QUELQUES INCIDENTS DE VOYAGE
L'axe cassé!
Le débarquement à Djoulfa
Embarquement sur le deuxième bras de l'Arax.
Passage de la rivière Nahkitchévan.
Pr.. ?.C,
A la seconde voiture, Georges Bibesco a également convaincu le palefrenier de l'inutilité d'une révolte.
Nous avançons vers Koum, traversons son étroit bazar au milieu du jour et à une heure sommes dans le jardin charmant du chapar khané où tous les grenadiers ont mis leurs fleurs rouges en notre honneur et où nous attendent, ô joie, Keller et la Mercedes.
De Koum a Téhérax ex automobile. — Jamais automobile n'est arrivé à Koum. Aussi, à trois heures, avant de partir, allonsnous nous faire photographier au bord de la rivière avec, dans le fond, ô sacrilège, la mosquée sainte !
Nous laissons Aimé et nos bagages à Koum ; il arrivera vingtquatre heures après nous à Téhéran. Et nous partons.
Comment dire l'ivresse de marcher à quarante kilomètres à l'heure, dans un excellent automobile, bien suspendu, aux coussins moelleux, sur cette route où l'horrible diligence persane nous a secoués pendant plus d'un jour et d'une nuit? Nous filons sur le sol dur et rocailleux. La chaleur est intense ; sous la capote relevée de la voiture, nous recevons des gifles d'air chaud, comme une douche sèche, continue et brûlante. Dans la joie de se retrouver au volant de direction, et confiant dans la solidité éprouvée des ressorts. Geore'es Bibesco nous mène à toute allure ; nous sautons sur les inégalités de la route, et Dieu sait si elles sont nombreuses et si nous avons eu le temps de les compter en détail à l'aller? Les réactions sont dures dans le fond de la voiture. Qu'importe ? A ce train-là, nous sommes sûrs d'arriver ce soir à Téhéran et, arrêts compris, de faire en cinq heures, les cent cinquante kilomètres qui nous séparent de la capitale.
Et c'est joyeusement que nous dansons sur les caniveaux et les pierres dont la route est seinée.
A Kusch y Nusret où nous avons passé notre première nuit, nous nous arrêtons pour prendre du thé.
Un peu plus loin dans les montagnes, nous rencontrons quatre chevaux qui regagnent le relais. Ils s'effraient à notre vue, font un subit tête à queue ; les voilà partis ventre à terre et nous à leur poursuite. Jamais chevaux de poste persans n'ont tant et si vite
couru ! Enfin ils ont l'intelligence d'entrer dans une clairière et de nous laisser passer.
Le ciel devant nous est sombre ; les montagnes de l'Elbourz sont voilées par les nuages ; on n'aperçoit pas le Démavend ; il doit y avoir un orage sur Téhéran, car le vent brûlant nous souffle dans la figure avec rage et commence à soulever les sables. Nous les regardons de loin se lever du sol et filer sur le flanc des montagnes en longues traînées grises. Et comme nous arrivons au sommet d'un petit col, nous sommes enveloppés par un tourbillon. On ne voit plus à un mètre devant soi ; il faut arrêter le moteur. La poussière fine se change en gros grains de sable et en petites pierres qui nous fouettent le visage avec une telle force, que nous voici aussitôt agenouillés dans l'auto, les yeux fermés, la figure dans nos mains, à moitié asphyxiés par la rafale qui pique. C'est un sentiment fort angoissant ; il manquait à la collection de nos sensations de voyage. Comme nous sommes, je crois que nous l'avons démontré, de vrais touristes curieux de tout ce qui est nouveau, l'idée d'être pris dans une tempête de sable nous aide à supporter notre détresse physique. Le tourbillon ne dure que cinq minutes.
Mais comment le moteur se trouvera-t-il de cette aventure? Les poussières n'auront-elles pas envahi ses organes délicats ? Marcherat-il encore ? — Oui, le voilà qui ronfle régulièrement et nous entraîne de nouveau dans une course folle vers Téhéran.
La nuit vient. Nous franchissons les chaînes de montagnes, retombons dans les plaines, gravissons d'autres pentes raides, filons entre les rochers, à une allure vertigineuse.
Et cependant sommes secoués comme bouteilles qu'on rince. Ni caniveaux, ni remblais ne nous arrêtent ; nous sautons et passons. Maintenant on y voit à peine. Un arrêt, tout à coup ; nous plongeons dans un caniveau, on entend un bruit sec et le moteur s'arrête. Minutes pleines d'angoisse ! Est-ce la panne ? La panne- à une heure de Téhéran, en auto, à une nuit en voiture persane?
Keller descend pour examiner le dommage. Nous sommes dans un caniveau d'espèce nouvelle. C'est le caniveau à dos d'âne. Il y a profonde dépression d'abord, puis au milieu du caniveau une petite voûte en arête pour laisser passer une conduite d'eau. Le volant a tapé contre la voûte. Est-il cassé? Non, même pas faussé.
Keller remet en marche et nous avons la joie ineffable d'enten-
dre le bruit cher et régulier du moteur.
A huit heures et demie, dans la tempête de vent qui n'a pas cessé, nous sommes à la porte de Téhéran. Nous avons mis cinq heures et demie pour couvrir une distance qui nous avait demandé en voiture persane vingt-cinq heures de supplice continu.
Téhéran, j et 8 juin. — Journées fort occupées à dire adieu à nos amis, à expédier par la poste nos bagages et les colis qui nous rejoindront à Enzeli. Grâce aux Belges, les postes sont fort bien organisées, et nous leur confions sans crainte nos trésors.
Nous retrouvons les Phérékyde qui nous racontent leurs aventures et, à peine nous les ont-ils dites, qu'ils repartent en landau pour Resht.
Nous allons à Goulah-ek où est la légation de Russie en été et à Schimran où loge le ministre d'Angleterre pendant les chaleurs. Ce sont, au pied des montagnes, des parcs délicieux d'eaux vives et de verdures fraîches où il règne, même pendant les jours du Chien, une exquise température.
Et le jeudi 8 juin — ces jours passent comme un tourbillon — nous voici de nouveau en auto sur route pour gagner Resht et la mer Caspienne.
De Téhéran a Resht en automobile. — Nous avons eu beaucoup de peine à trouver de l'essence pour cette dernière étape. Enlin on nous en a cédé au prix coûtant qui est près de trois francs le litre.
Nous aimerions faire les trois cent cinquante kilomètres en douze heures, avec halte pour déjeuner. A ce train-là, nous arriverons rompus à Resht, mais pour la nuit. Comme nous l'avons vu h l'aller, il y a sur cette route un caniveau tous les cent mètres. Cela fait trois mille cinq cents caniveaux entre Téhéran et Resht. Il est inutile de dire qu'on ne peut pas ralentir trois mille cinq cents fois et que nous prendrons les caniveaux en vitesse. Georges Bibesco est sûr des ressorts de la voiture. Nos épines dorsales supporteront-
elles ces secousses aussi bien que les ressorts? Cela reste avoir, mais ce sont de ces choses que Ton n'apprend que par expérience.
A neuf heures (au lieu de huit qui étaient fixées) nous sommes à la porte de Téhéran, et nous filons par-dessus les premiers caniveaux.
Nous n'avons pas roulé depuis trois quarts d'heure que le pneumatique de droite éclate. Georges Bibesco et Keller changent la chambre à air, tandis que nous nous abritons du soleil déjà brûlant sous des saules qui ombragent un ruisseau rapide.
Vingt minutes de perdues, nous repartons. Nous ne roulons pas longtemps. Nouvel éclatement. La chambre à air et l'enveloppe à droite arrière ont sauté. Cette fois-ci, je me mets à la besogne aussi; il faut défaire le rouleau des enveloppes qui restent. Il fait terriblement chaud à réparer en plein soleil. Nous passons là une demiheure pénible.
En route ! Maintenant nous arrivons à la rivière et au pont écroulé. Nous descendons de voiture et nous réconfortons d'un verre de thé à lazastava voisine. Puis traversons la passerelle à pied, tandis que Georges Bibesco conduit l'auto à travers la rivière dont les eaux sont moins hautes qu'il y a un luois.
Et nous filons sur Kaswyn dont quatre-vingts kilomètres encore nous séparent et où nous comptons déjeuner. Il est déjà près de midi. Si nous n'avons pas d'autre crevaison, nous y serons avant deux heures. Il est déjà certain que nous descendrons les pentes rapides des montagnes du Ghilan pendant la nuit.
Un quart d'heure après le passage de la rivière, le pneumatique de gauche arrière s'aplatit. Nouvelle réparation. Cette fois-ci la chaleur en plein soleil est à mourir. Ouvrir les boîtes d'outils, défaire la courroie des enveloppes, enlever la vieille chambre à air et remonter la nouvelle, pomper surtout, que cela est fatigant ! On ne sait pas, avant de l'avoir essayé, ce qu'il faut de courage, arrosé de sueur, pour gonfler un pneumatique dans le désert, à midi au mois de juin.
Accablés de fatigue, nous repartons, priant le dieu qui conserve les pneumatiques d'avoir pitié de nous.
Mais ce dieu se moque de nos prières, car moins d'une heure après la même chambre à air éclate, et l'enveloppe aussi. C'est une réparation d'une demi-heure. Nous sommes heureusement dans un
petit village. Les hal3itants se rassemblent autour de nous ; et nous prenons l'un d'eux pour gonfler la nouvelle enveloppe. Je le photographie en train de se livrer à cette besogne inaccoutumée.
Il est deux heures et demie de l'après-midi. Avec quel retard arriverons-nous à Resht, et, si, notre déveine continue, nous restera-t-il assez d'enveloppes et de chambres à air?
Vers trois heures et demie, nous entrons sans nouvel incident dans la cour du monumental chapar khané de Kaswyn. Nous mourons de faim et nos épines dorsales ont déjà reçu quatorze cents secousses violentes au passage d'autant de caniveaux. On imagine difficilement la lenteur du service dans ce relais où des affiches imprimées en persan, en français et en russe donnent la liste des plats que l'on tient à la disposition des voyageurs et le prix modique que l'on aura à payer.
Il faut une heure et demie pour obtenir quelques portions de kebab et un samovar.
A cinq heures, au moment où nous voulons partir, un orage noircit le ciel et soulève des tourbillons de poussière. Nous sommes aveuglés et forcés d'arrêter un instant dans l'avenue royale, près du palais du gouverneur. Puis c'est une brève et violente averse et tout de suite après un soleil radieux.
Nous sommes maintenant dans la montagne. Nous avons à peu près quatre cents mètres à gravir pour arriver au point le plus haut d'où nous redescendrons de seize cents inètres sur la Caspienne par une route difficile, dans la nuit.
Mais nous n'en avons pas fini avec les ennuis de pneumatique. Comme nous commençons la descente, la chambre à air de la roue de gauche devant crève. Vingt-cinq minutes de perdues. Et ce ne sera pas tout. Avant la nuit encore nous serons obligés de changer enveloppe et chambre à air à droite devant. Jamais guigne pareille ne nous poursuivit.
Bien que nous soyons à quinze cents mètres et que le soleil soit couché, la chaleur est si forte que nous restons dans l'auto en manches de chemise et sans gilet. Nous traversons un paysage et des montagnes arides d'une extraordinaire grandeur. La nuit vient et s'installe brusquement au-dessus des cimes déchiquetées. Voici, éclatantes au-dessus de nous, Vega de la Lyre, Denbe du Cygne, à
gauche Altaïr de l'Aigle, à l'ouest Arcturus du Bouvier.
Notre phare est allumé ; nous avançons aussi vite que possible pour gagner Mendjil où un pilaf nous attend à la zastava amie. Dans le fond de l'auto, nous sommes meurtris de tant de secousses et très las.
A dix heures, nous arrivons à la zastava dans le défilé, si fatigués que c'est à peine si nous pouvons jouir de l'excellente hospitalité qu'on nous y offre. Seul du thé bouillant nous est un réconfort. Pendant que nous sommes là, nous entendons, sur la route, les clochettes des chameaux dont les longues caravanes commencent à passer.
Nous partons enfin pour notre dernière étape. Nous devrions ne pas mettre plus de trois heures pour les quatre-vingt-dix kilomètres qui nous restent à faire.
Mais nous constatons bientôt qu'il n'est pas question de faire trente kilomètres à l'heure dans la nuit, car à chaque moment nous rencontrons ou rattrapons une caravane. Quand ils voient le phare éblouissant de l'auto, les grands chaineaux tremblent sur les quatre articulations de leurs pattes, forment un cercle, tournent le dos à l'ennemi, mettent leurs têtes les unes tout près des autres et se racontent leur frayeur. J'ai beau leur crier : « Kabardar, kabardar», ils n'écoutent rien. Les chameliers accourent; les chameaux oscillent de droite et de gauche, mêlent les cordes qui les attachent, et nous restons à attendre que ces nœuds inextricables d'animaux se défassent. Les ânes, eux, ont une autre façon de procéder; ils s'hypnotisent sur le phare, refusent de bouger, et il faut les porter sur le bord de la route.
Nous rencontrons et croisons peut-être une vingtaine de caravanes de chameaux et autant de caravanes de mulets et d'ànes. C'est chaque fois entre cinq et dix minutes d'arrêt forcé.
Nous arrivons enfin à la forêt: ily règne une fraîcheur délicieuse. A la clarté du phare nous voyons les oliviers centenaires, le dôme que nous font les hêtres et les érables ; des haies de liserons courent le long de la route, et les fontaines descendent en cascades à travers les bois ; le bruit de leurs chutes nous accompagne et berce notre fatigue extrême. A peine gardons-nous les yeux ouverts; mais les cahots rudes nous empêchent de dormir et nous obligent à nous tenir
à nos sièges. Sur la route un chacal file devant nous obliquement. Georges Bibesco est toujours au volant.
Un nouvel arrêt, encore un pneumatique crevé. Il ne reste plus qu'une chambre à air ; on est obligé de mettre un bandage à l'enveloppe. Longue réparation pendant laquelle nous nous enfonçons dans la forêt à la recherche d'un torrent que nous entendons chanter doucement près de nous. Sous les arbres, l'obscurité est profonde. A grand peine nous arrivons au bord du ruisseau, nous nous déchaussons et plongeons nos pieds dans l'eau fraîche. Entre les feuilles, on aperçoit le ciel plein d'étoiles claires.
Nous filons de nouveau. Il est plus de trois heures du matin. Jamais fatigue plus forte ne nous accabla. Voilà dix-neuf heures que nous sommes en route. Le bandage cède. Il faut le renforcer. Et nous repartons. Nous longeons des clairières ouvertes et des taillis obscurs.
Maintenant une aube affaiblie laisse voir les grands arbres immobiles qui bordent la route. Autour d'eux flotte une buée légère, comme la respiration de la nuit qui s'en va. Le ciel est gris, chargé de vapeurs. On y voit à peine.
Pourtant l'éners^ement a gagné notre conducteur. Nous marchons à grande allure, car nous avons quitté les montagnes et sommes en terrain plat. Dans le fond de la voiture, la princesse Bibesco, son cousin et moi sommes si fatigués que nous ne pouvons plus parler. Il semble que nous touchions à la limite extrême où l'on perd conscience. C'est un engourdissement des membres rompus par les secousses, engourdissement qui est très douloureux et presque agréable.
Nous arrivons à un carrefour. Un arc de triomphe dit que le Chah a passé par là. A droite? A gauche? Nous prenons à droite entre deux habitations qu'une galerie supérieure réunit. Nous filons à cinquante kilomètres à l'heure dans la lumière indistincte de l'aube. Soudain, nous sommes projetés en Lair tous trois, nous envolons et parcourons d'un furieux élan je ne sais combien de mètres. Comment cela fmira-t-il?... Retrouverons-nous, lorsque nous redescendrons, l'automobile intact?... Oui. nous retombons sur nos sièges et l'auto qui avait donné violemment contre un dos d'âne continue comme si de rien n'était. Nous n'avons eu aucune émotion, nous étions trop
fatigués, mais la violence de la secousse nous a réveillés et nous regardons autour de nous.
Nous sommes dans un lieu calme, inattendu, dont l'étrangeté nous surprend et nous ravit. Au lieu de la route, une allée droite couverte de sable fin; des deux côtés, des rizières restreintes la bordent d'une eau de couleur jade clair encadrée par des haies de buis taillé d'un vert foncé. De petites touffes de riz percent à intervalles réguliers la surface glauque et luisante de l'eau. Par-delà les rizières, des taillis et de nobles bosquets d'arbres, un bois paisible où pas un oiseau ne chante. De place en place, bâtie sur pilotis, une petite maison couverte de chaume; sur la galerie ouverte, protégés par un store de roseaux, des jardiniers dorment couchés sur des nattes de jonc. Dans un réchaud des braises couvent sous la cendre. Et sur tout cela règne un calme solennel ; c'est la paix où s'assoupit le parc d'une Belle au Bois dormant. Nous regardons ces choses précieuses avec des yeux pleins de sommeil, et, ne sachant si nous rêvons ou si nous sommes éveillés, ne parlons pas de peur de chasser la vision de ces petits parterres de jade enchâssés de buis vert.
A six heures, nous arrivons au consulat. Il y a vingt-deux heures que nous sommes sur route, fatigués et poussiéreux comme nous ne l'avons jamais été. Nous espérons quelques heures de repos, mais les moustiques ne nous laissent pas dormir.
A dix heures arrivent les Phérékyde qui n'en sont plus à compter leurs accidents de voiture. Une roue a cassé ; ils ont fait les derniers trente kilomètres sur les charrettes sans ressorts de la poste.
Le soir de ce même jour nous prenons une voiture, non pour retourner dans le parc de l'aube de peur de ne le retrouver point, mais pour aller dans un autre jardin que veut nous montrer la princesse Bibesco. Des chevaux sont attachés à la porte où nous laissons la voiture pour flâner à pied sous les ombrages centenaires. Des Persans y passent par couples ; il y a des allées, des arbres, des fleurs et des pelouses. Que i'aime ce parc dans la nuit !
Et comme nous nous promenons, nous arrivons près d'une enceinte grillée. Derrière la grille, on distingue dans l'obscurité des jardins de lis et plus loin un pavillon rond, à galeries ouvertes, où sont accrochées des lanternes allumées. Nous trouvons une porte ouverte, nous entrons parmi les lis, les iris, les marguerites ; l'air de la nuit est lourd de parfums. Dans une allée un Persan s'approche de nous ; c'est le maître du jardin. Il nous remercie courtoisement d'y être entrés ; il fait apporter des sièges, des rafraîchissements, du thé, des glaces au citron. Un ami qui l'accompagne, un vieillard, tire de sa poche une blague qu'il déplie lentement et qu'il nous tend. Dans l'obscurité, je ne vois pas ce qu'il nous offre ; je crois que c'est du tabac, mais, en le prenant dans la main, je suis détrompé. C'est une odorante pincée de fleurs de chèvrefeuille que ce vieux Persan porte avec tant de précaution au fond de sa poche.
Nous emportons de Resht, ces visions exquises de l'aube et de la nuit.
10 juin. — Nous avons quitté la Perse.
Nous sommes à l'ancre devant Lencoran. Georges Bibesco, le médecin du bord, et moi, nous déshabillons dans les roues du bateau et faisons une pleine eau dans la Caspienne. L'eau est tiède.
11 juin. — Nous traversons Bakou, et prenons le train pour Tiflis. Nous ne nous arrêtons plus.
12 juin. — Tous les magasins de Tiflis sont fermés. A l'hôtel de Londres, nous retrouvons Léonida revenu depuis deux jours. Il nous conte ses aventures périlleuses. Elles valent, à elles seules, un chapitre.
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