FÊTES DE L'ANNÉE SOUS LES SASANIDES
Le premier jour du mois de Farvardin était le commence. ment de l’année perse ; on le nommaït Nau-roûz, « nouveau jour », et c'était une très grande fête. Les Sogdiens lappelaient nau-sard, c’est-à-dire « nouvel an ». La coutume était que chacun fit présent à ses amis de sucreries, usage qui s’est conservé dans la Perse moderne et que les Turcs ottomans on adopté pour la fête de la rupture du jeûne, appelée aussi pour cette raison « fête du sucre » (chèkèr-baïrami). Cette fête tombait alors au solstice d’été, c’est-à-dire le 21 juin ; ce n’est que peu à peu, et par suite de la difficulté de corriger le calendrier (l’année perse ne comptait que 365 jours), qu’elle s’est rapprochée de l’équinoxe de printemps ; la réforme de Djéläl-eddin Malak-Châh l’a fixée définitivement au 21 mars, date que le nauroûz-i-soltâäni a conservée jusqu’à maintenant.
Le sixième jour de ce même mois, consacré à l’Amechaspenta Haurvatât (Khordädh), avait lieu le grand Nauroûz. On l’appelait le jour de l'espérance, parce qu’on croyait que les lots de bonheur étaient, par le sort, distribués ce jour-là. On se jetait de l’eau les uns aux autres, parce que, disait-on, ce jour était consacré à l’ange gardien de l’eau ; d’autres disaient que c’était en souvenir des temps heureux où le roi mythique Djemchîd avait fait creuser des canaux pour suppléer à la disette de l’eau et à l’absence de pluie. Toutefois, une troisième explication voulait y voir le souvenir de la purification par l’eau prescrite par ce souverain.
On dit que le roi Ormazd, fils de Châpoûr, réunit les deux fêtes en prescrivant que les jours intermédiaires seraient aussi jours fériés, et il ordonna en outre d’allumer de grands feux sur les lieux élevés, considérant cette coutume comme de bon augure ; une explication rationaliste ajoute que c'était aussi pour purifier air. |
Le 16 du mois de Mihr était la fête de Mihragân, dont le nom
n’est autre que celui de la fête de Mithra, le Milhrakäna dont la religion de ce dieu nous a fait connaître l'existence. On y , tenait une foire et le roi, disait-on, portait une tiare sur
laquelle était tracée l’image du soleil (mthr) et de la roue
céleste sur laquelle il tourne. On disait que cette fête perpétuait le souvenir heureux de la victoire de Féridoûn sur le roi babylonien Dahhâk. Les anges étaient venus au secours du héros national; aussi un héraut, placé dans la cour du palais, criait à haute voix : « O asges, descendez dans ce monde et chassez-en les démons et les êtres malfaisants ! » Autrefois solstice d'hiver, cette fête en était arrivée peu à peu à correspondre à l’équinoxe d’automne.
Le premier jour du mois d’Adhâr, correspondant autrefois au commencement du printemps, était réservé à la fête de Bahär-ichachn, « fête du printemps », où avait lieu la cérémonie populaire de la cavalcade du Xausadÿ, où un homme à la barbe rare était promené sur une mule en s’éventant avec un éventail pour marquer la joie de la fin de la saison froide et de l'arrivée de la saison chaude. Pendant plusieurs jours, on mangeait des noix, de Pail, de la viande grasse et, en général, de tous les aliments échauffants ; on faisait usage de boissons propres à combattre le froid. Quand l’homme à la barbe rare, qui personnifiait l’ennemi du froid, se montrait, on versait sur lui de Peau froide, qui ne lui produisait pas de sensation désagréable; mais il criait en persan: Germä, germä «chaud, chaud ! »
Le dix du mois de Bahman avait lieu la fête du Sadhaq (pers. mod. : Sèdhé), où l’on fumigeait les maisons pour en chasser le malheur. Les rois faisaient allumer des feux à travers lesquels on faisait passer des bêtes sauvages, pendant qu’ils étaient occupés à boire et à s’amuser devant les feux. On donnait pour origine à cette coutume les feux allumés sur leurs maisons par ceux qui avaient échappé aux poursuites de Dahhäâk, lorsque Féridoûn Peut vaincu.
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Le trente de ce même mois, on célébrait à Ispahan la fête d'Afrédjagân, c’est-à-dire « versement de l’eau » (persan : 4briz); dans lés autrés villes, on la célébraitle jour où la pluie commençait; à Ispahan, elle cofncidait toujours avec ce jour. On en attribuaïit l’origine à Pérôs, grand-père de Chosroës I**. Sous sôn règne,ily eut absence dé pluie, et la Perse souffrit de la sécherésse. Le roi remit au peuple les impôts de plusieurs années, ouvrit les portes des greniers de l’État, sé procura de l’argent en vendant les biens des temples du feu, et finalement se renditen personne au pÿrée d’Adharkhoûrâ, dans le Fârs, et ÿ supplia la divinité de mettre fin à cetté calamité. Sa prière fut exaucée ; à peine avait-il atteint une plaine déserte de cétte région qu’un nuagesé leva à l'horizon et déversa uné pluie abondante ; pour reconnaître ce bienfait, Pérôz fit bâtir en cet endroit un village qu’il décora du nom de Kâm-Pérôz, « lé désir dé Pérôz [a été satisfaitl». Dé joie, on se lançait dé l’eau les uns aux autres, et ce mouvement inconsidéré dé gaieté devint le rite caractéristique de la fête d’Afrédjagän.
Le cinquième jour du mois d’Isfandârmadh, qui portait le nême nom que lé mois, il y avait autrefois une fête, nommée Moüjdgirän, « réception des cadeaux dé bonnés nouvelles », qui avait été conservée, àux premiers temps de l'islamisme, dans les villes d’Ispahân, de Ré, et dans d’autres districts de cette contrée de Fahla qui à donné son nôm aux Parthes ét à la langue pehlevie, Fahla étant la forme arabisée du mot pahlav (parthava). C'était la fête des femmes, auxquelles les hommés faisaient des présents généreux. On écrivait ce jourlà, sur des morceaux carrés de päpyrus, des incantätions contre la morsure des scorpions ; on les plaçait sur les trois murs d’une maison, én laissant vide la quatrième muraillé, celle qui était opposée à la façade.
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