ZOROASTRE
La vie du législateur de l’Iran n’est qu’un tissu de légendes dans lesquelles on a cherché en vain à déméler quelque base historique. Son nom même est d’une explication pénible et à aucun degré satisfaisante. Il s’appelle, dans VAvesta, Zarathouchtra, précédé ou non de Spitama, qui paraît être un nom de famille et se rattacher au mot spit qui signifie « blanc » Ouchira est le chameau, mais c’est la première partie du nom du prophète, zarath, qui fait toute la difficulté et surtout la présence du /h, dentale spirante:
sourde; sinon on penserait à zara, et le nom entier pourrait
signifier « qui possède des chameaux d’or », mais c’est encore très invraisemblable (1).
L'époque où il vivait est malaisée à déterminer. Les écrivains grecs et latins, qui tiraient leurs renseignements d’un milieu où la légende était déjà formée, la reportent à six mille an avant l’ère chrétienne, ce qui est purement absurde. La tradition parsie, telle qu’on la retrouve dans le texte pehlevi du Bundéhich, place la vie de Zoroastre entre le vu® et le vi° siècle avant le Christ, et cette date est actuellement adoptée presque généralement; car les g4/hà mentionnent le nom du prophète, et, à raison du caractère
(1) CLIV, p. 1-22, reproduit dans CLIII, p. 150-178, æ
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archaïque de la langue dans laquelle ils ont été composés, il est difficile de ne pas les faire remonter au moins à l’époque des premiers Achéménides. L’orientaliste West a même prècisé encore davantage et fixé les dates de 669 à 583 avant le Christ.
C’est la Médie, centre des mages, et en particulier la Médie Atropatène, l’Adherbaïdjân de nos jours, qui a vu naître Zoroastre; mais c’est dans l’est de l’Iran, à Bactres, qu’il paraît avoir trouvé le protecteur puissant qui a défendu sa réforme et l’a adoptée le premier, et il est bien tentant de voir dans Vichtâspa le même personnage qu’Hystaspe, père de Darius Ier, qui n’était pas roi, il est vrai, mais vice-roi de la Bactriane; cette hypothèse, qui n’a pas eu la faveur des spécialistes, à été émise ily a bien longtemps par Anquetil-Duperron luimême (1).
Les traditions parsies nous enseignent que Zoroastre était le fils de Poourouchaspa et de Doughedha; sa vie n’est qu’une série de miracles. Les magiciens et les nécromanciens essayèrent de le faire périr, mais sans succès. À l’âge de vingt ans environ, il se retira du monde pour se préparer à la mission qu’il se sentait appelé à remplir. A trente ans, une révélation décida de sa carrière; elle eut lieu sur le bord de la rivière Dâïtya, que la tradition place en Adherbaïdjân. C’est l’amchaspand Vohu-Manô, «la bonne pensée », quilui apparut et le conduisit devant le trône de Dieu, avec lequel il s’entretint. La mention d’un amchaspand indique le caractère récent de la légende.
Six autres apparitions suivirent la première, dans l’espace de dix ans. Durant cette période, il prêcha en vain la réforme; soit en dehors du territoire iranien, au Touran, soit dans la Sacastène, Sidjistan actuel, sans aucun succès; les prêtres d’alors, que ?’Avesta connaîtsous les appellations de Xavï et de Karapan, s'y opposèrent de toutes leurs forces. Sur l’ordre