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Diogène Laërce savait que, pour les Perses, l'air est peuplé d’esprits (1). Toutefois, les principaux sont ceux auxquels un jour du mois est consacré dans les Siréza, livres des Parsis. Ces génies sont divisés en deux classes, une céleste et une terrestre; Ahura-Mazda est le plus grand des Yazata célestes ; Zoroastre est à la tête des Yazata terrestres. Ils sont les génies tutélaires du soleil, de la lune, des étoiles, de la terre, de Pair, du feu et de l’eau, ou des personnifications d’idées abstraites, la victoire, la vérité, la paix, la puissance. Atar, « lé feu, » est le fils d’Ahura-Mazdä, le feu du ciel comme celui qui est renfermé dans les veines du bois ; Apo, « l’eau », est objet d’une dévotion particulière : Hvare-Khchaëta, « le soleil brillant », est l'œil d'Ahura-Mazda; il est entraîné par des chevaux rapides. Après eux viennent Mäh, « la lune », et l'étoile Tichtriya que Plutarque appelle Sirius. Mithra, originairement le dieu du contrat, est le dieu de la lumière et de la vérité; nommé avec Anäâhitä dans les inscriptions achéménides de basse époque, il fut adopté par la secte mystérieuse qui propagea son culte jusque dans les provinces les plus éloignées de l'empire
romain. Les bas-reliefs mithriaques, représentant un homme, coiffé du bonnet phrygien, jugulant un taureau, ont été trouvés
dans nombre de contrées, notamment à Paris, et tout récemment à Capoue (2).
Sraocha, « l’obéissant », est, avec Mithra et Rachnou, lun des anges qui jugeront dans l’autre monde ; il est aussi l'ange gardien du monde. Les Fravachi sont aussi des anges gardiens; elles existent dans le ciel avant la naissance, elles s’unissent À Pâme après la mort. Sorte de mânes, elles sont des auxiliaires d’Ahura-Mazdâ dans la lutte contre le mal. Elles ne sont pas mentionnées dans les g4fh4 métriques, mais, comme celles-ci n'existent qu’à l’état fragmentaire, cela ne veut rien dire; à l’époque médique, nous trouvons le nom Frayartich,
(1) Introd., 6, 6. — (2) Voir plus haut, 2° partie, ch, II, p. 139 et suiv.
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Phraortès (1). Elles ont donné leur nom au premier mois de l’année (/arvardin).
Verethraghna, le génie de la victoire, est devenu le nom de
la planète Mars sous la forme Behrâm, par l’intermédiaire du pehlevi Varahran. Vâta «le vent », Asmân « le ciel », Zem « la terre», sont également des personnifications rangées parmi les Yazaia.
Haoma est une plante divinisée, celle qui donne le nectar dont l’absorption est réservée aux prêtres, et dont la préparation rituelle fait l’objet de nombreuses prescriptions. C’est le s6ma des Indiens, ce qui indique que son culte est fort ancien, antérieur à la séparation des deux branches du groupe linguistique indo-iranien ; cependant il n’en est point question dans les gâthä. Plutarque le connaît sous le nom d’omémi.
En face de l’armée du bien se tient l’armée du mal, les forces infernales déchaînées à la conquête de l'Univers. Son chef est le mauvais esprit, l’esprit d'angoisse, Angra-Mainyu (Ahriman) (2). C’est lui qui commande aux démons, daéva, le même mot qui, en sanscrit et en latin (déva, divus) désigne les dieux. Aristote connaissait son nom sous la forme Areimanios. C’est la mauvaise pensée, la rébellion, le mensonge, déjà nommé en toutes lettres dans l’inscription de Bisoutoûn (3), toutes les formes du mal dans lunivers ; il se met en travers de la création bonne et, s’il ne peut l’anéantir, il tâche au moins d’en amoindrir l'effet ; il est le mauvais créateur et ses inventions sont des « contre-carrures » (paityäâra) (4); quand Ahura- Mazdä créa la vie, Angra-Mainyu créa la mort. Son séjour, ce
(1) Cf. sur cette question N. S‘DERBLOM, Les Fravashis, Paris, 1899, p. 1-79.
(2) Maïnyu signifie « la pensée »; mais angra n’est pas clair; Darmesteter, l’a rapproché d’une racine ang qui donnerait à ce mot l’idée de « resserrement, nécessité, angoisse », mais Geldner, Jackson et Bartholomæ penchent pour une racine hypothétique ans avec le sens de « s’opposer, haïr ». Cf. les références données par IX, IL, p, 649, n. 5 et 6. ,
(8) Drauga; toutefois, rien n’indique Popposition de deux principes, ni que le mensonge soit opposé à la vérité.
(&) Dans l’épopée iranienne, paiyära, « monstre, création diabolique ».
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sont les ténèbres sans fin. Mais cette lutte sans merci s’achèvera un jour par le triomphe du bien et l’anéantissement du mal, au jour du jugement dernier.
L’enfer est peuplé de daéva (div), de druy, de darvant, de païrika (péri), de dragons et de monstres, tous créés par le mauvais esprit pour combattre la bonne création d’Ahura- Mazda. Ils habitent le nord : la porte de l’enfer est le mont Arezoûra, dans la chaîne de ’Albourz; la province du Mâzandérân, sur les bords de la Caspienne, est leur habitat coutumier. Ces daéva sont des personnifications des péchés, des fautes, des maladies ; ils sont innombrables, comme le sont les forces qui assaillent l’homme. La lumière du jour les met en fuite; on peut conjurer leur action par des cérémonies religieuses, car Zoroastre est un de leurs grands ennemis. Les Mages, au dire de Clément d'Alexandrie, se vantaient de pouvoir contraindre les mauvais génies à les servir. Un livre tout entier de l’Avesta est consacré à la lutte contre les, démons ; c’est le Vendidâd, proprement vidaéva dâia, « la loi antidémoniaque ».
Le Bundéhich nomme avec Ahriman un groupe de six démons que le parallélisme obligeait à mettre en face et en opposition avec les six Amecha-spenta. On sent le caractère artificiel de cette composition (1). Trois d’entre eux portent des noms de divinités indiennes : Indra, Sarva, Nâsatya, aisément reconnaissables sous la forme Indra, Sauru, Nâosihaitya. Aka-Mano, « la mauvaise pensée », est paturellement l'adversaire de Vohu-Mano, « la bonne pensée ». Un rôle à part doit être réservé à Aëshma, le démon de la fureur, de la dévastation, bien connu sous le nom d’Asmodée, qui, du Livre de Tobie, est passé dans la démonologie chrétienne (2).
(1) Elle ne remonte guère qu'aux parties les plus récentes de PAvesta.
(2) CV, t. Il. p 132. Cf. WINDISCHMANN, Zoroastrische Siudien, p. 138
et suiv.; KonurT, Jüdische Angelologie und Dämonologie, p. 75 et suiv.:
| 3. H. Mourron, The iranian background of Tobit. dans PEæpository Times, L XI, p. 258 et suiv. : <
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Le Yazata Sraocha, incarnation de l’obéissance religieuse, de la dévotion, est chargé tout spécialement de le combattre et le réduira à néant à la fin des temps. En dehors des démons, un groupe d'êtres malfaisants est formé par la droûdje et ses acolytes du même nom, Droûdje est le mensonge, incarnation ou manifestation du mauvais esprit. De ce mot vient Pexpression darvant (1), ‘qui, dans les Gâthä, désigne les méchants, les athées, en opposition aux justes, serviteurs de Dieu, Dans les parties récentes de l’Ayesta, ce sont des démons, incarnés dans les habitants des marais du Gîlan, au sud de la Caspienne (2). D’autres droûdjes sont la nasu, le démon femelle qui est la corruption des cadavres, œuvre impure entre toutes ; elle prend, pour s’y introduire, la forme d’une mouche;
elle peut être chassée du corps mort par le regard d’un chien,
rite qu’on appelle sagdfd, ou du corps vivant par la cérémonie du Barashnoûm, purification de neuf jours; puis Aji-Dahâka dont les historiens arabes et le Châh-Nâmè qui les suit ont fait un roi ennemi de la Perse, Dahhâk, surnommé Bîwer-asp, « aux dix mille chevaux », et dont les Persans ont donné le nom à un serpent fabuleux, le dragon (ajdeh4). L'Avesta parle de lui comme d’un monstre à trois têtes, six yeux et trois bouches ; le Châh-Nâmè le représente avec un serpent sortant de chaque épaule, nourri chaque jour avec des cervelles humaines. La capitale de ce roi est Babylone : il y a probablement, dans ce type mythique, un ressouvenirde quelque persécution de la nation perse par la Babylonie à l’époque où celle-ci dominait la Susiane et les montagnes du Fârs, en même temps qu’on lui prêtait le caractère diabolique qui le distingue (3). C’est lui que renverse Thraétaona (Féridoûn), le héros de la rénovation iranienne, lequel l’enchaîne sous le
(1) Dans les gâthâ, dregvant; dans l’Avesia récent, drvant; cette dérivation a pour elle l’autorité de Bartholomeæ. ES
(2) CXXX VII, t. IE, p. 378, n. ?.
(@) Wesr, Sacred Books of the East, X, 131, n. 6; CXXXVIT, 1. H, p. 275, n 89, et t. III, Introd., P. LXIX, |
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mont Démâwend, Les yâtu sont des magiciens, les pairikâ (péri) des fées, des sirènes, dont la mauvaise influence se communique à la terre, à l’eau, au feu, au bétail, aux plantes ; elles ensorcellent les étoiles pour qu’il ne pleuve pas, elles les font tomber sous la forme d'étoiles filantes. - La durée du monde actuel est de douze mille ans (1); cette longue période est partagée en époques plus courtes, de trois mille ans chacune, La première franche de trois mille ans est la période de la création spirituelle ; Ahriman sort des ténèbres, est éboui par la lumière; Ormazd lui offre la paix, et, comme Ahbriman Ja refuse, Ormazd lui propose ur combat de neuf mille ans, sachant bien que le mauvais esprit sera détruit à la fin. La seconde tranche correspond à la création matérielle ; Ormazd crée les Amecha-Spenta, le ciel, l’eau, la terre, les plantes, les animaux, l’homme; en même temps, Abriman crée les démons et les esprits du mal. La troisième période nous fait voir, dans l’humanité, le combat du bien et du mal; elle s’étend depuis le premier homme, Gâäyômarth, jusqu’à la mission de Zoroastre et à l'adoption de la réforme par le roi Vichtäspa, La quatrième période s’étend de Papparition de Zoroastre jusqu’au jour du jugement dernier. La résurrection des morts a lieu ; Ormazd triomphe d'Ahriman { le bien domine sans conteste.
Les Zoroastriens croient à l’immortalité de l'âme. Pendant trois jours après la mort, l’Ame flotte encore autour du corps et y éprouve de la joie et de la peine comme quand il était en vie; puis l’âme est emportée par le vent; elle se présente devant le pont Tchinvat ({chinvalo perelu) où elle trouve un tribunal de trois juges, qui sont trois Yazata, Mithra, Sraocha et Rachnu, comme les trois juges des Enfers dans l'antiquité
grecque, Minos, Eaque et Rhadamante. Ce sont eux qui
(1) Rapprocher de ce nombre rond le chiffre de douze mille peaux de bœuf, c’est-à-dire de parchemin, sur lesquelles, d’après les traditions parsies, était tracé le texte entier de l’Avesta, brûlé à Persépolis par Alexandre,
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pèsent dans la balance (1) les actes de l’homme pendant sa vie, et leur décision dépend du mouvement du fléau. Ensuite a lieu le terrible passage du pont Tchinvat, étendu sur l'enfer entre la chaîne de l’Albourz et la montagne Dâäitya. Il est large et aisé pour l’âme du juste, étroit et de plus en plus mince quand il est parcouru par l’âme du méchant, qui finit par trébucher et choir dans les profondeurs de l’abime, où l’obscurité est si épaisse qu’on peut la saisir entre les mains.
Après avoir traversé les demeures de la bonne pensée, de la bonne parole et de la bonne action, Pâme du juste atteint la lumière éternelle, la maison des cantiques, la belle demeure, le Garônmâna qui est « le meilleur monde » (arhu vahichia,
| persan bihicht). De même, le damné descend par degrés jusqu’à
l'habitation de douleur qui lui est réservée. Entre le paradis et l'enfer est situé un purgatoire où se rendent les âmes de ceux dont les bonnes et les mauvaises actions se contre-
| balancent, le Haméstakân, la « demeure des poids égaux »;
c’est là qu’ils attendront la résurrection.
Les derniers jours seront annoncés par la venue d’un Messie sauveur et libérateur, Saochyant, qui renouvellera le monde après la résurrection, et précédera le jugement dernier. Un flot de métal en fusion couvrira la terre et la purifiera. Alors aura lieu le dernier combat d’'Ormazd et d’Ahriman, du bien et du mal, de la lumière et des ténèbres, pour se terminer par la défaite complète et irrémédiable du second.