Constantinople; les navires qui lé portaient furent jetés par le vent sur
€) Ÿ Lfsois, Éietoriens arméniens, I, p. 301 EE
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la côte d'Égypte, où Le général perse Chahr-Baräz s’en empara. Un autre était le gandj-1-gâv, « trésor du bœuf », trouvé par un paysan en labourant la terre au moyen de ses bœufs ; C’étaient cent vases remplis d’or, d'argent et de pierres précieuses, que l’on crut avoir été enfouis sous terre par Alexandre ; le roi récompensa le paysan en lui laissant un de ces vases.
Le pillage de Ctésiphon, à la prise de cette ville par les Arabes, procura à ceux-ci un butin énorme qui leur donna la plus haute idée du luxe qui régnait à la cour des Sâsânides. On trouva dans le trésor royal la couronne de Khosrau II, sa garde-robe dont chaque pièce était brodée d’or et garnie de pierres précieuses ; un habit, notamment, qui était tissé de fiis d’or et parsemé de rubis et de perles; la cuirasse et le casque du roi, en or pur ; un tapis de 300 aunes de longueur sur 60 de largeur fait dé brocart de soie bordé d’émeraudes et orné de fleurs exécutées au moyen de pierres précieuses.
De tout ce luxe, il ne reste que quelques pièces éparses, entre autresles deux coupes du Cabinet des médailles à Paris : la première ornée de trois rangs de rosaces d’émail alternativement rouges et blanches, dans une monture d’or offrant au fond leffigie de Khosrau [er assis sur un trône que portent des chevaux ailés ; l’autre, en argent, représente Khosrau II se livrant au plaisir de la chasse.