‹ La Perse d'aujourd'hui- Iran, MésopotamieChapitre 11 sur 35 · FÉLICITATIONS · texte numérisé non relu

FÉLICITATIONS

Unissez- vous, vous qui êtes pauvres ! A l'apparition du rescrit auguste, annonçant l'avènement du régime constitutionnel et la création d'une chambre des députés, nous, les démocrates-socialistes, les champions de l'Islam en Perse, qui avons averti tous les partisans de la liberté et les vaillands défenseurs de la religion, — en cette heureuse fête et ce noble jour, nous adressons nos félicitations à tous les amis de la liberté, quelque soit le point de l'univers où ils

se trouvent... Nous félicitons particulièrement Leurs Excellences les oulémas, les négociants, les zélés ouvriers de la Perse et les champions de l'Islam à Téhéran, qui, pour atteindre ce but sacré, ont prodigué leurs biens et leurs vies...

Après leur avoir adressé nos remerciements bien sincères, nous leur dirons : O nos compatriotes ! O nos frères ! rendons grâce à Dieu, qui, dans sa suprême justice, a daigné permettre, grâce à l'union et a l'effort des amis de la liberté, de faire les premiers pas vers ce but sacré

C'est à nous, Persans, de faire à l'avenir de ce Norouz béni la plus grande des fêtes de notre histoire nationale: chaque année, en ce jour de bonheur, nous nous embrasserons et nous nous féliciterons mutuellement.

O nos véritables frères, il apparaît maintenant que tout peut s'obtenir par l'entente et par l'union. Ainsi disait le poète : « Que fut l'union pour les fourmis? Grâce à elle, elles réussirent à déchirer la peau du lion furieux. « Il est démontré qu'une nation, zélée et ardente comme le Japon, peut, en s'unissant, arracher le drapeau du bonheur à un tel adversaire que la Russie En conséquence, nous, les champions de l'Islam dans la voie d'Allah, nous ne devons pas nous endormir en disant que nous avons obtenu tout ce que nous voulions... Non, il est de notre devoir de profiter de ce rescrit auguste et de lancer notre équipage dans l'hippodrome de l'occasion. Arborons l'étendard rouge de la liberté et ne permettons pas que quelques hommes, ennemis de la justice, voilent, du rideau de leurs intérêts personnels, les lumineux rayons de cette constitution, que nous avons obtenu avec mille peines, en nous sacrifiant nous-mêmes...

Vivent les amis de la liberté et de la Constitution ! que la défaite et le mépris soient le sort des égoïstes !

Le parti des champions de l'Islam, les démocrates socialistes de la Perse.

25 Djémadi II, 1324.

Mon séjour à Tauris ayant coïncidé avec ces

événements, j'y trouvai les bazars clos ; sauf pour les denrées de première nécessité, aucune boutique ne restait ouverte ; les commerçants étaient en grève. En temps ordinaire, l'activité est considérable; le marché de Tauris centralise la plus grande part des affaires de la province en fruits secs, peaux et tissus de laine l, qui sont exportés en Russie ; les négociants tabrizis essaiment dans les principales localités de l' Azerbaïdjan pour y répartir les 53 millions 873.922 krans d'importations, accusées par la direction locale des douanes.

La douane de Tauris reçoit directement toutes les marchandises venues de Russie et de Turquie — après avoir été plombées à leur passage par les douanes de Marand et de Khoï. Elle forme l'aboutissement de la ligne des caravanes, qui, vu l'interdiction du transit par le Caucase, doivent partir de Trébizonde pour introduire dans le Nord et l'Ouest de la Perse les cotonnades de l'Angleterre, les draps de l'Allemagne et de l'Autriche, les soieries de France. Tauris réexpédie à destination l'ensemble de ces produits, importés par les soins des négociants persans de Constantinople2.

Les statistiques de 1905-1906 indiquent une exportation de 22.651.980 krans de tapis de laine. L'industrie des tapis est la plus importante de l'Azerbaïdjan. où l'initiative privée l'a rétablie depuis quelque vingt-cinq ans. On compte actuellement à Tauris une centaine de fabriques, grandes et petites,

1. En 1905-190G: 5.113.331 krans do fruits secs; 12.7il.Uoo de tissus de laine ; 2.505.988 de peaux.

2. En 1905-1906: 8.663.650 krans de Ussui de laine; 3.807. <>7ô d« tisiu» ds s»i«.

et environ 1.200 métier» ; 10.000 personnes vivraient de ce travail, concentrées en ville et dans dix-huit villages de la province1. Quatre fabriques sont particulièrement renommées. La plus grande d'entre elles fut fondée, en 1888, au quartier de Nouber, par un Tartare d'Elisavetpol, Baba Mahmédoff Gandjabi ; cet homme habite maintenant Constantinople, où il fait la banque et le commerce des tapis ; ses neveux dirigent la maison de Tauris. Dans les bureaux, deux dessinateurs restituent les vieux modèles, d'après les publications du Musée Commercial de Vienne. 600 ouvriers travaillent clans les ateliers ouverts sur une cour intérieure. Ce sont de longues salles, où s'enchevêtrent 50 métiers verticaux. Avec le progrès du tapis, s'élèvent les travailleurs, alignés sur une longue planche; ces travailleurs sont de petits garçons; chaque pièce en exige une moyenne de 8 ou 9; les plus grandes en veulent jusqu'à 15. Les enfants exécutent le modèle fixé sur le métier, en chantant les indications. « Après deux fils noirs, mettre quatre rouges... Après un point noir, mettre trois jaunes »; si bien que l'atelier tout entier s'emplit du bourdonnement des voix enfantines. Les petits ouvriers gagnent de 3 à 7 tomans par mois, les surveillants de 10 à 30.

Le goût de la clientèle, signalé par les correspondants, peut faire varier les dessins, les couleurs et les dimensions des tapis. Néanmoins, la dimension la plus habituelle est de six mètres sur trois. Le tapis de Tauris coûte de 12 à 45 tomans le mètre carré ; celui de Hériz, plus commun, de 6 à 25. Chaque

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