‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 60 sur 91 · LXX VI · texte numérisé non relu

LXX VI

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d’Ahura-Mazdä, il sé rendit à la cour de Vichtäspa et consacra deux années entières à là conversion de ce roi, mälgré des obstacles de toute natüre. Le prophète ävait alors quarantedeux ais (618, d’après lés calculs dé West). | - Les zâthä nous donnent dés détails sur lés protecteurs qué Zoroästre tfouva À là coûr du roi. C’est le ministre Djämäspa et son frère Frächaochtra, conseiller du roi. Le premier épousa la fille du réformateur, Poouroutchista, et la fille du sécond, Hvôvi, devint la troisième femme de Zoroastre. Les chapitres récents de l’Avesta et les textes pehlevis ajoutent à ces noms ceüx des fils du roi, parmi lesquels Spento-dâfa qui est devenu Isfendÿär dans l’épopée, et le frère du même, Zairi-vairi (Zartr).

Les conversiohs se produisent alors en masse et s’étendent à travérs tout l’Iran. La tradition, d’ailleurs éans valeur, préténd méme que la prédication &’étendit au Touran, et jusqu’à Certaines parties de l'Inde, dé là Grèce où de l'Asie mineüre; ét, comme nous savons qu’il n’en fut rien, on peut sé demander &il n’ést pas resté dans ces traditions postérieüres et relativemetit récentes, qüelque ressouvenir de l’ex-

pâansion du Culte dé Mithra. On prétend que les dernières

années du prophète fürent occupées à des guerres saintes; la

défnière de toutes füt employée à repousser une invasion des

Hyaoña, au cours de laquelle Zoroastre pérdit la vié. L’ennem: était commandé pär Aradjätaspa (Ardjäsp), et le meurtrier du prophète s'appelait Toûr-i Brâtärvakhch. Zoroastre avait soixante-dix-Sept ans (563) (1).

On s’est demandé ce qu’il pouvait y avoir d’historique dans ces traditions, la plupart tardives, et la question est restée sans solution définitive. Ce qu’il y a d’étrange dans lesrelations des Grecs, c’est que ni Hérodote, pourtant si bien informé, ni Xénophon, qui ävait remonté le couts dü Tigre à là tête des

(1) CLIII, chap. IX et X: Wesr, S. 8. E., XLVII Introd., $ 55, P.:A, 44

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dix mille hommes ramenés de Cunaxa, ne connaissent le nom de Zoroastre. On ne trouve celui-ci que chez des auteurs, anciens à la vérité, mais dont nous n’avons que des récensions récentes : Xanthus de Sardes, antérieur à Hérodote il est vrai, du temps d’Artaxercès I°', mais on ne le voit cité que dans Diogène Laërce, sous Alexandre Sévère (1); Hermippus, qui écrivait vers 200 avant Jésus-Christ mais n’est cité que par Pline (2), ainsi qu'Eudoxe, élève de Platon, et Aristote luimême; nous n’avons Ctésias, pour ce qui concerne le même, que dans Diodore de Sicile (3). Tout cela est fort incertain; mais la mention du nom du prophète dans les gé/h4 nous reporte au moins au temps des Achéménides, comme d’ailleurs les auteurs grecs cités, et cela concorde assez avec la tradition que fait remonter aü commencement du vi° siècle avant notre ère la réforme qui décida de javenir religieux de la Perse (4).

L’Avesta est le code sacerdotal de la réforme de Zoroastre.

Soit dans son texte même, soit dans ses commentaires pehlevis, nous avons un exposé de la conception cosmogonique de ses adeptes renfermant les plus vastes et les plus minutieux détails. La langue dans laquelle il est écrit n’est pas le vieux perse des inscriptions achéménides, mais elle en est la sœur; à côté de V’idiome de la Perse antique, nous avons l’idiome de la Médie, proche parent d’ailleurs du sanscrit. La rédaction n’en est pas uniforme et représente au moins trois étages successifs : les gâthä ou hymnes, les parties anciennes et les parties jeunes. Les hymnes nous reportent, comme étage linguistique, au temps des premiers Achéménides, tandis que les parties jeunes rappellent les déformations du langage dont on trouve déjà la trace dans les inscriptions des derniers descendants de Darius Ier.

(1) XLI, p. 74.

(2) Hist. nat. (éd. Mayhoff), lib. XXX, 1, 3 et suiv., dans CLIIT, p. 42.

(8) VI (éd. Vogel) lib. I, 94, 2? : Zabravornv. Liste des auteurs anciens,

grecs et latins, par ordre chronologique, en appendice à CLIII, (4 XLII, p. 11 et suiv.

Dans les Gâthä, Zoroastre dit lui-même que son intention était de rendre à religion sa pureté ancienne (1) ; le Dînkart semble le montrer luttant contre les superstitions, la magie, ‘ l’invocation du mauvais esprit. Son enseignement est basé sur

l'existence de deux principes, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal; ils sont tous deux en lutte, avec des alternatives de succès et de défaites pour l’un comme pour l’autre. L’univers est séparé en deux par un immense abîme; des deux côtés combattent les forces des deux ennemis. Ormazd crée ce qu’il y a de bon; Ahriman crée ce qu'il y a de mal, pour détruire l’adversaire. Aristote, qui ignore le nom de Zoroastre, . connaissait la lutte des deux esprits, Oromasdes qu’il appelle Zeus, et Areimanios qu’il compare à l’Hadès (2). Finalement Ormazd sera vainqueur, le bien l’emportera sur le mal.

Du temps des Sâsänides, une tendance monothéistique se fait nettement jour dans des sectes dissidentes. On s’est servi de l'expression « temps sans bornes » (zrvan akarana), que l’on rencontre dans les parties récentes de l’Avesta, pour en tirer l’idée d’un Dieu unique supérieur aux deux principes, à O:mazd et à Ahriman; cette doctrine était connue de Théodore de Mopsueste, au 1v® siècle de notre ère, et des écrivains arméniens Eznik et Elisée, au v® siècle.

L'esprit du bien et l’esprit du mal ne sont pas seuls à combattre : ils ont chacun une armée, l’armée du ciel et l’armée de l'enfer ; les forces sont opposées les unes aux autres. À la tête de l’armée céleste est toujours Ahura-Mazdä, « le Seigneur sage », mais il n’est plus seul à dominer les divinités inférieures ; il est entouré d’un conseil de six ministres dont il est le président. Ce sont les six Amchaspends, Amecha spenta, « immortels saints », auxquels Ahura-Mazdà vient s’ajouter pour former le septième, étant donné qu’il est le premier de

(1) YasNA, 44, 9.

(2) DiocëNE LAERCE, Vies des philosophes, introd., 8. Cf. PLUTARQUE, Je. et Os., 46, 4, ; AGATHIAS, Hist., 2, 24 et suiv.

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la série: Ce sont des abétractions sans aucune réälité, les ârchanges qui se tiennent devant le trône de Dieu, les ministres attentifs aux ordres du grand roi. Vohu-Mané (Bahman) est «la bonne pensée », Acha-Vahichta (Ardibihicht) « la meilleure vertu », Khckathra-Vairya (Chahriver) « Pempirè désiré »; Spenta-Armaïti (SipendArmidh) « l'abandon généreux », Häurvatät (Khordâdh) « la santé », Ameretât (Mourdâd) « l’immoftalité »;: J; Darmesteter à émis l’idée que la conception des Amchaspends était empruntée aux néo-platoniciens d’Alèxandrie, qu’ils étaient une adaptation des forces de Philon, et que, par conséquent, les Gâihâs ne pouvaient être antérieures au 1*' siècle de notre ère. Ii paraît pourtant que cette idée d’uñe hiérarchie de sept énergies moralés, sans sè rapporter exactement aux Adifya védiques, est néinmoins plus ancienñe que les spéculations des Juifs hellénisés et ressemble singulièrement aux archanges des partiès récentes de la Bible; Gabriel, Michel, Raphaël (1).

Les Amecha-spentas sont les protecteurs dé divers êtres; à Vohu-mâno sont attribués les animaux utiles, à Acha-Vahichta le feu, à Khchathra-Vairya lés métaux, à Spenta-Arimaïti la terre: Haurvatât et Ameretât protègent les eaux et les plantes. Certains mois du calendrier; certains jours de la semaipe, certaines fleurs (2) leur sont spécialement consacrés.

Plus bas dans la hiérarchie sont les innombrables Yazaia, «ceux qui méritent d’être adorés », dieux inférieurs ou géies. Ce sont les vingt-quätre diéux dont parle Plutärque dans le traité de Iside et Osiride, mais pour lAvesta le nombre en est incalculable ; c’est par milliers qi’on peut les compter (3).

(1) J. Darmesteter (Ormazd ét Ahrimane, 38-86) avait comparé les Amchaspends aux Aditya, mais il a renoncé plus tard à cette idée, pour n’en faire remontér fa conception qu’à Philon. Voir lès référentes sur cêtte ques: tion dans JACKSON, IX, II, p 634, $ 54, n. 4.

(2) C’est dans le Bundéhich que l’on trouve cette idée (27, 24, dans Wgsr, Säcred Books. of he East; V, 103-104). ‘

(3) YASHT, 6, 1,

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