‹ La Persé antique et la civilisation iranienneChapitre 65 sur 91 · RELIGIONS ÉTRANGÈRES EN PERSE · texte numérisé non relu

RELIGIONS ÉTRANGÈRES EN PERSE

Au cours de la même période sâsânide, le christianisme et le |

bouddhisme se sont introduits en Perse.

= Christianisme. — C’est d’Édesse que partit l’'évangélisation | de la vallée de l’Euphrate et du Tigre. Pendant longtemps le | pouvoir des Sâsänides ne sentit aucun danger dans la présence, de chrétiens à l’intérieur des frontières de l’Empire ; Eusèbe rapporte une lettre de l’empereur Constantin par laquelle il félicitait Sapor I< de la bienveillance qu’il leur témoignait, et se réjouissait de la prospérité des églises et de leur accroisse-. ment continu. Lasituation changea avec Sapor II, qui réclama : la restitution des cinq provinces cédées autrefois à Galérius. Il. fallait de l'argent, et l’on pensa à le prendre chez les chrétiens, qui n’étaient pas astreints au service ‘militaire, et que l’on commença à accuser de pactiser avec les ennemis et de leur | servir d’espions. Il s’ensuivit une persécution qui commençaen | 339-340 et continua jusqu’à la mort de Sapor Il, en 379. Deux décrets furent publiés à cette occasion : l’un exigeait le paie- | ment d’une double capitation ; l’autre ordonnait la désaffectation des églises, ou leur destruction en cas de résistance. |

L’évêque de Séleucie, Simon Barsabbaé, après une longue détention, refusa la levée d’un nouvel impôt et Papostasie;s aussi fut-il condamné à mort. ä

@ La délation régna en maître, et l’on vit même le neveu d’un évêque dénoncer son oncle : mais ce furent les fonctionnaires et les mébeds ou prêtres mazdéens qui se signalèrent dans ces poursuites. Aucune règle ne présidant à la procédure, la prison préventive durait souvent plusieurs mois; les chefs et le roi lui-même interrogeaient les prisonniers quand cela leur convenait. La question était le moyen employé pour provoquer les aveux. Les supplices étaient cruels, mais non d’invention récente : il en avait toujours été de même en Orient.

Comme il arrive en pareil cas, il se produisit des méprises; un des eunuques favoris du roi, nommé Azâd, fut confondu avec d’autres victimes et périt avec elles. Sapor sentit qu’on était allé trop loin; il prescrivit d’épargner ceux qui n'étaient ni évêques ni prêtres.

Yezdeguerd I° se refusa à traiter en ennemis ses sujets chi tiens: il se mit ainsi mal avec le clergé mazdéen, qui le surnomma € le pécheur ». Les sources chrétiennes le louent de sa bonté, de sa douceur, de sa munificence. C’était un politique avisé, ami des solutions pacifiques, et pourtant un despote aussi capricieux que les autres souverains de la dynastie : sur la fin de sa vie, il n’hésita pas à reprendre les persécutions quand il lui parut que l'influence des chrétiens devenait trop grande, Le prosélytisme s'était exercé librément, et de hauts fonctionnaires, dont quelques-uns appartenaient aux grandes familles, s’étaient convertis au christianisme. Des imprudences, d’ailleurs, furent commises par des prêtres téméraires. Un pyrée, ou temple du feu, contigu à l'église d’une ville du Khouzistan, et qui génait les chrétiens, fut démoli par eux. La plainte des môbeds fut portée devant la cour, et le roi condamna l’évêque à rétablir le temple détruit; l’évêque refusa et fut condamné à mort. D’autres poursuites du

232 LES SASANIDES

même genre eurent le même résultat. Yezdeguerd aurait peut-être rendu un édit de persécution s’il n’était pas mort dans l’automne de l’année 420. A la fin du règné de Behrârm et de celui de Yezdeguerd II, ïl y eut encore de nombreuses poursuites du même genre, sans qu’on puisse constater uné persécution générale.

Gependant, le second de ces princes paraît avoir été mû par fe fanatisme religieux, car il interdit aux Juifs la célébration du Sabbat. De nombreux évêques et des laïcs illustres périrent dans la tourmente. En 447, Péthion, qui avait évangélisé les montagnes du Kurdistan, fut décapité:

Les chrétiens subirent le contre-coup des guerres entréprises par Chosroës I contre Justinien et de la dévastation de la Syrie qui les accompagna. On détruisit les églises et surtout les monastères ; on jeta en prison et l’on mässacra les nobles perses qui avaient embrassé le christianisme (542-545); mais On n’osa pas attenter à la vie du catholicos ou patriarche Maraba, qui fut relégué dans les montagnes. On lui rendit la liberté parce qu’il contribua, par ses exhortations, à réduire la révolte d’Anocha-Zäd, fils de Chosroës Ier et d’une chrétienne (551): Lé roi, en 567, conclut avec Justinien un traité qui devait assurer la paix pendant cinquante ans; un article de ce traité portait la tolérance de la religion chrétienne chez les Perses, à la condition que les chrétiens s’abstiendraient de toute propagande.

Chosroës II observa, à l'égard de ses sujets chrétiens, une neutralité assez malveillante, tant que ses armées furent victorieuses; mais, quand il vit ses États envahis par les troupes d'Héraclius, il leur manifesta une hostilité déclarée. Les Monophysites et les Nestoriens furent également victimes des poursuites. Sa fin tragique fut pour eux une délivrance: Chirôyé leur rendit uné complète liberté. La crainte des Byzantins y était peut-être pour quelque chose.

L'église de Perse, à la suite de divers'synodes, était deve-

nue aussi hiérarchisée que celle des territoires romains. Les provinces ecclésiastiques correspondaient aux divisions territôriales ; en 410, en dehors du diocèse patriarcal, on comptait cinq métropoles, toutes villes de la vallée du Tigre. Plus tard On y joignit Merv dans le Khorasan, la Perside, les tles du golfe Persique. D’autres évêchés ont sûrement existé dans l’Indé, dans Pile de Socotora, én Bactriane. Le siège patriarcal était naturellement établi dans la capitale, Séleucie-Ctésiphon. L’évêque de cette ville prend lé titre de catholicos et, à partir dé 424, celui de patriarche (1).

Bouddhisme. — Les parties orientales de la Perse, sous les Sâsânides, étaient bouddhistes. L’exploration de PAfghanistan, ce pays si longtemps fermé à toute intrusion étrangère, vient enfin de s'ouvrir grâce à l’appui éclairé de l’'émir, Amân-oullahkhân, et une mission archéologique française, dirigée par M. Foucher, a déjà relevé des monuments qui décèlent linfluence bouddhique, tels des stupas. I1 faut ajouter que le temple de Balkh, l’ancienne Bactres, dans lequel les conquérants arabes voyaient un pyrée ou temple du feu, s’appelait Nau-Bahär, qui est évidemment la transcription de navavthära, « le nouveau monastère », et que le nom de l’illustre famille de Barmak, qui donna des hommes d’État aux premiers khalifes abbassides, et dont la fin fut tragique, représente le titre de paramaka qui désigne le supérieur d’un couvent bouddhique. Les relations des pèlerins chinois ne laissent d’ailleurs aucun doute sur Pexistence de centres de cette religion sur la route qui, en traversant l’Hindou-Kouch, menait des régions occidentales de la Chine jusque dans l’Inde, berceau de la réforme religieuse à laquelle Gautama Bouddha a attaché son

nom.

(1) CLVIII, passim,

234 LES SASANIDES

Page 1